ONCE UPON A TIME… IN HOLLYWOOD
Etats-Unis, Royaume-Uni, Chine - 2019
Image plateforme « Blu-Ray »
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Genre : Thriller, Drame
Réalisateur : Quentin Tarantino
Musique : Divers
Image : 2.35 16/9
Son : Anglais et français DTS HD Master Audio 5.1
Sous-titre : Français
Durée : 161 minutes
Distributeur : Sony
Date de sortie : 14 décembre 2019
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
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LE PITCH
En 1969, la star de télévision Rick Dalton et le cascadeur Cliff Booth, sa doublure de longue date, poursuivent leurs carrières au sein d’une industrie qu’ils ne reconnaissent plus.
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Le Bon, la Belle et le cascadeur

Il y a plus d'un an maintenant, lorsque Quentin Tarantino annonçait vouloir dédier son prochain film (le 9ème, soit l'avant dernier, si on en croit ses dires) à l'histoire de Sharon Tate et de son assassin Charles Manson, la polémique enflait dans la minute, recouvrant le web de réactions disproportionnées, s'insurgeant déjà que le réalisateur énervé, connu pour sa violence graphique et peu réaliste, allait forcément manquer de l'empathie et de la sensibilité nécessaires à la mise en images d'un tel drame. C'était mal connaître le trublion, qui non seulement ne s'intéresse pas au drame lui-même, mais en profite pour tordre la réalité, y inclure des fait totalement fictifs et rendre un hommage vibrant à ce qui l'a toujours motivé : l'amour du grand et du petit écran.

En 1969, aux yeux du monde entier, Los Angeles n'existe vraiment qu'au travers d'Hollywood, son quartier tout entier dédié à l'industrie du cinéma, où studios et plateaux fourmillent en permanence de techniciens et d'acteurs s'affairant, tout le jour, à faire tourner l'usine à rêves jusqu'à ce que, la nuit venue, ses stars de l'écran rejoignent leur splendide propriété sur ses hauteurs et s'y adonnent à des fêtes dont les lumières scintillent jusqu'à l'aube. Un quartier-monde, riche de la pluralité culturelle voulue et imposée par une industrie au summum de son rayonnement, que Quentin Tarantino s'évertue à rendre palpable à l'écran. Publicités, affiches de cinéma, génériques divers et variés, excitent les yeux et les oreilles du téléspectateur et du cinéphile, qui se retrouvent littéralement immergés dans l'effervescence de l'industrie de l'époque. Pourtant, au centre de cette très fidèle reconstitution, QT va insérer deux personnages totalement inventés. D'un côté, Rick Dalton (Leonardo DiCaprio, comme toujours impeccable), acteur glissant doucement vers une fin de carrière subie, pleurnichard et pathétique, noyant souvent ses doutes dans l'alcool et flottant mollement dans la piscine de sa propriété tout en rêvant de travailler avec Roman Polanski (qui habite pourtant juste à côté mais qu'il n'ose pas aborder). A son côté, Cliff Booth (Brad Pitt, lumineux et beau comme un dieu de... What ? 55 ans???), son cascadeur attitré qui, par ricochet, subi lui aussi une baisse de son activité qu'il prend avec la philosophie inhérente à ceux qui travaillent dans l'ombre. Ami et confident de Dalton, il devient donc une sorte d'homme à tout faire, aussi bien chauffeur que réparateur TV. A côté de ses deux faces d'une même pièce (l'acteur et le technicien) totalement fantasmée, Quentin Tarantino va insérer celui, bien réel, de Sharon Tate (Margot Robbie, rayonnante), muse de Polanski qui va connaître, peu de temps après son arrivée à L.A., un destin tragique. Mais sa présence va surtout être l'occasion pour le réalisateur de présenter une autre facette de la psychologie de l'Acteur, monstre fragile, qui va s'opposer directement à celle de Dalton.

 

la lumière de la ville


Il l'a dit à de nombreuses reprises en entretien, Quentin Tarantino a été élevé, en partie, par la télévision. Publicités et séries de toutes sortes l'ont donc accompagné durant toute son enfance, s'entremêlant dans un maelstrom d'images et de sons qui hantent tous ses films, et faisant de lui un des rares réalisateurs se réclamant même de cette culture télévisuelle là où d'autres (nombreux) passent leur temps à la mépriser. Once Upon a Time... in Hollywood est donc pour lui l'occasion de rendre définitivement hommage au medium. Et pour ce faire, il va utiliser avec brio ses personnages. Dalton, avec qui le cinéma prend de plus en plus de distance, passe désormais son temps sur les plateaux de tournage du petit écran, incarnant le méchant de la semaine dans des séries de toutes sortes. Il en est clairement malheureux et le montre en embrassant régulièrement le goulot de sa bouteille. Sharon Tate, de son côté, vient-elle de la télévision et tourne depuis peu pour le cinéma, dans des productions où elle joue des personnages secondaires pas toujours très glorieux pour son image mais qui la comble de joie. Ainsi, lors d'une scène, elle entre dans un cinéma (après avoir annoncé avec fierté à l'ouvreuse qu'elle jouait dans le film programmé) et passe son après-midi dans la salle, admirant sa prestation sur l'écran géant, même si celle-ci n'est pas à son avantage et provoque les rires gras des spectateurs. Deux acteurs, deux conceptions différentes du métier. L'une, désillusionnée, qui met en avant la vanité et le cynisme naissant d'une industrie qui commence déjà à tourner en rond, l'autre pleine d'espoir, sereine, peut être naïve mais qui vit le rêve qu'elle vend et traverse la vie tel un astre solaire qui irradie le monde de bonheur. Avec son regard perçant et sa verve habituelle, Tarantino livre donc deux magnifiques portraits d'acteurs complémentaires, sujet à beaucoup d'analyses, qui va trouver encore un peu plus de matière au sein d'un cyclone méta comme rarement le cinéma nous en a offert avant lui.

 

et maintenant, votre film en métavision


Malgré les premières rumeurs du film (et les premières polémiques, mais il y en a déjà d'autres depuis) l'affaire Sharon Tate n'était donc pas (mais alors pas du tout!) le propos de ce 9ème film. Et ce même si Charles Manson et sa funeste Manson Family y sont bien présents. Le but était donc surtout de situer son action dans une époque particulièrement troublée par des crises politiques successives (guerre du Viet Nam, apparition des premiers hippies) qui allaient avoir des répercussions dramatiques directes sur une industrie située pourtant à des années-lumière de ces préoccupations. C'est donc indéniablement avec une volonté de catharsis (comme il le faisait déjà dans Inglorious Basterds) que Quentin Tarantino prévoit un destin tout autre, que celui survenu en cette soirée d'août 69, aux bourreaux de la jeune actrice. Ce qui donne lieu à un grand final tarantinesque qui évidemment fait déjà couler beaucoup d'encre.

Alors où se trouve donc l'intérêt du film ? Dans la frontière entre réalité, fiction et fantasme mais aussi, et surtout, entre celle, poreuse, que Tarantino s'évertue à mettre en scène entre Cinéma et Télévision, les deux mamelles indissociables de sa passion, auxquelles il a été biberonné toute son enfance. Une scène seule en la preuve flagrante : celle où Dalton et Booth regardent ensemble la tv, comme deux potes sirotant leur bière. Progressivement, la caméra cadre leur poste en noir et blanc, jusqu'à faire disparaître les bords de l'image. L'écran de cinéma est alors transformé en télé, et ne reste que du film les commentaires off des deux téléspectateurs, eux même acteurs jouant un rôle. Une mise en abîme extrêmement intéressante et qui se retrouve aussi dans la scène où Margot Robbie, incarnant Sharon Tate, regarde la véritable Sharon Tate évoluant à l'écran. Et Tarantino enfonce le clou en proposant une myriade de seconds rôles à des acteurs venus du petit écran : Timothy Olyphant (Deadwood), Luke Perry (Beverly Hills), Damian Lewis (Homeland), Lena Dunham (Girls), Damon Herriman (le Charles Manson de la saison 2 de Mindhunter et qui joue ici... Charles Manson) et même Nicholas Hammond, premier Spider-Man de l'Histoire de la télévision US.
Sur le fond, le film est donc incroyablement dense, véritable somme d'une vie de cinéphile et téléphage. Mais ce n'est pas pour autant que Tarantino oublie la forme, majestueuse quand il le faut, comme lors de cette scène de quelques secondes seulement où sa caméra suit un membre de la Manson Family à cheval, réveillant en un seul travelling la puissance mythologique du Western. Quant à sa verve habituelle, elle est une nouvelle fois bien présente, et nous abreuve de dialogues jouissifs et délicieux.

Once Upon a Time... in Hollywood est donc tout ça à la fois, et bien plus encore. Le patchwork neuronal d'un gamin qui a grandi face à un tube cathodique et le recrache aujourd'hui entre hommage, catharsis, sérieux et humour de sale gosse. Un gamin qui est devenu un réalisateur chevronné mais reste avant tout, et c'est là le plus important, un passionné.

Laurent Valentin
Un Autre Avis :

« La fin d'une époque. Celle du cinéma classique américaine, mais aussi celle du rêve hippie, se croisent dans une chronique nonchalante mais majestueuse aux airs de fantasme romantique. Une merveille. »

N.BD















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Image :
Amoureux du cinéma, du vrai, Tarantino continue de fabriquer ses films en préservant logiquement et naturellement le support pellicule. Un temps envisagé en 75mm mais finalement filmé sur 35mm (avec quelques plans 16mm noir et blanc et même un peu de super8), son dernier film resplendit en HD avec des textures formidablement organiques, une profondeur ravissante... On notera surtout une gestion pointue de la palette colorimétrique qui passe d'ambiance chaleureuse, excessivement lumineuse, naturels mais chauffé à blanc par le soleil, d'ombres plus granuleuses pour la période « italienne » et bien entendu d'un noir et blanc joliment contrastés. Maitrisé à l'extrême.

 


Son :
Si un mix Dolby Atmos aurait été bienvenue sur le Bluray au vu de la richesse considérable du mixage sonore, les deux DTS HD Master Audio 5.1 disponibles sont cependant bien plus que satisfaisant. Les tubes rétros s'enchainent au rythme des jingles et des bruits de moteurs, les mouvements de grue sont amplifiés par une spatialisation généreuse, les dialogues sont fluides et bien présent, tandis que les films dans le film sont parsemés de petites fioritures naturellement qui crédibilisent constamment l'entreprise.

 


Interactivité :
Pas forcément le réalisateur le plus intéressé par la section bonus de ses sorties vidéos, Tarantino est encore une fois très discret ici, répondant rapidement à une ou deux questions tandis que les featurettes sur la photographe, les décors, les voitures et les costumes s'enchainent agréablement avec de nombreuses interventions du cast et du reste de l'équipe. Toujours trop courts (moins de 10 minutes) ces items délivrent tout de même de nombreuses petites infos et soulignent la reconstitution maniaque de ce Los Angeles.
L'attrait principal pour les fans reste bien entendu ici la petite section de scènes coupées dont certaines on été replacé dans le montage du film à l'occasion de quelques projections évènements. De fausses pubs supplémentaires (toujours aussi réussies), une version longue du tube de Rick Dalton, un peu de Luke Perry en rab' pour une séquence inédite de l'épisode de Lancer et surtout une extension de la courte apparition de Charles Manson, insistant sur sa carrière de chanteur contrarié, ses airs pathétiques tout en amenant un regard échangé avec Cliff Booth. Celle-ci aurait sans doute gagné à rester dans le cut final.

Liste des bonus : 7 scènes supplémentaires (25'), La lettre d'amour de Quentin Tarantino à Hollywood, Bob Richardson : pour l'amour du cinéma, Entre spécialistes : les voitures de 1969, Recréer Hollywood : le décor de production du film, La mode de 1969.

 
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