DONNIE DARKO
Etats-Unis - 2001
Image plateforme « Blu-Ray »
Image de « Donnie Darko »
Genre : Fantastique
Réalisateur : Richard Kelly
Musique : Michael Andrews
Image : 2.35 16/9
Son : Anglais DTS HD Master Audio 5.1
Sous-titre : Français
Durée : 113 minutes
Distributeur : Carlotta
Date de sortie : 13 novembre 2019
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « Donnie Darko »
portoflio
LE PITCH
Donnie Darko n’est pas un adolescent comme les autres. Intelligent mais perturbé, il a pour ami imaginaire Frank, un lapin géant au visage effrayant. Lorsque, par miracle, Donnie échappe à la mort, Frank lui annonce que la fin du monde est proche et qu’il doit accomplir sa destinée… Rien n’est dû au hasard, seul Donnie peut agir, mais vite… car Frank le lui a dit…
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Black Holes and revelations

Une silhouette, un sourire, une atmosphère, un voyage et une approche immensément personnelle du cinéma. Donnie Darko ce chef d'œuvre unique d'un Richard Kelly retourné dans les ombres qui tout en exorcisant les fantasmes d'une certaine adolescence, annonçait les modes à venir. Un film prescient.

Apparu sur les écrans entre 2001 et 2002, le curieux premier long métrage de Richard Kelly, déjà sauvé de l'oubli par les aides successives de Drew Barrymore (qui produit un film dont personne ne voulait entendre parler) et Christopher Nolan (qui pousse son distributeur à diffuser le film), Donnie Darko doit attendre véritablement sa sortie vidéo et le bouche à oreille pour que le public se fasse enfin l'écho de l'engouement critique. Un pas de retrait sans doute nécessaire pour appréhender une œuvre dans laquelle un ado perturbé (le tout jeune et inconnu Jake Gyllenhaal) discute d'apocalypse avec un inconnu dissimulé dans un costume de lapin flippant. Entre rêve et cauchemar, fantaisie et concepts métaphysiques ardus, Kelly trimbale son héros et ses spectateurs au grès des théories temporelles de Stephen Hawking, des analyses littéraires de textes de Graham Greene, avec la nonchalance d'une chronique adolescente. Nourrie par l'explosion de la pop culture des 80's et les tubes de la même décennie, le réalisateur régurgite les références de sa jeunesse, inscrit son récit à l'orée des années 90 et l'annonce de l'arrivée du premier Bush à la présidence américaine, non pas comme un voyage nostalgique (là où se plantent ces derniers temps les autoproclamé enfants d'Amblin) mais comme un adieu à une époque révolue. Un parallèle social et politique avec le passage forcé de Donnie à l'âge adulte et sa confrontation constante à l'absurdité du monde qui se déploie devant lui.

 

captain Carrot


Avec ce petit quelque-chose d'un David Lynch (façon comédie espiègle à la Twin Peaks), le film de Kelly aborde ainsi une galerie de personnages parfaitement campés (d'une Drew Barrymore exceptionnelle aux multiples jeunes révélations que sont les Gyllenhaal, Jena Malone et le débutant Seth Rogen) et brillamment écrits, donnant corps à une petite bourgade typique des USA : son mélange de progressisme incompris et de puritanisme flippant et malsain incarné ici par un Patrick Swayze en gourou à la manque, atomisant son image de beau danseur. Un rejet de l'ordre établi toujours aussi ravageur vingt ans après, porté par une mise en scène incroyablement maitrisée (le faux plan séquence dans le couloir du lycée, la visualisation des chemins pré-écrits, la justesse des instants intimes) et surtout une structure à tiroirs, un puzzle narratif non pas hermétique par posture, mais exigeant et passionnant à éplucher couche après couche. Peu importe que le Director's Cut apparu en 2004, légèrement plus long, parsemé de petites variations de montage et de placements musicaux, apporte des explications beaucoup plus limpides, l'emboitement des concepts, l'utilisation cyclique du voyage temporel, les codes réinventés (déjà) du super-héros et surtout sa métaphore filée sur les émois d'un âge bascule, donne essentiellement naissance à une émotion puissante, mélancolique et désarmante. Les révélations (presque dans le sens religieux) qui accompagnent les dernières minutes traversées par la sublime reprise du Mad World de Tears for Fears, achèvent le voyage avec une vraie grâce. Une simplicité lumineuse qui rejaillit d'une complexité ténébreuse.

Nathanaël Bouton-Drouard




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Image :
Apparu sur les écrans en 2001, Donnie Darko travaillait déjà une image révélant souvent ses origines de film indépendant par une pellicule pas toujours pointue et définie. Pour son retour au format Bluray, le film à cette fois-ci été entièrement restauré et réhaussé pour s'approcher au plus près des standards actuels. Un nouveau scan 4K effectué à partir du négatif original et de quelques éléments 35mm intermédiaires (pour le Director's cut et les scènes avec synthèse) qui s'approche au plus près des volontés initiales en évacuant tous les débris et imperfection d'autrefois. Les couleurs sont bien plus belles et homogènes, le grain de pellicule est agréablement organique, le piqué plus précis que jamais... Mais le film est toujours marqué par ses noirs qui fourmillent légèrement et ses plans plus doux et plats. Le film n'a jamais été aussi beau, mais pas sûre que de toute façon on puisse aller beaucoup plus loin sans dénaturer le travail de Steven Poster.

 


Son :
Toujours présenté en DTS HD Master audio 5.1 la version originale de Donnie Darko semble être la même (ou tout comme) que celle présente sur le premier Bluray de Metropolitan, même si forcément avec ses petites modifications le Director's Cut profite d'un mix inédit. On est ici dans les mêmes ambiances plutôt fines, les mêmes jaillissements dynamiques et flippants et des atmosphères parfaitement maitrisées.
On notera par contre la disparition totale de la version française, même sur le montage cinéma, ce qui pourrait refroidir certains fans.

 


Interactivité :
Quelques semaines après le coffret dédié à Christine, Carlotta frappe encore très fort avec un 14ème volume de la collection Ultra Collector dédié cette fois-ci au trip culte Donnie Darko. Pas d'UHD à l'horizon (mais cela n'aurait pas été pertinent ici) mais deux paires de disques, blurays et DVDs, consacrés au montage cinéma et au Director's Cut de 2004.

Une version assez peu connue en France et qui permet à Richard Kelly de réintégrer certains éléments du premier montage et surtout de clarifier (peut-être un peu trop pour certains) la logique des évènements par un chapitrage littéraire. L'indicateur aussi que l'éditeur tente là de constituer l'édition la plus complète possible, comme le prouve d'ailleurs la suite de vidéos regroupées, héritées des anciens collectors DVD (scènes coupées, Journal de bord, interviews promo, commentaires audios...) ou de la plus récente publication d'Arrow Video. Un long documentaire sur la création du film intitulé Deus Ex Machina (80 minutes), une interview d'une heure avec le réalisateur et le court métrage de jeunesse The Goodbye Place annonçant quelques thèmes et figures de style de Donnie Darko sont de ceux-là. Un programme large et chargé, parfois redondant mais souvent passionnant que Carlotta complète encore avec l'émission Home Cinema de Fabrice du Welz, accueillant, avec passion comme toujours, Richard Kelly pour discuter de ses trois longs métrages, leurs échecs divers et variés et toujours douloureux.

A cela s'ajoute bien entendu encore une fois l'objet coffret-live bien entendu, au design excellent, contenant un ouvrage de 200 pages compilant une très touchante et amusante introduction de Jake Gyllenhaal, une longue interview du réalisateur enregistrée en 2003 (la fatalité ne l'avait pas encore frappé) et l'intégralité du scénario original, traduit, et annoté pour faire ressortir les éléments constitutifs du Director's Cut et ceux restés à l'état de scènes coupées. Une belle initiative.

Liste des bonus : Version cinéma (113') et Director's Cut (134') en Bluray et DVD, Livre « Wake Up Donnie » (200 pages), 3 commentaires audio, « Deus Ex Machina : la philosophie de Donnie Darko » : documentaire fleuve sur le film et ses secrets (85', VOST)
« The Goodbye Place » : le 1er court-métrage de Richard Kelly (1996, 9'), 20 scènes coupées et alternatives (33'), « Un espace-temps avec Richard Kelly » (66'), Journal de bord de « Donnie Darko », avec ou sans commentaire audio de Steven Poster (53'), 15 entretiens d'archives avec l'équipe du film (15'), Comparaison film / storyboard (8'), « Home Cinema » : discussion inédite entre Richard Kelly et Fabrice du Welz (26'), « L'envers du décor » (5'), Publi-reportages Cunning Visions, avec ou sans commentaire audio (6'), Clips, Bandes-annonces.

 
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