FOLLE à TUER + CANICULE
France, Italie, Royaume-Uni - 1975/1984
Image plateforme « Blu-Ray »
Image de « Folle à tuer + Canicule »
Réalisateur : Yves Boisset
Image : 2.35 16/9
Son : Français DTS HD Master Audio 2.0 mono
Sous-titre : Aucun
Durée : 195 minutes
Distributeur : Studio Canal
Date de sortie : 31 juillet 2019
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « Folle à tuer + Canicule »
portoflio
LE PITCH
Folle à tuer : Une jeune femme, sortant d’une clinique psychiatrique, est engagée comme gouvernante du neveu d’un riche industriel. Canicule : Traqué par la police à la suite d’un hold-up sanglant, un gangster américain vient se réfugier dans une ferme occupée par une famille passablement abrutie…
Partagez sur :
Monde de dingos

Trop longtemps boudé après au moins deux décennies de succès populaires, l'œuvre d'Yves Boisset retrouve enfin le chemin d'une légitimation avec des ressorties Bluray dans des restaurations impeccables. Rejoignant la très cinéphilique collection Make My Day ! de Studio Canal, Folle à Tuer et surtout Canicule (sans doute son film culte) rappellent autant la modernité de son cinéma que sa férocité.

Considéré comme un réalisateur polémique, Yves Boisset s'estime surtout comme un humaniste qui creuse sous couvert de cinéma populaire une certaine image de ses contemporains. Si polémiste est un terme qui l'irrite, et qui ne lui conviendrait que si le but de ses films étaient de « choquer », son cinéma est cependant intensément et profondément politique, engagé. Ses films les plus célèbres sont ainsi constamment rapprochés de dossiers houleux, complexes et contemporains comme Un Condé (les violences policières), RAS (la guerre d'Algérie), Dupont Lajoie (le racisme primaire), Le Juge Fayard dit le shérif (l'intrusion du politique dans le judiciaire)... Il est donc souvent très intéressant d'observer ces auteurs là dans des contextes moins coutumiers, dans des exercices en apparence plus commerciaux. Un cinéaste d'idée donc, mais aussi un grand passionné du cinéma américain et du film noir dont il importe régulièrement les ingrédients et les codes dans son cinéma.

 

Fuite d'un nid de coucou


Adaptation d'un roman de Jean Patrick Manchette pour Folle à tuer, et de celui de Jean Vautrin pour Canicule, ces deux polars à la française en sont des exemples frappant tant ils invoquent constamment une certaine idée du cinéma populaire, tour à tour européen ou américain, avec une mise en avant de l'action, du mouvement et du suspens, mais se teintent inévitablement du regard porté par Boisset sur son époque et sur la société qui l'entoure. Même Folle à tuer que l'on pourrait résumer au portait émouvant d'un petit bout de femme (Marlène Jobert, fragile) qui va se découvrir une force nouvelle en protégeant un petit garçon odieux. Classique, sauf que Manchette déjà, puis Boisset, sont passé par là et transforment cette course-poursuite en une valdingue biaisé par la folie environnante et galopante. Du chauffeur pervers obscène et ancien violeur vaguement repenti (Victor Lanoux inquiétant et pathétique) au chef d'entreprise manipulateur et mielleux (Michael Lonsdale futur méchant de James Bond), sans oublier le tueur professionnel, mutique et glacial incarné par un Tomas Milian presque inexpressif, tout ce petit monde respire le service psychiatrique en journée libre. La machination est ici rapidement déjouée par le spectateur, mais les friandises de ce thriller opaque mais jamais désespérée se dégustent surtout dans la description d'une société matérialiste et déréglée où la plus grande gloire réside dans une célébration de la modernité bétonnée du quartier de la défense. Un opus que l'on pourrait juger mineur dans la carrière de Boisset mais qui porte clairement sa marque et qui amorce discrètement, avec ce cadre cinématographique élégant au service d'une traque bien de chez nous, le glissement vers la chronique campagnarde déliquescente qu'est Canicule.

 

sudation extrême


La rencontre, voir l'encastrement violent, entre la mythologie américaine du truand classe et moral, ici incarné par la légende Lee Marvin, et le décor désolé et moite de la Beauce écrasée sous des chaleurs records. Un héros de western qui perd de sa superbe constamment tiré vers le bas par des rednecks franchouillards échappés d'une version plus trash de Dupont Lajoie (c'est dire). Un casting décalé, à la limite du patchwork, entre le jeune David Bennet (Le Tambour, Legend) en gosse perdu dans ses rêves déjà bien décadents, une Bernadette Lafont sidérante en nymphomane crasseuse et boiteuse, l'immense Jean Carmet en bouzeux alcoolique et bien entendu - c'est l'un des acteurs fétiche de Boisset - un truculent Victor Lanoux qui pousse dans ses derniers retranchements sa figure de gros dégueulasse des campagnes. Filmé comme un polar des années 50, capturé par un scope digne du Apocalypse Now de Coppola, Canicule est constamment ramené au raz du sol, dans la fange, écrémé par des dialogues de Michel Audiard qui sentent la sueur (et le génie poétique) et une violence paroxystique aux retours rances. Cette constante cohabitation entre le sexe, ou plutot le cul, et la mort, soulignée par ce superbe travelling qui lie la masturbation solitaire de la jolie Miou-Miou et le suicide de la pauvre mamie qui servait d'esclave, redessine cette ferme paumée en un piège surréaliste et scabreux. Un peu notre Massacre à la tronçonneuse à nous, version malade mais largement plus recommandable que nos tonnes de comédies bucoliques avec des bouzeux et des nudistes. Tourné en désespoir de ne pas pouvoir mettre en route son Barracuda traitant des trafiques d'armes dans la France-Afrique (Valette lui rendra hommage dans son Une Affaire d'état), Yves Boisset signe là son dernier grand film et un OFNI sans équivalent.

Nathanaël Bouton-Drouard










Partagez sur :
 

Image :
Quasiment invisible pour l'un, revendu en DVD une fortune pour l'autre, Folle à tuer et Canicule sont deux films assez rares sur notre territoire malgré leurs origines et leurs succès initiaux. Heureusement la collection Make My Day ! est passée par là et leur offre véritablement une seconde vie avec de superbes restaurations. 95% des traces sur pellicule ont totalement disparu, laissant désormais place à des cadres propres et stabled, qui préservent parfaitement le grain d'origine et la matière organique. Seul Canicule montre quelques faiblesses dans les scènes obscures avec un grain plus marqué et granuleux, mais c'est là une conséquence aux choix techniques d'origine. Dans les deux cas les couleurs sont largement réhaussées par rapport aux visions ternes d'autrefois et le piqué est précis à souhait. On dit merci.

 


Son :
Pas de fioritures, les deux pistes françaises sont présentées comme il se doit dans leurs formats d'origine. Mono pour le premier, Stéréo Dolby pour le second avec une légère dynamique avant, mais là encore nettoyé avec minutie pour venir s'installer fièrement sur des pistes DTS HD Master Audio. Rien à dire : c'est clair, précis et sans aucune faute marquante.

 


Interactivité :
La collection Bluray de Jean-Baptiste Thoret continue ses petits miracles avec ici un double programme inespéré. Chacun des films est bien entendu présenté aussi bien en DVD qu'en Bluray (4 disques donc), et est systématiquement accompagné par la désormais traditionnelle présentation, passionné et communicative du journaliste. Si on regrettera forcément de ne pas trouver d'interview rétrospective du réalisateur ou de l'actrice Marlène Jobert (oui parceque pour ceux qui sont décédés...), le digipack comprend tout de même deux documents de très haute qualité. Une longue interview avec le réalisateur tout d'abord, enregistrée en 1984 pour la télévision belge, dans lequel il discute franchement de sa vision du cinéma et explore quelques anecdotes de sa carrière. Enfin un making of qui n'avait pas été aperçu depuis 30 ans, celui de Canicule. Un documentaire passionnant presque aussi long que le film qui s'installe dans les coulisses du tournage. Mise en place des scènes, discussions avec et entre les acteurs (la camaraderie de Lee Marvin et Jean Carmet est presque mignonne), gestion technique, incendie accidentel d'un décor, visions comparées du cinéma américain et français, on reste surtout fasciné par la présentation d'une production pas artisanale mais presque, où tout le monde est constamment impliqué dans la réussite du projet.

Liste des bonus : Préfaces de Jean-Baptiste Thoret (13'), Entretien avec Yve Boisset pour l'émission Cinescope (48'), Making of de Canicule (87'), Bandes annonces.

 
Crédits & mentions légales - Publicité - Nous contacter
Copyright Regard Critique 2009-2020