DANGER, PLANèTE INCONNUE
Döppelganger / Journey to the Far Side of the Sun - Royaume-Uni - 1969
Image plateforme « Blu-Ray »
Image de « Danger, planète inconnue »
Genre : Science-fiction
Réalisateur : Robert Parrish
Musique : Barry Gray
Image : 1.85 16/9
Son : Français & Anglais DTS-HD Master Audio 2.0 mono
Sous-titre : Français
Durée : 100 minutes
Distributeur : Elephant Films
Date de sortie : 29 octobre 2019
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « Danger, planète inconnue »
portoflio
LE PITCH
Dans un futur proche, l'agence spatiale européenne, l'EUROSEC, détecte la présence d'une planète identique à la Terre de l'autre côté du soleil. Deux astronautes sont envoyés en mission d'exploration …
Partagez sur :
Miroir, miroir

Dans l'introduction spécialement produite pour la présente édition, l'inimitable Jean-Pierre Dionnet, plus enthousiaste que jamais, présente Danger, planète inconnue comme « le plus grand film de science-fiction de tous les temps ! ». Rien que ça ! Au risque de vexer ce brave Jean-Pierre, pourtant bien conscient de ne pas être totalement objectif sur le sujet, nous affirmerons au contraire que le film de Robert Parrish et du couple Sylvia/Gerry Anderson est l'un des plus frustrants du genre.

Car oui, n'en doutez pas, Danger, planète inconnue est un bon film de science-fiction. Là n'est pas le problème. Mais ses défauts, certains excusables, d'autres beaucoup moins, l'empêchent fermement de se hisser sur un quelconque podium. Nous sommes à la fin des années 60 et, dans la foulée du succès des Sentinelles de l'Air, Gerry et Sylvia Anderson rêve de quitter le petit écran pour le grand. Sans doute inspirés par The Twilight Zone mais aussi par tout un pan de la littérature de science-fiction, piochant chez Ray Bradbury, Isaac Asimov et Arthur C. Clarke, les Anderson écrivent les grandes lignes d'un scénario intitulé Döppelganger et trouvent preneur chez Universal. Si le concept assez vertigineux d'une Terre inversée (ou miroir) séduit les pontes du studio américain, ces derniers n'ont pourtant qu'une confiance limitée envers le couple de britanniques et imposent la présence d'un acteur américain et d'un réalisateur expérimenté derrière la caméra. Libre aux Anderson de choisir qui seront les heureux élus. Si le choix de Roy Thinnes se fait sans trop de problèmes, la vedette des Envahisseurs apparaissant comme le candidat idéal pour incarner l'astronaute Glenn Ross (vaguement calqué sur le très réel John Glenn), l'embauche d'un mercenaire docile pour réaliser le film sera la source d'une grande désillusion. Au début, tout semble aller pour le mieux entre Robert Parrish (L'Enfer des Tropiques) et les Anderson. Une bonne entente qui volera en éclats au fur et à mesure du tournage. Ajoutez à cela, les frustrations d'acteur de Roy Thinnes et l'alcoolisme de Ian Hendry et Patrick Wymark et vous obtenez une œuvre qui, à force de compromis et de tensions internes, n'arrivera pas à satisfaire grand monde et se plantera au box-office avant de tomber dans un oubli tout relatif. Roy Thinnes n'est pas content, Robert Parrish n'est pas content, la Universal n'est certainement pas contente et pour les Anderson, c'est le retour au petit écran.

 

mission inachevée


Il y a pourtant de belles choses dans ce Danger, planète inconnue. Loin de disposer du budget du Stanley Kubrick pour 2001, l'odyssée de l'espace ou de Franklyn J. Schaffner pour La Planète des Singes (pour ne citer que deux poids lourds de science-fiction sortis à la même époque), Robert Parrish peut néanmoins compter sur l'expertise des techniciens de Century 21, la compagnie de production de Gerry et Sylvia Anderson. Sans doute un peu désuets aux yeux d'un public moderne, les effets miniatures de Danger, planète inconnue sont épatants et regorgent de concepts inventifs comme cet avion qui se transforme en bus, offrant ainsi à Roy Thinnes une entrée en scène carrément mémorable. Dans l'ensemble, les 200 et quelques plans supervisés par Derek Meddings, à l'œuvre sur plusieurs James Bond et pas encore devenu le pilier des premiers films Superman, assurent le spectacle. Un spectacle qui repose sur un fond passionnant, la présence d'une Terre identique à la nôtre et pourtant diamétralement opposée, le tout traité sur un mode adulte, sombre et pessimiste, bien éloignée du spectacle de marionnettes tout public des Sentinelles de l'Air.
Le souci, c'est que les auteurs ne vont jamais au bout de leurs idées et Danger, planète inconnue laisse un sacré goût d'inachevé en bouche. Ainsi, la Terre miroir n'offre rien de vraiment bouleversant sur un plan philosophique et métaphysique, à part une écriture inversée. On pourra aussi se poser la question de la sous-intrigue d'espionnage industriel des premières vingt minutes avec un Herbet Lom bien mal employé avant d'être abattu sans ménagement. Des éléments de scénario qui semblent en jachère et qui sont assurément le fait de conflits internes entre les Anderson et Bob Parrish. L'impact de l'épilogue, finalement assez gratuit, voire incompréhensible, en est la première victime. Mais là où le film pêche réellement, c'est en terme de caractérisation et de direction d'acteurs. Peut-être faut-il y voir un pied de nez aux Anderson mais Robert Parrish dirige son casting comme des pantins avec une rigidité souvent exaspérante, ce qui met encore plus en lumière les défauts d'écriture.

Si l'originalité de Danger, planète inconnue ne fait aucun doute, faisant de cette aimable péloche de science-fiction une vraie curiosité, il est également impossible de ne pas se sentir floués par un scénario prometteur mais à la finition laxiste. Une belle occasion manquée.

Alan Wilson








Partagez sur :
 

Image :
Visiblement, la source utilisée pour ce nouveau master semble être la même que celle utilisée par Bach Films pour son édition DVD de 2007 ou le blu-ray américain de 2015. Les couleurs sont belles et la définition solide. Les points blancs fourmillent parfois et certains plans spatiaux sont un peu bruités mais rien de bien grave. L'impression générale est excellente à défaut d'être parfaite.

 


Son :
Rien de bien extraordinaire à attendre d'un film vieux de 50 ans mais les deux pistes sonores sont très propres. Le score de Barry Gray et ses cuivres triomphants ont une belle présence et il se peut même que votre Home Cinema se réveille de sa sieste lors des explosions en série d'un final aussi spectaculaire que désespéré.

 


Interactivité :
Elephant Films peut se féliciter d'avoir livré l'édition la plus exhaustive d'un film pas vraiment traité à sa juste valeur dans son propre pays. Outre la présentation de Jean-Pierre Dionnet dont nous vous parlions plus haut, l'éditeur a convié son cinéphile maison, Julien Comelli, pour revenir sur les secrets de production d'une œuvre enfantée dans la douleur. Le bonus le plus intéressant reste néanmoins le commentaire audio de Gerry Anderson, apparemment enregistré peu de temps avant sa mort. Un peu amer mais très bavard, le vieux monsieur ne mâche pas ses mots et reconnaît les nombreuses erreurs d'un film sur lequel il avait fondé de grands espoirs. Un document précieux. On sera nettement plus dubitatif quant à l'intérêt de la version alternative (en définition standard) du film, uniquement sortie en Grande-Bretagne, les quelques secondes de différence ne changeant rien à l'affaire, ni en bien, ni en mal. Tout aussi inutile, le long montage des plans d'effets spéciaux ne fera plaisir qu'aux amateurs de belles miniatures. Un livret d'une vingtaine de pages complète le tout.

Liste des bonus : « Doppelgänger » : version alternative anglaise du film, Commentaire audio de Gerry et Sylvia Anderson, Introduction au film par Jean-Pierre Dionnet, « Le Miroir à deux face » : documentaire de Julien Comelli et Erwan Le Gac, Maquettes en open-mat, Bande-annonce d'époque, Galerie photos, Livret

 
Crédits & mentions légales - Publicité - Nous contacter
Copyright Regard Critique 2009-2019