L'AVENTURIER DU TEXAS
Buchanan Rides Alone - Etats-Unis - 1958
Image plateforme « Blu-Ray »
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Genre : Western
Réalisateur : Budd Boetticher
Musique : Divers
Image : 1.77 16/9 Compatible 4/3
Son : DTS HD Master Audio 2.0 mono Anglais et Français
Sous-titre : Français
Durée : 79 minutes
Distributeur : Sidonis
Date de sortie : 20 juin 2019
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « L'Aventurier du Texas »
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LE PITCH
Sur la route qui le mène du Mexique vers le Texas, Tom Buchanan, en possession d'une petite fortune destinée à financer son futur ranch, fait halte à Agry Town, ville-frontière de Californie où une seule famille occupe tous les postes les plus influents. Lorsqu'un jeune mexicain assassine l'un des membres de ce puissant clan par vengeance et que Buchanan se met en devoir de le protéger, la cupidité du père et des oncles de la victime l'entraîne dans un jeu de faux-semblants qui lui ser...
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Lonesome cowboy

En 1956, Budd Boetticher inaugure avec Sept hommes à abattre une série de... sept westerns (ça ne s'invente pas !) mettant en scène la star sur le retour Randolph Scott ; une collaboration plus que rentable sur cinq années qui s'achèvera avec Comanche Station en 1960 et dont L'Aventurier du Texas constitue le quatrième opus, central.

Au terme de ce cycle, les deux hommes s'apprêtent à raccrocher définitivement les gants : Scott ne tournera plus que Coups de feu dans la Sierra (deuxième long-métrage du jeune Sam Peckinpah !) et Boetticher ne reviendra au western qu'une dizaine d'année plus tard avec Qui tire le premier ?, se cantonnant par ailleurs à la télévision et au documentaire. C'est donc à deux fins de carrière que l'on assiste. À ce titre, cette aventure de Buchanan au pays de la corruption, quoiqu'elle puisse paraître anecdotique, illustre assez bien l'état du genre à la fin des années 1950, s'efforçant de faire vivre encore un peu certaine tonalité tombée en désuétude, et anticipant d'un même geste ce qui fera principalement l'avenir du western.
Plus léger que la plupart des autres Boetticher/Scott, notamment du fait de la décontraction naturelle et de l'apparente candeur du personnage principal, L'Aventurier du Texas - ou Buchanan Rides Alone - n'est pas si éloigné de ce que va devenir dans la foulée la bande dessinée Lucky Luke sous la plume de René Goscinny, avec sa ville fictive où tous les dignitaires s'appellent Agry, où absolument tout coûte dix dollars et où l'intrigue en rebondissements permanents est émaillée de traits d'humour qui ne cessent de contrebalancer son caractère sinistre. Pourvu d'un sourire imperturbable et d'une bonhomie sur lequel ne font que glisser les menaces, les passages à tabac et les tentatives de pendaison ou d'exécution sommaire, Randolph Scott promène sa silhouette élancée au beau milieu d'un univers qui ne lui ressemble pas, personnifiant plus que jamais le héros irréprochable, blanc comme neige, redresseur de torts - ce héros traditionnel auquel l'influence conjuguée des mouvements sociaux contestataires et du cinéma transalpin s'apprête à faire un sort quelques années plus tard, le balayant au profit de personnages à la psychologie plus tourmentée, au comportement plus déviant, carburant à la vengeance et à l'appât du gain. On pourrait dire, de façon un peu schématique, que sous les traits de Randolph Scott s'expriment ici les derniers feux de cette vision naïve du justicier, qui frôlait la mort toutes les dix minutes sans que l'on s'inquiétât une seule seconde pour lui, défenseur du Bien devenu anachronique, qui permettait le triomphe galvanisant de la justice.

 

à la frontière


Autour de Randolph Scott, c'est une autre histoire : s'emparant du motif de la petite ville entièrement corrompue, Boetticher privilégie les allers et venues dans ses alentours plutôt que le souffle épique des grandes chevauchées - motif qui sera largement systématisé à partir des années 1970 où le mythe de la « Frontière » aura perdu de sa superbe et de sa signification. Tout le reste est à l'avenant : la figure du shérif, désacralisée, ne vaut plus que comme symbole de la couardise et de l'abus de pouvoir ; les figures féminines (qui personnifient entre autres, depuis John Ford, la démission de l'Ouest sauvage et le passage à une ère plus civilisée) brillent par leur absence - tout comme l'Indien, dont on préférera effectivement ne plus parler plutôt que de mal le faire, remplacé ici par le Mexicain opprimé en révolte contre l'autorité américaine. Quant aux figures négatives, elles ne sont plus les desperados ou les tribus belliqueuses mais le sénateur, l'hôtelier, le représentant de l'ordre... Bref les rouages les plus évidents de l'appareil politique, judiciaire et commercial qui cimentent la société civilisée, et qu'il ne s'agit plus de défendre mais d'expurger de ses brebis galeuses. C'est ainsi que l'idéal change de camp et que le héros devient hors-la-loi. Passé le premier crime de sang, moteur de l'intrigue, commis par le jeune Juan de la Vega pour une affaire d'honneur, le script ne tiendra plus que par la rivalité sordide de plusieurs frères prêts à s'entre-tuer pour quelques dollars et le contrôle de la cité, plus hypocrites et immoraux les uns que les autres.
La direction artistique du film, conforme à la nature de son discours, fait également un drôle de grand écart rétrospectif : Buchanan, impeccablement propre sur lui, la chemise à peine froissée, semble avoir toujours un pied dans l'esthétique artificielle et mythologique des décennies précédentes - Randolph Scott est lui-même une gloire passée qui, à ce stade de sa carrière, trimballe au moins autant sa propre légende, sa propre figure actancielle, qu'une nouvelle proposition de performance. Mais l'univers de Buchanan, lui, existe uniquement dans des nuances de beige, de gris et de marron qui cassent sans ménagement tout élan romantique ou lyrique ; le beige des briques, de la terre, des cailloux, des collines environnantes, du bois mort, de la poussières, du cuir, des chemises foncées ou simplement salies par le sable... Autant dire qu'avec cette sécheresse esthétique, cette aridité visuelle, nous voilà très loin des récents La Prisonnière du désert ou Johnny Guitar (œuvres déjà tourmentées, mais encore romantisées à l'extrême) et déjà relativement proches de Pour une poignée de dollars et de Django !

Tom Buchanan, cet aventurier du Texas, entre en scène alors qu'il franchit une frontière géographique (pas celle du mythe...). Fort de cette entrée en matière, le film nous raconte également comment un réalisateur et sa star au crépuscule de leur vie professionnelle s'efforcent de franchir une frontière historique : celle d'un changement d'époque à l'aube des années 1960, d'un ajustement du genre à cette nouvelle époque désenchantée - en n'oubliant pas de rendre un hommage désinvolte, avec malice et sans prétention aucune, à cette pureté devenue certes factice mais toujours follement séduisante propre à l'ère qui s'achève.

Morgan Iadakan








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Image :
La définition du film reste supérieure à ce qu'aurait pu fournir le format dvd en dehors de certains plans trop abîmés, mais pas exceptionnelle pour autant. Les contrastes et nuances de couleurs sont généralement satisfaisants, mais un léger bruit tend à parasiter quelque peu les extérieurs les plus lumineux (problème récurrent de remastérisation non chimiques de vieilles copies).

 


Son :
Rien de choquant ni de transcendant, avec une version originale assez propre et une version française à l'enregistrement moyennement qualitatif comme de coutume, mais dans laquelle on prend plaisir aux performances des grands doubleurs de l'époque. Il est à noter que le film ne contient pas de musique originale et jongle entre plusieurs morceaux récupérés ça et là, aux références absentes du générique - sans doute le signe d'une production au budget restreint et à la réalisation très rapide. Néanmoins l'alchimie avec l'image opère.

 


Interactivité :
Patrick Brion, dans sa section, insiste sur l'humour du film et le personnage (très important !) interprété par Craig Stevens, citant des propos de Boetticher lui-même. Tavernier développe plus longuement, comme souvent, sur les aspects techniques et les spécificités du film, y mêlant des considérations plus critiques et inscrivant plus précisément le métrage dans l'œuvre du réalisateur. Dans une autre intervention plus largement consacrée à Budd Boetticher lui-même, le réalisateur français cerne non seulement la personnalité du cinéaste mais le caractère général de l'homme, sur lequel il a beaucoup à dire.

Liste des bonus : Présentation par Bertrand Tavernier ; Présentation par Patrick Brion ; Budd Boetticher par Bertrand Tavernier ; Bande-annonce

 
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