UN CONDé
France - 1970
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Image de « Un Condé »
Genre : Policier
Réalisateur : Yves Boisset
Musique : Antoine Duhamel
Image : 1.66 16/9
Son : Français DTS HD Master Audio 2.0 mono
Sous-titre : Français pour sourds et malentendants
Durée : 103 minutes
Distributeur : ESC Distributions
Date de sortie : 4 juin 2019
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « Un Condé »
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LE PITCH
Favenin, policier désabusé, veut venger la mort de son coéquipier tué par des gangsters. Au mépris des lois, il n’hésite pas à user du chantage et de la torture pour retrouver les assassins et préfèrerait tuer plutôt qu’arrêter le coupable.
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Flic... juste un flic.

Si les déboires d'Un Condé avec la censure d'état sont effectivement symptomatiques d'une époque et assez passionnants en soit, il est dommage de trop souvent réduire l'impact du film d'Yves Boisset à ce « détail », tant il transforma, par son approche à la fois populaire, politique et efficace, le visage du polar à la française.

Ce n'était d'ailleurs pas Boisset qui était envisagé au départ à la réalisation par la productrice Vera Belmont (La Guerre des polices, Légitime violence), mais bien Claude Sautet pour lequel il avait fait ses premières armes comme assistant réalisateur. Il était alors question d'un récit policier plus sage, et même incarné par un Lino Ventura qui refusa devant la cruauté de ce flic en pleine vendetta. Avec Boisset aux commandes et l'inattendu Michel Bouquet (alors essentiellement cantonné aux personnages un peu fragiles) dans le rôle principal, Un Condé change littéralement de visage, s'engouffrant dans une illustration particulièrement sombre et violente des comportements autoritaristes, pour le dire gentiment, des forces de l'ordre. Là où un Jean-Pierre Melville, alors maitre incontesté du polar hexagonal, travaille une réalisation élégante, claire, voir épuré, Boisset choisit un réalisme beaucoup plus poussé. Les coups portent, le sang apparait généreusement, les suspects se font tabasser attaché à un radiateur (une coutume), les femmes rouées de coups par des petits mafieux, les indics humiliés devant le gosse (« regarde c'est ça un flic » annonce Rufus au fiston)... Mais jamais au détriment d'une direction d'acteur impeccable et d'un réel travail dans la mise en scène.

 

les ripoux


Déjà à sa troisième réalisation après l'aventure Caplan sauve sa peau et le thriller Cran d'arrêt, Un Condé marque par un sens redoutable de l'action, des travellings impeccablement placés, des ambiances à couper au couteau et, en dehors d'une dernière bobine un peu trop démonstrative, sans rupture de rythme. Le film cible le grand public, veut lui en donner pour son argent, mais sans se vendre lui-même, se positionnant sans détour dans un cinéma contestataire dans la continuité de Mai 68 et fustigeant le pouvoir en place, les débordements sécuritaires de l'état policier et l'accointement entre criminels, politicards et extrême droite. De ce coté là Boisset ne fera jamais dans la dentelle et c'est tant mieux. Une liberté de ton et une manière de dépeindre des représentants de l'état (qui ici couvrent largement les exactions de leurs agents assermentés), qui déplu fortement au Ministre de l'intérieur Raymond Marcellin, qui bloqua la sortie du film pendant six mois et exigea quelques coupes dans les dialogues et même qu'une scène soit retournée pour en atténuer les élans dénonciateurs. Paradoxalement, ce fut un joli coup de pub pour le métrage qui suscita ainsi une grande curiosité et devint rapidement un énorme succès du box office. Un Condé ouvrait ainsi la voie à presque deux décennies de polars sombres et réalistes, à un défilé de gueules à la française et de dialogues acérés et, encore une fois, d'un cinéma populaire sachant regarder la vérité en face.

Nathanaël Bouton-Drouard






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Image :
Le cinéma de Boisset reprend du poil de la bête avec Un Condé qui a été entièrement restauré par l'équipe d'ESC pour l'occasion. Un scan 4K et une remasterisation 2K pour un cadre désormais totalement débarrassé des moindres traces sur la pellicule, retrouvant une stabilité totale et un grain de pellicule très marqué (c'est l'époque) mais maitrisé de bout en bout. Le choix ayant été fait ici de respecter point par point l'esthétique d'origine, quelques petits fourmillements persistent dans les plans nocturnes, la photographie reste relativement grise et terne (avec quelques intérieurs plus chauds), et aucune trace visible de vilains outils numériques. Pas parfait, mais tout simplement parce qu'un tel film ne peut prétendre à une image parfaite.

 


Son :
Frontal, direct, mais d'une clarté irréprochable le mono glissé en DTS HD Master Audio est une gageur pour les amateurs de cinéma bien de chez nous. Idéal pour profiter pleinement des compositions dissonantes et quasi-expérimentales d'Antoine Duhamel, mais aussi des excellents dialogues de Claude Veillot (Tir groupé).

 


Interactivité :
Pourquoi se prendre la tête quand le plus gros du travail a déjà été fait. ESC a donc intelligemment repris les suppléments qu'avait produit il y a plus de dix ans Opening. Une interview inspirée du compositeur, une réflexion sur la censure au cours de cette décennie là et bien entendu la rencontre, toujours passionnante, avec le cinéaste au phrasé et au vocabulaire digne de ses personnages.
Du coté de l'inédit, on ne trouve donc que l'entretien avec François Guérif, monsieur polar et éditeur, qui sert de présentation plutôt étoffée du film et de ses liens avec les remous idéologiques de son temps.

Liste des bonus : Entretien autour du film avec François Guérif (spécialiste du polar en France), « Un condé au fil de la censure » : entretien avec Yves Boisset, « Censure et politique » : entretien avec Jean-Pierre Jeancolas, critique et Historien du cinéma, « Une expérience musicale » : entretien avec Antoine Duhamel, compositeur.

 
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