AUTOPSIE D’UN MEURTRE
Anatomy of Murder - Etats-Unis - 1959
Image plateforme « Blu-Ray »
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Réalisateur : Otto Preminger
Musique : Duke Ellington
Image : 1.85 16/9
Son : Anglais DTS HD Master Audio 5.1 et 2.0 mono
Sous-titre : Français
Durée : 161 minutes
Distributeur : Carlotta
Date de sortie : 30 octobre 2019
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « Autopsie d’un meurtre  »
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LE PITCH
Paul Biegler, avocat blasé qui passe plus de temps à la pêche que dans les tribunaux reçoit un appel de Laura Manion qui le sollicite pour défendre son mari. Ce dernier, le Lieutenant Frederick Manion a assassiné celui qui avait violé sa femme. Le procès débute, mais rapidement la situation se complique. D’un côté, les témoignages ne concordent pas avec les faits, d’un autre, le Lieutenant Manion ne coopère pas… Face à cet imbroglio, Biegler aura bien du mal à déceler les r...
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Le blues du légiste
Grand classique du film de prétoire et modèle absolu du genre, Autopsie d'un meurtre traite pourtant beaucoup moins d'une affaire criminelle que d'un système juridique où le spectacle a depuis longtemps remplacé les faits. Otto Preminger au sommet de son art délivre un regard ironique aussi cruel que jubilatoire.

Aussi trivial que cela puisse paraître au premier abord, il est longtemps question d'une petite culotte (« panty ») dans Autopsie d'un meurtre. Un sous-vêtement que l'on nous décrit à dentelle, en provenance d'un magasin un peu chic de la ville, et dont l'évocation fait surtout beaucoup rire les témoins (spectateurs ?) de l'audience, et gène le juge et les avocats. Tout autant que la censure de l'époque qui trouvat là sujet à polémiqueet n'y voyait qu'un objet outrageusement sexualisé. Rien d'étonnant pourtant à son évocation puisque toute cette affaire de meurtre, finalement assez banale, repose sur un viol supposé et la colère vengeresse qu'elle aurait libérée. Malins, Preminger et son scénariste Wendell Mayes (L'Aventure du Poséidon, Un Justicier dans la ville) savent très bien où ils mettent les pieds et placent l'hypocrisie généralisée au centre du dispositif, miroir direct du système judiciaire. Tourné dans une véritable salle de procès avec un authentique juge pour siéger l'affaire, Autopsie d'un meurtre est bien plus subtile que la plupart des films de procès puisqu'il n'use des attendus effets de manches, révélations théâtrales et suspens liés au verdict, que pour mieux en souligner constamment la dramatisation outrée qui prend une distance complète avec les faits, la vérité.

Jurisprudence

Tout n'est que stratégie, mise en scène, jeu d'acteur et messages flottants dans l'air. Lorsque l'avocat voit ses insinuations rejetées par la cour et retirées du procès-verbal, son client se tourne vers lui pour demander : « Comment faire oublier aux jurés ce qu'ils ont entendu ? On ne peut pas... ». Nous sommes en 1959 et le cinéma est encore capable de se poser la question. Le jeune soldat lui (un tout jeune Ben Gazzara), en comprend rapidement les règles. Un peu trop bien même comme viendra l'entériner la dernière séquence cynique et fataliste, rappelant que comme souvent chez Preminger, la femme est la première victime de la machine. Surtout si elle a le comportement léger et paumé de la femme enfant dépeinte avec ambivalence par Lee Remick (Les Feux de l'été, La Malédiction). Un film désenchanté et puissant certes, mais incroyablement ludique et passionnant malgré ses 2h40 au rythme tranquille, où Preminger compose un polar resserré à la mise en scène discrète mais dont les effets de profondeur, les variations de mise au point et les raccords de montage évacuent tous restes de théâtre filmé. Un film de dialogues mais constamment dynamique, en mouvements où s'ébattent avec brio George C Scott en procureur retors et un James Stewart tout bonnement gigantesque dans sa maîtrise flegmatique de l'espace et du verbe. Prenant un gigantesque pied d'acteur, Autopsie d'un meurtre aura eu une saveur supplémentaire pour ce fana de piano et de jazz puisque le cinéaste lui offre à l'écran un bref duo avec monsieur Duke Ellington. Le roi du swing qui se fend d'ailleurs d'une bande originale en contre-pied absolument fabuleuse. Une cerise supplémentaire sur un gâteau dont on n'est pas prêt de se lasser.
Nathanaël Bouton-Drouard






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Image :
Présenté en 2012 par Criterion, la copie restaurée 4K à partir d'un nouveau scan d'une copie source 35mm arrive enfin en France. Les petites années ont passé mais le résultat est toujours aussi impressionnant avec une image nettoyée avec ferveur et discernement. Les cadres sont d'une plastique parfaite, revêtant un grain de pellicule délicat et organique et révèlent désormais pleinement le jeu de la mise en scène sur les effets de profondeur et de perspectives. Seuls finalement les quelques fondus enchainés, dont les photogrammes ont été « fusionnés » ont dû passer par un procédé numérique et un léger lissage un peu plus lourd pour obtenir une totale homogénéité. Quelques petites secondes bien pardonnables face à un spectacle argentique éclatant.

 


Son :
Pas de version française ici (désolé les nostalgiques) mais le Bluray propose bien deux pistes. L'une est une réactualisation de la bande sonore en DTS HD Master Audio 5.1 plutôt étrange qui certes donne un peu plus de volumes aux musiques de Duke Ellington mais n'est jamais vraiment convaincante ni dans les ambiances ni surtout dans la dynamique des dialogues qui perdent en efficacité. On lui préférera aisément le mono d'origine, restaurée et stabilisé, avec sa frontalité vive, sa clarté constante et surtout sa concordance avec l'image.

 


Interactivité :
Dixième volume de la collection Prestige de Carlotta, Autopsie d'un meurtre débarque à son tour dans le très jolie coffret simple et solide de l'éditeur. Ce dernier contient, en plus du digipack classique quelques goodies aussi accessoires qu'un poster et des photos sur papier glacé, et beaucoup plus essentiel avec le livre complet Anatomy of A motion Picture de Richard Griffith... mais en anglais. Vraiment dommage pour les anglophobes car l'ouvrage est d'excellente qualité, bourré d'informations et de photos de tournage rarissimes.
Surtout que l'on ne trouvera pas sur les disques de making of proprement dit mais un petit reportage d'époque sur le tournage et un documentaire tiré de la collection Cinéma de notre temps consacré à Preminger. Un entretien plutôt entre le cinéaste et une journaliste qui a l'art de lui poser les questions qui ont le don de l'agacer. Tout en évoquant ses débuts théâtraux, son arrivée à Hollywood et sa vision du cinéma et de l'art en général, le document est aussi une petite joute verbale tout à fait passionnante.

Liste des bonus : Fac-similé du livre « Anatomy of A Motion Picture » de Richard Griffith (132 pages, en anglais), Un portfolio de 5 photos d'époque, L'affiche du film (40 x 60), « Otto Preminger And The Dangerous Woman » (58'), Actualités : reportage TV sur le tournage du film dans l'état du Michigan (5'), Bande-annonce

 
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