LE DERNIER DES MOHICANS
The Last of the Mohicans - Etats-Unis - 1992
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Genre : Aventure
Réalisateur : Michael Mann
Image : 2.35 16/9
Son : Anglais et français DTS HD Master Audio 2.0 et 5.1
Sous-titre : Français
Durée : 115 minutes
Distributeur : ESC Distributions
Date de sortie : 12 novembre 2019
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « Le Dernier des Mohicans  »
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LE PITCH
En 1757, alors que la France et la Grande-Bretagne se disputent les terres d’Amérique, trois trappeurs guident les filles d’un colonel écossais à travers les violences de la guerre. Elles seront les témoins de la naissance d’un monde nouveau sur les cendres d’un peuple…
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Peuple de la grande rivière

Installé dans la filmographie de Michael Man comme encastré entre le téléfilm ébauche L.A.Takedown et le chef-d'œuvre parfaitement abouti Heat, le film historique Le Dernier des Mohicans fait figure d'exception. Un essai qui n'a aucun équivalent direct dans le reste de sa carrière presque entièrement tournée vers les figures du polar urbain et du thriller contemporain. Pourtant cette adaptation assez libre du roman fondateur de James Fenimore Cooper est bien entendu une véritable œuvre de Michael Mann voir même centrale dans son approche du monde et de la forme filmique.

En premier lieu parce qu'il a tous les atours d'un film romanesque de la grande tradition du cinéma américain, célébrant dans les environnements grandioses d'un continent encore sauvage la rencontre passionnelle entre Hawkeye / Nathaniel (Daniel Day-Lewis beau comme un héros de roman pour femme), guerrier blanc élevé par une famille indienne, et Cora Munro (Madeleine Stowe et sa haute stature) fille d'un général anglaise, volontaire et indépendante. Une romance sublime qui semble se révéler face aux dangers de la situation : une vengeance inassouvie d'un guerrier Huron et une guerre ouverte entre les royaumes lointain d'Angleterre et de France. Le souffle du thème musical, aux retours incessants mais attendus, imaginé par Trevor Jones ; les visions de couché de soleil flamboyant et de forets à perte de vue ; les étreintes entre deux batailles... Point culminant d'un récit palpitant, la longue ascension à tension exponentielle qui s'achève sur une falaise escarpée surplombant la vallée, conçu comme le théâtre de combat mortels et de sacrifices inexorable est un vrai moment de cinéma. Rien que pour cela Le Dernier des Mohicans est l'un des meilleurs films du genre, épique et puissant, fiévreux et envoûtant croisant la grande histoire, l'éloquence littéraire avec le divertissement populaire. Mais le film résiste aussi bien au temps et aux épreuves de ses multiples montages (le Definitive cut est le troisième orchestré par Mann), c'est qu'il est tout autant une réflexion on ne peut plus personnelle sur la place de l'homme (surtout blanc finalement) dans un paysage qui n'est pas le sien.

 

paradis perdu


Un décor sauvage, encore presque intact ou à chaque lent travelling, chaque léger décadrage ou apposition du montage, où la nature vient rappeler sa beauté, sa quiétude dans un pays plongée dans une guerre qui ne la concerne finalement si peu. Un simple dîner, table rutilante posée comme une tache en plein champs, dénote du mélange d'ironie et de fatalisme de Mann qui bien entendu prend évidemment le parti des natifs, ces hommes intégrées à l'écologie de leurs terre et reflet d'une philosophie, d'un ordre des choses en voie de disparition. En amorce affleure tout autant la dualité récurrente des films du cinéaste, opposant effectivement Nathaniel à son versant « civilisé », le major Duncan Heyward qui aurait pu être le héros quelques décennies plus tôt, et surtout au terrifiant et fier Magua (impressionnant Wes Studi), guerrier dévoré par sa colère et sa quête de vengeance qui ne se rend même plus compte qu'il s'engouffre dans la même folie que les seigneurs blancs qu'il exècre. Des hommes, et des femmes (les deux sœurs Munro sont aussi très intéressantes dans leur construction en "double"), muent par des pulsions intimes et finalement toujours abordables, humaines, mais qui se heurtent irrémédiablement à une réalité imposée et trompeuse orchestrée par un pouvoir absurde et menteurs dont on retrouvera des échos directs quelques années plus tard dans Révélations, Public Ennemies ou Hacker. Des films où la notion de hors-la-loi est là aussi systématiquement disputée.

Sans pesanteur ou lourdeur, tout en mouvement et en rigueur pictural presque kubrickienne (on pense souvent à Barry Lyndon, et pas uniquement pour les costumes), Michael Man délivre avec son généreux film d'aventure l'une de ses œuvres les plus éclatantes et les plus révélatrices. Et quelle époustouflante histoire d'amour !

Nathanaël Bouton-Drouard






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Image :
A l'heure où fleurissent partout les scans ultra pointus en 2K et 4K redécouvrir un peu sur le tard ces masters HD daté d'une dizaine d'années du Dernier des Mohicans ne joue pas forcément en leur faveur. Certes les couleurs sont vraiment riches et impressionnantes, les contrastes habillement définis et la définition généralement accrocheuse, mais les transferts sont marqués par quelques variations de piqué et de rendu qui gênent parfois un peu aux encornures. Ces séquences nocturnes un peu neigeuses, aux ombres trop lourdes, ou ces courts plans aux contours très softs, sont d'ailleurs bien plus nombreux dans le second montage sans doute parce que le cinéaste est retourné piocher dans quelques scènes coupées et plans alternatifs. Est-ce qu'un nouveau scan 4k avec restauration chimique pourrait améliorer tout cela ? Sans doute que oui. Allons-nous en entendre parler rapidement ? Sans doute que non.

 


Son :
Tout naturellement, l'honorable doublage français (mais avec plein de soucis dûs aux accents et mots en... français) n'est proposé que sur le montage cinéma du film, tandis que le second cut se déguste uniquement en version originale disposée soit dans un DTS HD Master Audio 2.0 relativement sobre mais surtout franc et équilibré, et un DTS HD Master Audio 5.1 qui prête un peu plus à débat. Non pas que son ouverture des canaux, son travail sur les ambiances et la dynamique du film raisonnent comme quelque chose d'artificiel, mais surtout parce que son équilibre semble régulièrement bousculé par des niveaux sonores fluctuant d'une scène à l'autre, obligeant souvent le spectateur à s'armer de sa télécommande. Un peu dommage.

 


Interactivité :
Nouvel arrivant dans la Cult'Edition, Le Dernier des Mohicans comble aisément les longues frustrations accumulées par les fans français du film. Le digipack contenu dans le fourreau propose ainsi trois disques Bluray avec d'un coté le sympathique film de George B. Seitz de 1936 (déjà édité à l'unité) qui a inspiré la version de Mann, et de l'autre ses deux montages.

La version cinéma bien connu et le dernier « Director's Cut », réorganisation du film, peaufinage maniaque, jouant sur des passages de la version longue vue en DVD (moins schématique sur les personnages, plus complète sur le contexte historique) avec des séquences rallongées ou alternatives (valeurs, angles...) et de nombreux plans légèrement modifiés. Souvent de légers aménagement mais comme le dit le cinéaste lui-même, c'est bel et bien la version la plus aboutie du film.


S'il manque deux suppléments marquants, visibles d'ailleurs sur la précédente édition française Warner, soit le commentaire audio et le making of, la nouvelle proposition compense aisément le manque. Imparable, passionnante et éclairante, la longue interview de Michael Mann en personne est sans doute l'entretien le plus complet enregistré autour de ce film, l'auteur racontant ses nombreuses recherches historiques, sa quête de vérité, ses expérimentation stylistiques et thématiques. Même sensation de satisfaction du coté du compositeur Trevor Jones qui certes a un peu tendance à se répéter, mais évoque avec passion son métier, son approche musicale et bien entendu la naissance des thèmes du film. Reste les interventions de deux spécialistes bien connus avec l'éditeur François Guérif qui se concentre de manière pertinente sur le roman de Cooper et glisse sur les différentes adaptations, et le réalisateur Christophe Gans. Toujours aussi loquace, le bougre nous coupe l'herbe sous le pied en signant une analyse complète, brillante et captivante du film. Tout y est dit en trente minutes.

Liste des bonus : le film en version cinéma (111'), le film en version Director's Extended Cut (115'), le film « Le Dernier des Mohicans » de George B. Seitz (1936, N&B, 92'), un poster du film de Michael Mann, Entretien exclusif avec le réalisateur Michael Mann, Entretien exclusif avec le compositeur Trevor Jones, Entretien exclusif avec Christophe Gans, Entretien exclusif avec François Guérif à propos du roman de James Fenimore Cooper.

 
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