LES ANGES DE LA NUIT
State of Grace - Etats-Unis - 1990
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Genre : Policier
Réalisateur : Phil Joanou
Musique : Ennio Morricone
Image : 1.85 16/9
Son : Français & Anglais DTS HD Master Audio 2.0 et 5.1
Sous-titre : Français
Durée : 134 minutes
Distributeur : Rimini Editions
Date de sortie : 5 novembre 2019
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
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portoflio
LE PITCH
Devenu policier, Terry Noonan retourne dans à Hell's Kitchen, le quartier de son enfance, pour infiltrer un gang irlandais particulièrement violent. Le leader, Frankie Flannery, doit composer avec le caractère imprévisible de son jeune frère Jackie et les exigences de la mafia italienne avec qui il tente de s'allier …
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West side story

Miller's Crossing, Les Affranchis, The King of New York, Le Parrain 3. Pas besoin de vous faire un dessin, 1990 fut une année faste pour le film de gangsters américain. Mais, attendez une minute ! Il n'y aurait pas eu un petit oubli, là ? Et Les Anges de la nuit de Phil Joanou, il compte pour du beurre ?

Entre le début des années 60 et jusqu'au milieu des années 90, le quartier d'Hell's Kitchen, à l'ouest de Manhattan, fut le terrain de jeu des Westies, un gang d'irlandais aussi violents qu'imprévisibles. Comparés à la mafia italienne, des gagne-petit spécialisés dans le racket, le trafic de drogue, les kidnappings et les assassinats. Dénué de tout glamour, le sujet évoque à la fois Shakespeare et James Joyce. Avec des relents de whisky, de bière, de pisse et de sang. Pourquoi s'en priver ? Nous sommes à la fin des années 80 et Phil Joanou, petit protégé de Steven Spielberg devenu compagnon de route du groupe (irlandais) U2 pour qui il réalise de nombreux clips et le rockumentaire culte Rattle & Hum, meurt d'envie de faire des Westies les héros de son prochain long-métrage. Il s'est même suffisamment documenté pour s'attaquer à la rédaction d'un scénario. Coïncidence, Orion Pictures a mis sur les rails un projet similaire auquel Sean Penn est attaché. Il suffira d'un seul coup de fil pour que Joanou s'embarque dans l'aventure.

Sur la table, il y a le scénario d'un certain Dennis McIntyre, dramaturge, acteur et journaliste. Sorti plus que satisfait du tournage de Casualties of War (malgré le bide au box-office), Sean Penn emprunte à Brian de Palma son scénariste, David William Rabe, pour réécrire Les Anges de la nuit à son goût. Dans ses valises, l'acteur amène également un certain John C. Reilly, un ami auquel sera confié le rôle (en apparence anecdotique et pourtant capital) de Stevie McGuire ainsi que Robin Wright, sa future femme. Phil Joanou, lui, parvient à convaincre Gary Oldman (révélé par Sid & Nancy) et Ed Harris (épuisé par Abyss), bien épaulé par la directrice de casting Bonnie Timmermann. Au poste clé de directeur de la photographie, Joanou a également la bonne idée d'engager Jordan Cronenweth. Les deux hommes se connaissent depuis Rattle & Hum mais Cronenweth, c'est aussi (et surtout) les éclairages mémorables de Blade Runner, le plus beau film noir de la décennie passée. Dernière pièce du puzzle, la musique. Retardés par la production à rallonge de l'album Achtung Baby, les rockers de U2 passent la main en faveur du maestro Ennio Morricone, lequel livre une partition au croisement des Incorruptibles, de Frantic et de... Casualties of War. La boucle est bouclée.

 

where the streets have no name


Bien que relevant d'une injustice flagrante, l'échec sans appel des Anges de la nuit au box-office de l'époque reste compréhensible. Face au modernisme de Scorsese, des frères Coen ou d'Abel Ferrara, Phil Joanou nage à contre-courant des envies du public et livre une tragédie au classicisme funèbre. Pas d'humour, pas de clins d'œil complices à destination du spectateur, pas de coups d'éclats. C'est une plongée en apnée suffocante, presque déprimante, que Joanou nous propose ici. Et il faut en profiter pour applaudir les cadres d'Orion Pictures d'avoir confié à un cinéaste si jeune (27 ans!) une liberté aussi totale.
Les Anges de la nuit, c'est avant tout l'histoire d'un homme forcé de replonger dans ses racines pour mieux les trahir. Une sale histoire que Sean Penn, tout en colère contenue et en regards perdus, porte sur ses épaules. Terry Noonan ne sait plus s'il est un flic ou juste un gamin du quartier. Alors, il fait renaître son amitié avec Jackie Flannery (Gary Oldman, en forme olympique), l'électron libre, l'irlandais par excellence, mélancolique, colérique, loyal jusqu'à la tombe. Alors, il tente de rallumer la flamme avec Kathleen Flannery (Robin Wright, incandescente) mais leur amour ne peut rien face à la violence de la rue. Alors, enfin, il va devoir faire tomber Frankie Flannery (Ed Harris, à la fois touchant et terrifiant), boss implacable mais dont l'ambition un peu minable de s'attirer la protection des italiens va le pousser à la pire décision qui soit.

Les Anges de la nuit est un chef d'œuvre qui se mérite mais dont la beauté et la maîtrise en imposent à chaque instant. Convoquant les spectres de Ford, Hawks et Walsh, le réalisateur ne cherche jamais à adoucir les contours d'une galerie de personnages qu'il est difficile d'aimer mais qu'il est impossible de détester totalement. A chaque scène, il avance ses pions avec assurance et souligne avec tact les aspirations théâtrales d'un script qui file en ligne droite. Jusqu'à un climax de pur western et que n'aurait pas renié un certain John Woo, celui qui venait tour juste de signer The Killer.

Alan Wilson








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Image :
Les toiles de maître de Jordan Cronenweth, à la texture argentique unique, mélange d'un grain très prononcé et de ténèbres sculptés, sont restitués avec une fidélité absolue par un master de premier ordre. Le même, en réalité, que celui exploité par Screen Archives et Second Sight, aux Etats-Unis et en Grande Bretagne respectivement. Le seul hic reste une définition fluctuante, parfois vertigineuse (le plan d'ouverture, l'incendie provoqué par Sean Penn et Gary Oldman), parfois clairement en retrait (presque tous les intérieurs nuit).

 


Son :
Très verbeux, Les Anges de la nuit n'offre que peu d'occasions de s'extasier sur son acoustique. Les ambiances des rues d'Hell's Kitchen sont plutôt timides mais deux scènes sont à marquer d'une pierre blanche. La première donne la parole à Ennio Morricone lors d'une rencontre tendue et à l'issue incertaine entre Ed Harris et un cador de la Mafia. Un restaurant confiné, le silence d'un téléphone et le cliquetis stressant des aiguilles d'une montre, le crescendo du score du maestro. Du caviar pour les oreilles. La deuxième scène, c'est évidemment le gunfight final avec des coups de feu qui sonnent comme des tirs d'artillerie et qui déchirent les chairs en faisant gicler le sang sur vos enceintes arrière.

 


Interactivité :
Rimini n'a repris aucun des suppléments déjà exploités ailleurs mais a, au contraire, préféré produire les siens. Si on perd un commentaire audio, une interview d'Ed Harris et le score d'Ennio Morricone en piste isolée, on gagne toutefois une paire d'entretiens pas inintéressants, loin de là. Sur une vingtaine de minutes, Phil Joanou revient avec entrain sur l'alignement des planètes que fut la production des Anges de la nuit ... jusqu'à une sortie en salle catastrophique et une légère amertume à constater que son meilleur film est aussi celui qui a mis un gros frein à sa carrière. De son côté, Samuel Blumenfeld, critique au Monde mais aussi auteur d'ouvrages passionnants et indispensables sur Marlon Brando, Steve McQueen, William Friedkin et Brian De Palma, revient longuement sur les prémices du film et sur son rapport crépusculaire à un New York s'apprêtant à être « lavée » et refaçonné par Rudolph Giuliani.

Liste des bonus : « Les Anges de la nuit, New York portée disparue », interview de Samuel Blumenfeld, journaliste au Monde (40 minutes), « Diriger une bande de gangsters », interview du réalisateur Phil Joanou (23 minutes), Film annonce

 
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