LA FERME DE LA TERREUR
Deadly Blessing - Etats-Unis - 1981
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Genre : Horreur
Réalisateur : Wes Craven
Musique : James Horner
Image : 1.85 16/9
Son : Français et Anglais DTS-HD Master Audio 2.0
Sous-titre : Français
Durée : 98 minutes
Distributeur : Elephant Films
Date de sortie : 12 novembre 2019
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « La Ferme de la terreur »
portoflio
LE PITCH
Martha et Jim Schmidt forment un jeune couple que tout le monde envie. Tout le monde sauf les Hitites, une communauté religieuse encore plus rigoriste que les Amish et dont Jim est un ancien membre. Ce voisinage déjà tendu va bientôt virer au cauchemar à la suite d'un accident tragique …
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Au bûcher ! Au bûcher !

Capable de tutoyer les sommets comme de sombrer dans les tréfonds du nanar, Wes Craven, disparu en 2015, laisse derrière lui une filmographie inégale, en apparence décousue, mais indiscutablement passionnante pour peu que l'on se donne la peine d'y replonger avec attention. Comme L'Emprise des ténèbres ou Le Sous-sol de la peur, La Ferme de la terreur est une œuvre de l'entre-deux, ni un classique immédiat, ni un ratage, et mérite de toute urgence d'être réévaluée.

Après l'horreur brute de décoffrage de La Dernière maison sur la gauche et de La Colline a des yeux (et, entre les deux, un bref retour vers le porno des débuts avec The Fireworks Woman, signé sous pseudo), Wes Craven est sans doute tenaillé par le besoin d'opérer un virage stylistique important, de donner l'impression de quitter « l'amateurisme » des petits budgets pour une forme plus travaillée. Thriller hitchcockien habité par une prestation très honorable de Linda « L'Exorciste » Blair et produit pour une diffusion sur NBC, Summer of Fear (alias Stranger in our House) confronte Craven l'indépendant aux exigences d'un network, une première. Formé à la dure, le futur réalisateur des Scream digère l'expérience sans broncher. Le succès du téléfilm est d'ailleurs tel qu'il se voit offrir une sortie sur grand écran dans plusieurs pays et notamment en Grande-Bretagne. Wes Craven n'en est pas peu fier et ne se prive guère de le montrer le temps d'un clin d'œil savoureux avec un cinéma diffusant Summer of Fear lors d'une courte scène de La Ferme de la terreur.
Financée par la toute jeune Polygram Pictures, filiale du géant de l'industrie du disque, La Ferme de la terreur est un drôle de projet, à la croisée de plusieurs sous-genres. Même s'il se permet de retravailler le scénario original de Matthew Barr et Glenn M. Besnet, Wes Craven n'est qu'un simple exécutant et il se doit de composer avec les lubies de ses producteurs. Sharon Stone lui est imposée, de même que les (très) nombreuses scènes où le trio d'héroïnes se ballade en lingerie fine. Ultime concession : il doit retourner la fin initialement prévue et balance un épilogue complètement autre, choc et chtarbée à la fois. Au final, le métrage braconne sur les terres du slasher, verse dans le whodunnit et flirte avec le fantastique sataniste post-La Malédiction. Le tout sur fond de choc des cultures entre citadins libertaires et fanatiques religieux et de crise d'identité sexuelle. Mazette !

 

partie de campagne


Porté par un très beau thème pastoral (nuancé par des chœurs sacrilèges que James Horner pique sans vergogne au Jerry Goldsmith de The Omen) et un casting ad hoc où Ernest Borgnine terrorise ses fidèles avec une inquiétante conviction, La Ferme de la terreur est un film qui ménage ses effets et où la génie de Craven pour créer de l'angoisse avec presque rien éclate à plusieurs occasions. Comme ce simple échange, tendu et lourds de menaces, sur le perron de la maison de l'héroïne (la très craquante et peu farouche Maren Jensen). Comme ce pur moment de claustrophobie dans une grange vêtuste. Ou comme ce cauchemar où une Sharon Stone au teint cadavérique, pétrifiée par la terreur, laisse une araignée se jeter dans son gosier.
En pleine redécouverte de ses capacités, Wes Craven se permet également d'anticiper les futurs morceaux de bravoure de sa longue carrière. Ainsi, une scène de bain offre un cadrage qui sera repris tel quel dans Les Griffes de la nuit, avec un serpent ostensiblement phallique à la place des griffes de Freddy Krueger. Il en va de même pour le climax et le twist qui l'accompagne, à la fois copieusement pompé sur celui de Sleepaway Camp mais aussi très évocateur de celui du premier Scream. Enfin, en poussant un peu la comparaison, l'explosion d'un bidon de peinture rouge dans un superbe ralenti s'avère presque identique à celui qui marquera la scène la plus folle de l'inénarrable Amie Mortelle.

Élevé par un père baptiste pas loin de se ranger dans la catégorie des intégristes, Wes Craven profite également de La Ferme de la terreur pour explorer son rapport aussi ambigu que personnelle avec la religion, une oppression qu'il semble presque considérer comme nécessaire. Aussi castrateur soit-il, le mode de vie des Hitites ne s'articule pas autour de la crainte de Dieu par simple lubie mais bien parce que la Mal existe et que son pouvoir de nuisance ne doit pas être pris à la légère. Ébranlée par un épilogue aussi explicite que jouissif, cette contradiction fait aussi tout le sel d'une petite série B discrète mais élégante.

Alan Wilson








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Image :
Le master utilisé est le même que celui des éditions anglaise et américaine d'Arrow et Shout Factory. Soit une copie relativement propre mais avec des contrastes effacées et des couleurs délavées. L'encodage est solide et les scènes situées dans la pénombre offrent une définition tout à fait satisfaisante. Aucune raison de râler, aucune raison de s'extasier.

 


Son :
Pour qui saura tendre l'oreille, un léger souffle se fera entendre. Mais la stéréo, assez dynamique, permet au score diabolique de James Horner de s'imposer lorsqu'il le faut et les aigus ne saturent jamais. La base, quoi.

 


Interactivité :
Quelle dommage qu'Elephant Films n'ait pas pu récupérer les droits de certains suppléments produits à l'étranger. Arrow et Shout Factory avaient fait l'effort de proposer quelques featurettes pas inintéressantes et, surtout, un commentaire audio et une interview de feu Wes Craven. De l'or en barre dont il faudra malheureusement apprendre à se passer. Le seul bonus disponible n'est pas négligeable pour autant puisque le désormais incontournable Julien Comelli livre toutes les clés pour apprécier cette pépite méconnue dans un entretien au titre en forme de blague Carambar : « Let Hitites Be. » C'est con mais ça mérite bien un LOL.

Liste des bonus : « Let Hittites Be » : document de Julien Comelli & Erwan Le Gac, Bande-annonce d'époque, Galerie photos.

 
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