L'HOMME AUX COLTS D'OR
Warlock - Etats-Unis - 1959
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Genre : Western
Réalisateur : Edward Dmytryk
Musique : Leigh Harlne
Image : 2.35 16/9
Son : Français & Anglais DTS-HD Master Audio 2.0 Mono
Sous-titre : Français
Durée : 122 minutes
Distributeur : Sidonis
Date de sortie : 20 juin 2019
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
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LE PITCH
La ville de Warlock dans l'Utah est sous l'emprise d'un gang de cow-boys hors-la-loi. Pour rétablir l'ordre, les notables et les habitants font appel à Clay Blaisedell, une gâchette « à louer » qui s'est fait une réputation de justicier infaillible...
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à l'ouest, les damnés

Bien avant que Nicolas Cage n'exhibe une paire de Springfield M1911-A1 plaqués or dans le mémorable Volte/Face de John Woo, il y eut Henry Fonda et ses Colts bling-bling dans le Warlock d'Edward Dmytryk, un western shakespearien rongé par l'amertume et que Sidonis Calysta a l'excellente idée de rééditer ces jours-ci en haute-définition.

Sorti en 1959, Warlock (ou L'Homme aux colts d'or pour le public français) marque la seconde apogée d'une carrière qui faillit s'arrêter presque dix ans plus tôt. Viré de la RKO et jeté en prison en raison de ses « amitiés » communistes, le cinéaste Edward Dmytryk revient en effet de loin. Libéré, il retourne devant la Commission des activités anti-américaines et dénonce plus d'une vingtaine de camarades (notamment les réalisateurs Jules Dassin et Michael Gordon), un acte qu'une bonne portion d'Hollywood ne lui pardonnera jamais. Son nom et sa réputation méchamment salies par ce retournement de veste peu glorieux, Dmytryk retrouve pourtant le chemin des plateaux. Soutenu par le producteur et réalisateur Stanley Kramer, il signe même l'un des plus grand succès de l'année 1954 avec Ouragan sur le Caine. La confiance retrouvée, il passe à la 20th Century Fox et réalise son premier film en Cinemascope, La Lance Brisée avec Spencer Tracy. En 1958, Le Bal des maudits, superbe drame militaire avec Marlon Brando et Montgomery Clift toujours pour la Fox et toujours en Cinemascope, est un nouveau succès. Pourtant, en dépit de ce regain de popularité, les blessures du passé sont loin d'être refermées et Warlock, par sa vision pessimiste et moralement ambiguë de la justice dans l'Ouest Américain, est là pour le prouver.
Il ne s'agit certes pas du premier western cherchant à écorner ce mythe fondateur du cinéma hollywoodien. Mais la rigueur et la froideur des cadres ainsi que l'arrière-goût désespérément acre laissé par les trente dernières minutes remplacent bien des discours. Hanté par la mort des hommes de loi (les noms des shérifs adjoints abattus sont littéralement gravés dans les murs, comme une menace) et baignant dans une lâcheté collective, la petite ville de Warlock qui donne son titre au film est au moins aussi pourrie que le royaume du Danemark d'Hamlet ou les landes maudites et ensanglantées de Macbeth.

 

le justicier, le repenti et l'homme de l'ombre


Écrit par Robert Alan Aurthur qui adapte un roman d'Oakley Hall, le scénario renvoie de toute évidence du trio Wyatt Earp/Doc Holliday/Big Nose Kate et Warlock est une version fictive de la ville de Tombstone, Arizona. Habité par la mélancolie et le remord mais aussi par un code d'honneur immuable mais discutable, Henry Fonda endosse avec panache la défroque du justicier, nettoyeur passant de villes en villes pour abattre les nuisibles. Un homme sans autre avenir que la mort et la rancœur de ses commanditaires. Dans son ombre évolue un infirme, un boiteux (Doc Holliday avait la tuberculose), meilleur gâchette que son acolyte mais parfaitement satisfait de sa position. Délaissant un temps ses rôles de mâle alpha fort en gueule, Anthony Quinn compose un personnage pathétique et profondément tragique, un tueur qui ne vit que pour le respect et la gloire de son ami. Troisième en lice, Dorothy Malone est le premier grain de sel dans cette amitié forgée par la routine et une gloire factice. Il n'est que sous-entendu qu'elle fut une prostituée pour le compte d'Anthony Quinn et elle garde de cette relation passée de la haine et des secrets.
Le second grain de sel est incarné par Richard Widmark, le seul véritable héros de cette histoire. D'homme de main, le cow-boy finit par se racheter une conduite en ayant le courage d'accrocher une étoile au revers de sa chemise. On pourrait croire son arc dramatique un peu convenu mais Widmark parvient à nous faire croire à son rédemption par la simple force de son regard. Il incarne le courage et l'abnégation dans un monde où seule la violence domine. Une violence à la fois minable et douloureuse.

Il faut ici saluer la direction d'acteur d'Edward Dmytryk, d'une précision remarquable. C'est par le biais de son casting qu'il parvient à donner vie à un script complexe et parfaitement structuré. Et puisque l'on cause casting, on ne saurait se quitter sans un mot pour DeForest Kelley. Pas encore engagé dans l'aventure Star Trek, le futur Docteur McCoy vole plus d'une fois la vedette aux autres « méchants » du film (parmi lesquels Tom Drake et Frank Gorshin, excusez du peu) et se distingue dans la peau d'un salopard souriant mais qui sait tenir parole. Une raison de plus de savourer l'un des westerns majeurs des années 50. En d'autres termes, un chef d'œuvre.

Alan Wilson








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Image :
L'instabilité de certains plans et des fondus enchaînés abîmés trahissent une restauration un peu sommaire. Mais peu importe. Porté par une compression solide, le master est d'une propreté indiscutable avec des couleurs pimpantes. Le gain de définition est significatif et permet d'apprécier une direction artistique soignée. L'amateur pourra même pointer du doigt l'utilisation de peintures saisissantes servant de « faux » extérieurs pour les scènes tournées en studio.

 


Son :
La version française diminue le souffle et les grésillements de certains passages mais elle a aussi le tort de priver la bande son de ses ambiances et de son relief. La version originale est donc un choix plus judicieux même si il faut faire attention à ne pas trop pousser le volume. Les coups de feu sont restitués avec l'ampleur adéquat mais le score pas forcément mémorable (et heureusement très discret) de Leigh Arline sature très vite.

 


Interactivité :
Reprise de l'édition de 2012, l'interactivité combine à nouveau les propos de Bertrand Tavernier et Patrick Brion. La qualité vidéo de ces entretiens piquent un peu les yeux mais l'important est ailleurs. Analytique et passionné, le réalisateur de Que la fête commence et L.627 nous plonge dans les thématiques du film. Patrick Brion replace l'œuvre dans son contexte historique et nous éclaire sur la carrière d'Edward Dmytryk. On pourra toujours pester sur l'absence de nouveaux suppléments mais la simplicité, la pertinence et la complémentarité de ce double billet devraient suffire à rassasier les cinéphiles.

Liste des bonus : Présentation du film par Bertrand Tavernier / Présentation du film par Patrick Brion / Bande-annonce de la collection

 
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