EXTRêME PRéJUDICE
Extreme Prejudice - Etats-Unis - 1987
Image plateforme « Blu-Ray »
Image de « Extrême Préjudice »
Genre : Action
Réalisateur : Walter Hill
Musique : Jerry Goldsmith
Image : 1.85 16/9
Son : Anglais, Français DTS HD Master Audio 2.0
Sous-titre : Français
Durée : 96 minutes
Distributeur : Studio Canal
Date de sortie : 30 octobre 2019
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « Extrême Préjudice »
portoflio
LE PITCH
Texas, frontière mexicaine. Le ranger Jack Benteen passe tout son temps à lutter contre le trafic de drogue qui ronge la région. Face à lui, à la tête d’un réseau qui ne cesse de croître, un ami d’enfance avec qui il partage toujours une chose en commun : sa femme.
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La Horde en héritage

Si les années 80 ont été déterminantes pour certains réalisateurs qu'il n'est plus utile de nommer ici, cette décennie a été l'occasion, pour d'autres, d'en emprunter certains codes rendant hommage à un cinéma né bien avant elle et qui, lui, a pratiquement tout inventé. Walter Hill est de ceux là. Et Extrême Préjudice son écho. Gloire à la collection Make My Day de Jean-Baptiste Thoret qui décide de sortir enfin en bluray ce beau spécimen de la mythique Carolco Pictures de Mario Kassar et Andrew Vajna.

Dans le paysage cinématographique américain, Walter Hill est probablement une sorte de passeur. Le maillon d'une chaîne témoignant de l'évolution du 7ème art au pays de l'Oncle Sam, des années 70 au début des années 2000. Le témoin de sa gloire et de sa chute, en quelque sorte, qui a su devenir, avec honneur, l'héritier des plus grands tout en offrant une sorte d'héritage à ses successeurs dans une industrie en perpétuel mouvement. Héritier de Sam Peckinpah, avec qui il travailla sur Guet-apens en tant que scénariste, Hill se forgea à son contact un bagage précieux auquel sa plume et sa caméra ne cessèrent de donner corps. Jusqu'au crépusculaire La Horde Sauvage, western fin de siècle, au sens propre comme au figuré, hanté par le fantôme d'Akira Kurosawa (que Peckinpah vénérait), lui-même héritier de John Ford, auquel il est impossible de ne pas rapprocher la grande tuerie finale d'Extrême Préjudice.

 

le pacte des loups


Pourtant, Extrême Préjudice sonne d'abord comme un film de son époque, les deux pieds solidement ancrés dans cette mouvance née après le succès de Rambo 2, qui en quelques années donne la part belle aux muscles, aux guns disproportionnés, aux punchlines qui claquent comme une mandale dans la tronche et replace les militaires, conspués et maudits depuis la guerre du Viêt Nam, en véritable héros (comme dans le trop méconnu (et précurseur!) Retour vers l'Enfer de Ted Kotcheff sorti en 1983). Extrême Préjudice, dans son introduction du moins, où nous sont présentés les membres d'un groupe paramilitaire sensés être tous morts au combat, en emprunte largement les codes. Sur les premières notes d'un thème martial de Jerry Goldsmith (écho à peine masqué de son score inoubliable pour Rambo), les pièces d'identité des protagonistes claquent à l'écran. Pour les incarner, un festival de gueules de l'époque : William Forsythe, Clancy Brown et Michael Ironside, présents au Texas pour une mission secrète qui se dévoilera au fur et à mesure du récit mais qui tourne autour de deux figures emblématiques locales. D'un côté, Jack Benteen (Nick Nolte, aux antipodes de son personnage de flic-ogre dans le Contre-enquête de Lumet qu'il incarnera trois ans plus tard). Un Texas Ranger incorruptible, droit dans ses bottes, Stetson vissé sur le crâne, regard bleu acier qui transperce ses interlocuteurs comme la lame d'un poignard. Un monolithe imperturbable au service d'une justice impitoyable. De l'autre, Cash Bailey (le regretté Powers Boothe), baron de la drogue vêtu de blanc, au regard et à la langue de serpent, prêts à fondre sur ses victimes comme sur ce pauvre scorpion qu'il tue en l'écrasant dans la paume de sa main. Deux personnages que tout oppose et pourtant deux faces d'une même pièce, amis d'enfance représentant les deux visages d'une Amérique morcelée et partageant le même amour pour la même femme (la Maria Conchita Alonso des futurs Running Man et Predator 2). Deux acteurs qui offrent au film ses meilleurs moments lors de leurs échanges verbaux ou lorsqu'ils se jaugent, comme deux loups prêts à s'entre-tuer.
Avec ses personnages marqués, iconisés à l'excès, au background taillé dans le roc ou le bois le plus brut, pas étonnant de se retrouver devant un spectacle sentant la sueur et la poudre, la testostérone et le sang. Ce dernier coulant généreusement lors de séquences de gunfights mémorables jusqu'au final en forme de tuerie monumentale. Mais pas que. Loin de là. L' histoire co-écrite par John Milius, auteur du sublime et traumatisant L'Aube Rouge ne se contentant pas, encore une fois, de si peu de substance.

 

western stars


Car au-delà de son groupe paramilitaire, de son shérif assoiffé de justice, de son baron de la drogue et de ses guerilleros, Extrême Préjudice dresse avant tout un portrait du Texas et des Etats-Unis de l'époque. La première apparition du personnage de Nolte, cowboy représentant une lignée inexorablement condamnée à l'extinction (dixit la mort de son vieil adjoint, le récemment disparu Rip Torn), se soldant par la mort d'un fermier ayant décidé d'arrondir ses fins de mois difficiles en passant de la drogue du Mexique aux States. L'état des lieux désastreux, et toujours douloureusement d'actualité, de la politique économique d'un pays qui laisse les plus démunis sur les genoux, les obligeant à commettre l'irréparable. Un aspect du scénario (co-écrit par Deric Washburn, auteur du traumatique Voyage au bout de l'enfer de Michael Cimino) qui ne s'arrête pas là. Les banquiers et la CIA en prenant aussi pour leur grade, dans un festival de mensonges, de trahisons et de mépris des lois au profit d'un seul et même objectif commun : le fric.
Sur ce point, Extrême Préjudice peut se réclamer d'une descendance de choix en la personne de Taylor Sheridan. Impossible en effet, devant ces aspects du scénario du film de Hill, de ne pas penser au magnifique Comancheria et sa fratrie engagée dans une vendetta contre les banques.

De Ford à Kurosawa, de Kurosawa à Peckinpah, de Peckinpah à Hill, de Hill à Sheridan. Un héritage sacrée qui a marqué plusieurs décennies d'un cinéma américain qui continue toujours, mine de rien, de livrer des variations différentes sur un seul et même thème. Celui du Western, légendaire, cathartique et immortel.

Laurent Valentin










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Image :
Si quelques légers flous et un grain persistant sur certains plans viennent un peu gâcher la fête, la restauration est belle, contrastée et lumineuse quand il le faut. Mention spéciale aux scènes très éclairées, où visages et éléments du décor fourmillent de détails.

 


Son :
Pas de chichis, juste une piste stéréo d'époque qui fait le taf et fait résonner avec une belle puissance le score du grand Jerry Goldsmith.

 


Interactivité :
Trois entretiens. D'abord une brève présentation du big chief Jean-baptiste Thoret himself, toujours aussi intéressant et agréable à écouter lorsqu'il évoque le cinéma de l'époque. Suit un entretien de presque une heure avec Walter Hill, où le cinéaste revient sur une grande partie de sa carrière. De sa première rencontre avec Bloody Sam Peckinpah et de son caractère très particulier qui donna lieu à des disputes homériques avec Steve McQueen lors du tournage de Guet-apens. Viennent ensuite des digressions sur les plateformes de streaming (la fille de Hill travaillant pour Netflix), les films de Super-héros (eh oui, y a pas que Scorsese et Coppola qui en parlent...) et la tristesse de voir l'industrie purement et simplement volée aux artistes tels que les scénaristes. Easy Rider marquant, selon lui, un avant et un après (ce qui boucle la boucle avec le We Blew It de Thoret). Il revient ensuite sur Extrême Préjudice lui même, évoquant le travail de Nolte pendant 6 semaines avec un vrai Ranger, cite Milius, Goldsmith et bien sûr Peckinpah, encore. Passionnant ! Enfin, un dernier entretien (avec une qualité d'image VHS réellement pourrie!) qui date de 2004 et où Noël Simsolo, François Cosse et Jean-claude Missiaen reviennent sur la carrière de Walter Hill et ses liens avec tout un pan du cinéma américain.

Liste des bonus : Préface de Jean-Baptiste Thoret (5'), Extrême préjudice revu par Walter Hill (56'), Walter Hill, un cowboy à Hollywood (21'), Bande-annonce originale du film

 
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