LA NEIGE EN DEUIL
The Mountain - Etats-Unis - 1956
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Genre : Aventure, Drame
Réalisateur : Edward Dmytryk
Image : 1.85 16/9
Son : Français et Anglais DTS HD 2.0 mono
Sous-titre : Français
Durée : 105 minutes
Distributeur : ESC Distributions
Date de sortie : 5 novembre 2019
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
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LE PITCH
Pour retrouver l’épave d’un avion, et tout ce qu’elle peut renfermer, Chris Teller est prêt à entreprendre la difficile ascension d’un grand pic montagneux des Alpes. Son frère Zachary, ancien guide de montagne, quitte sa retraite pour l’accompagner et veiller à ce qu’il revienne vivant. Mais tout se complique une fois que Zachary et son jeune frère découvrent les restes de l’appareil.
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Chaleurs humaines

Le Malabar Princess n'évoque peut-être pas grand-chose pour la plupart d'entre nous. Au mieux, un vague souvenir d'un film de 2008 où Jacques Villeret devait affronter la montagne. Pourtant, l'avion Malabar Princess défraya la chronique en novembre 1950 en ayant la mauvaise idée de se crasher dans le massif du Mont-Blanc ne laissant aucun survivant derrière lui.

C'est sur ce postulat librement réinterprété que le romancier Henry Troyat écrivit son roman : le bien nommé La Neige en deuil. Cinématographique, l'histoire ne pouvait en rester qu'au stade du simple roman. Sitôt écrit, sitôt acheté par Hollywood. C'est pour le confier au réalisateur Edward Dmytryck que la Paramount en obtiendra les droits. Longtemps persona non grata dans la cité des anges à cause de son passif de communiste, Hollywood lui a vite redonné sa confiance après le succès colossal de son Ouragan sur le Caine. Confrontant les générations, l'histoire opposera les points de vues de deux frères ayant grandi seuls à la montagne. Le plus vieux faisant office de père et de mère pour le cadet d'une bonne vingtaine d'années plus jeune. Le fameux crash de cet avion venant des Indes les confrontera dans leurs désirs. L'avion étant réputé pour s'être écrasé avec une bonne quantité d'argent, la convoitise de la jeunesse sera plus forte que la sagesse de la maturité. En cela le choix de Spencer Tracy et de Robert Wagner à la tête du casting est un choix judicieux. Emblème de la justice et de la droiture comme peut l'être un Henry Fonda, Tracy avec ses airs de papy tout droit sorti de Belle et Sébastien se pose là comme garant des bonnes valeurs. Face à lui le jeune premier Robert Wagner qui n'en peut plus d'essayer de percer dans le métier (patience Robert dans 20 ans tout le monde se souviendra de toi pour avoir joué dans la série Pour l'amour du risque) essaie quant à lui de lui tenir tête et pas sans brio, il faut le reconnaitre.

 

la soif de l'or


Bizarrement, l'intérêt du film se portera plus volontiers sur sa première partie où nous sentons Dmytryck bien plus à l'aise à accroitre l'intimité de ses protagonistes que dans les séquences d'escalade où sa faculté de psychologue y est bien moins présente. A l'instar de son Homme aux colts d'or, qu'il réalisera trois ans plus tard avec Henry Fonda (encore lui !) et Richard Widmark -western qui s'attardait plus aux relations des personnages qu'au mythe du cowboy du far-west-, il semble ici développer avec la même aisance le passif de ses personnages donnant ainsi corps à leurs oppositions. Leur confrontation est clairement celle de deux époques, de deux mentalités. Celle ancrée dans le passé et ses valeurs et celle portée vers le futur et ses intérêts financiers. Comme si Dmytryck voyait en filigrane dans son sujet sa propre destinée. Celle du metteur en scène prometteur que le métier lui assurait avant ses déboires avec le maccarthysme à celle de réalisateur toujours efficace à la solde des studios pour lesquels il est maintenant sous contrat. C'est sans doute l'un de ces éléments qui le motivera le moins dans la seconde partie de son film où ses personnages partent à la recherche de l'épave en haute montagne. La crédibilité de Spencer Tracy en alpiniste est mise à rude épreuve d'autant plus que l'acteur souffre de vertige ! Alternant les décors naturels de la vallée de Chamonix avec les transparences (pour l'anecdote Hergé s'inspirera de certains plans du film pour son Tintin au Tibet) le film perd en intensité jusqu'à son dernier acte. Dans celui-ci, le réalisateur y pousse très loin l'avidité et le symbolisme des actes du jeune Robert Wagner : il coupe la cordée qui le reliait métaphoriquement à la loyauté son frère, il y casse la croix que celui-ci avait mis sur les corps de l'équipage défunt. En deux scènes, Dmytryck montre le fossé des époques. Les valeurs d'antan ne sont plus ce qu'elles étaient, les espoirs du passé semblent révolus. Le tout sonne comme un constat amer pour le réalisateur et ses idéaux. Le monde change et ce n'est pas forcément en bien.

S'il n'est pas sans rappeler le célèbre Premier de cordée, ce Neige en deuil nous amène dans des sentiers inattendus. Loin des chemins balisés comme les guides touristiques peuvent nous les préconiser, celui-ci préfère nous emmener vers le hors piste, celui des sentiments et non de l'escalade.

Cédric Lemaire








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Image :
Pour son deuxième titre après Drôle de Drame, l'éditeur reZolution prouve qu'il s'investi dans les copies de qualité. Restaurée et bien contrastée elle resplendit dans les extérieurs alpins malgré les transparences tout en gardant son grain. Les intérieurs quant à eux ont peut-être tendance à devenir trop lisses pour ceux qui voudraient chipoter.

 


Son :
Bien qu'il soit en DTS HD Master Audio mono, le son est capable de nous offrir de belles surprises. C'est le cas ici où l'équilibrage est bien maitrisé. Que ce soit dans les scènes d'intimité et dialoguées ou celles où la nature est omniprésente. Les échos de la montagne donnent le relief nécessaire et inattendu à la crédibilité des scénes en extérieur sans que nous ayons besoin de mettre nos crampons.

 


Interactivité :
Programme complémentaire puisque d'un coté nous avons Patrick Brion qui en bon professeur revient sur la carrière chaotique de Edward Dmytryck et d'un autre un sujet complètement orienté vers la montagne et l'alpinisme par un ancien du métier. Reconverti en libraire spécialisé en ouvrages montagnards, son éclairage sur le sujet est appréciable. De quoi faire le tour du sujet en moins d'une demi-heure.

Bonus : « Edward Dmytryk et le Maccarthysme » par Patrick Brion 15', Entretien autour de l'adaptation du livre avec Louis Vibert-Guigue, responsable de la Librairie des Alpes 12'

 
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