ZOMBIE
Dawn of the Dead - Etats-Unis, Italie - 1978
Image plateforme « Blu-Ray »
Image de « Zombie »
Genre : Horreur
Réalisateur : George A. Romero
Image : 1.85 16/9
Son : Français DTS-HD Master Audio 5.1, Anglais DTS-HD Master Audio 5.1 & 2.0 Mono, Italien DTS-HD Master Audio 5.1
Sous-titre : Français
Durée : 120 minutes
Distributeur : ESC Distributions
Date de sortie : 24 mai 2019
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « Zombie »
portoflio
LE PITCH
Fuyant une invasion de morts-vivants et la chute de la civilisation, une journaliste enceinte, son petit-ami pilote d'hélicoptère et deux membres du SWAT se réfugient dans un immense centre commercial abandonné…
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forza romero !

C'est indiscutablement l'un des événements vidéo de l'année 2019. Précédée par un crowdfunding couronné de succès et une communication intensive sur les réseaux sociaux, la réédition de Zombie, classique parmi les classiques du film de mort-vivant, est enfin là ! ESC Distribution nous l'a vendu comme définitive et, à deux ou trois détails près (parce qu'on aime bien pinailler), c'est bien le cas. Première conséquence de ce coffret combinant exhaustivité des montages connus et débauche de suppléments, l'envie, une fois de plus, de comparer les visions de George Romero et Dario Argento, associés, amis mais aussi, en un sens, rivaux.

Petit retour en arrière, à la fin des années 60. Plutôt que de donner immédiatement une suite à La Nuit des mort-vivants et de répondre aux sirènes d'Hollywood, George Andrew Romero préfère tracer sa route, en toute indépendance. Une orientation de carrière courageuse, intègre et admirable. Mais coûteuse. Tous les films du géant de Pittsburgh passent sous les radars et le succès est aux abonnés absents. Romero n'a plus le choix. S'il veut continuer à faire du cinéma comme il l'entend, il va falloir faire plaisir au public et revenir aux zombies cannibales. Dawn of the Dead est donc sur les rails. Ne manque plus que l'étincelle créative, l'idée de génie. Romero la trouve en visitant le centre commercial gigantesque de Monroeville, en Pennsylvanie. Mais, outre l'écriture d'un scénario, il reste un obstacle de taille pour concrétiser cette séquelle : l'argent. Les idées du cinéaste coûtent cher et les caisses sont vides. Et il est hors de question pour Romero de troquer sa liberté contre un budget confortable. Entrent alors en scène les frères Argento (Dario et Claudio) et Alfredo Cuomo. Non contents d'investir une coquette somme dans le projet, les italiens invitent l'américain à Rome pour qu'il finalise le scénario. L'influence sur Romero est discrète et bienveillante mais réelle. Et le contrat comporte une clause qui dépossède le cinéaste de son film pour l'exploitation en Europe. Le tournage terminé, chacun part de son côté pour travailler à SON montage. Et Dawn of the Dead de se transformer, par la force des choses, en œuvre bicéphale.
Sous le titre Zombie, la version concoctée par Dario Argento s'attire immédiatement les faveurs du public. Propulsé par le score agressif et rock du groupe Goblin, débarrassé presque totalement de l'humour et des ruptures de ton chères à George Romero mais conservant un fond très politique, Zombie est une œuvre sans temps morts qui ne cesse d'envoyer des uppercuts à son public. Bien que très éloigné des exigences formelles d'Argento, cette « réappropriation » consentie porte bel et bien la griffe du réalisateur de Suspiria.

 

B-side


Dario Argento a donc fait coup double. Il a aidé un collègue, un artiste qu'il aime sincèrement, et il est parvenu à en retirer une bonne portion du bénéfice. Il ne s'est pas contenté d'apposer son nom sur le générique, il a injecté une bonne part de son ADN dans le produit fini, facilitant la naissance d'un des courants les plus productifs du bis italien. Mais ceci est une autre histoire.
Pourtant, de l'autre côté de l'Atlantique, ce n'est pas tout à fait le même film qui s'offre au public américain. Utilisée à minima, la musique des Goblin cède la place à un ensemble de morceaux très disparates, parfois à la limite de la parodie, de la ringardise. Un choix conscient qui éloigne Dawn of the Dead de l'horreur pure et qui appuie la satire. Puisque son film se déroule dans un supermarché, George Romero lui a bricolé une bande son de supermarché. La critique de la société de consommation est ici plus virulente, plus développée. L'engagement politique du cinéaste, très à gauche avec une touche d'anarchisme, ne passe donc plus au second plan d'un survival rouge sang.
Qu'il s'agisse du montage cannois (une belle exclusivité de la présente édition) ou du director's cut US, le rythme n'est également pas le même. Percutant là où il faut, le rythme se fait aussi plus aéré et plus conforme à la temporalité du récit. Alors que la version d'Argento semble se dérouler sur quelques semaines, le montage de Romero est plus proche des six mois suggérés par l'évolution de la grossesse de Fran (Gaylen Ross, formidable et trop rarement citée en comparaison de ses acolytes masculins). Les amateurs de gore y gagnent également en effets outranciers dont la mémorable trépanation d'un mort-vivant par les pales d'un hélicoptère et quelques plans de barbaque humaine de ci, de là.

Là où les versions américaines méritent réellement de sortir de l'ombre du montage italien, c'est qu'elles semblent agir comme le résumé culturel d'une décennie agitée, entre radicalité artistique et transition politique. Tout le cinéma américain des 70's est dans Dawn of the Dead. Réutilisation et mutation des codes du western, ultra-violence, humour noir, ironie, mélange des genres, influence grandissante de la bande dessinée, féminisme, discours social et mise en lumière d'un racisme qui ne veut décidément pas disparaître. Romero récupère tout ce qui lui passe sous la main pour construire un film-univers tellement incontournable qu'il est devenu LA source d'inspiration pour tout un pan de la contre-culture depuis plus de 40 ans. Argento est un pirate remarquable mais il n'est pas de taille face à l'amiral Romero !

Alan Wilson










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Image :
C'est la véritable révolution de cette nouvelle édition. ESC a mis le paquet en offrant à Michael Gornick, le chef opérateur de Romero, de superviser la restauration en 4K du montage italien, en collaboration avec un studio basé à Rome. Le résultat, à n'en pas douter, fera sûrement parler sur les forums internet tenus par les ayatollahs de la remasterisation numérique. Ils pourront dire ce qu'ils veulent mais le résultat est d'un naturel estomaquant et la nouvelle colorimétrie invite à redécouvrir sous un jour nouveau. Teintes moins blafardes que par le passé (adieu la copie Opening), luminosité plus nuancée, couleurs ressuscitées (!), l'attente est amplement justifiée. Et les nostalgiques de la VHS et des écrans 4/3 peuvent se régaler de cette même copie sur un quatrième disque en full frame. Très belles mais n'ayant pas fait l'objet du même soin maniaque, les copies du director's cut et du montage cannois se rapprochent des éditions précédentes avec quelques incidents de pellicule et des couleurs moins vibrantes.

 


Son :
La grande nouveauté de ce coffret est d'avoir inclus la version italienne dans un mixage au dynamisme surprenant. Les puristes apprécieront et l'identité transalpine du film en sort renforcée. Carton plein également pour le mixage 5.1 de la version originale avec des basses profondes et une spatialisation qui a le bon goût de ne pas trop en faire pour retrouver les conditions optimales des projections d'époque. Propres mais sans relief, les versions françaises sont un peu à la traîne mais à qui viendrait l'idée de s'en plaindre.

 


Interactivité :
En un mot : gargantuesque ! D'un disque à l'autre, on navigue entre bonus inédits et reprises des précédentes éditions Anchor Bay, Arrow et Opening. La cohérence éditoriale est parfois difficile à discerner mais la richesse des informations dispensées est à même de rassasier les néophytes comme les fans de la première heure. Spécialement enregistré pour l'occasion, le commentaire audio de Michael Gornick, Tom Dubensky et Lee Karr enchaînent les anecdotes et les révélations sur les méthodes de travail de George Romero et se révèle être le complément idéal des trois autres commentaires audio répartis sur les autres montages. Bien connu des lecteurs de Mad Movies et des amoureux de cinoche asiatique, Julien Sévéon s'épanche sur son idole Romero au travers de deux entretiens : le premier, très généraliste, revient sur le film et son metteur en scène ainsi que l'histoire du tournage tandis que le second se concentre sur les différences entre le score de Goblin et le méli-mélo assemblé pour le montage américain. Le dernier inédit est malheureusement à fuir comme la peste et sonne comme un vrai faux pas (heureusement, c'est le seul). Dans un français approximatif, à peine audible et difficilement compréhensible, Dario Argento convoque ses souvenirs et se révèle plus efficace qu'une boîte entière de somnifères.

Accompagné de ses comparses italiens (son frère Claudio, le producteur Alfredo Cuomo et le leader des Goblin, Claudio Simonetti), le même Dario se révèle nettement plus alerte et passionnant dans un documentaire qui prend la forme d'un entretien croisé et qui révèle sans le vouloir l'emprise de ce dernier sur le film de Romero. Romero, on le retrouve d'ailleurs dans un joli tiercé de bonus. Linda Tahir et Christophe Champclaux construise un portrait un peu court mais attendrissant du cinéaste autour d'une interview à l'arraché dans une chambre d'hôtel. Le documentaire « Document of the Dead » de Roy Frumkes, présenté dans un nouveau montage, demeure un document exceptionnel et une archive inestimable. Plus classique mais non moins passionnant, le making-of retrospectif « The Dead will walk » offre une belle vision d'ensemble d'un tournage dominé par la bonne humeur et un véritable sens de la débrouillardise. Enfin, le reste des bonus vire à l'anecdotique mais reste savoureux : images de tournages exhumées par des figurants, visite du centre commercial avec l'acteur Ken Foree, entretiens avec Jean-Pierre Putters (le fondateur de Mad Movies), masterclass avec Bertrand Bonello (dont le récent Nocturama est un hommage à peine voilé à Zombie), leçon de maquillage avec le regretté Benoït Lestang et les inévitables bandes-annonces. Et quand il n'y en a plus, il y en a encore puisque le coffret inclus un ouvrage de 152 pages rédigé par Marc « J'écris même quand je dors » Toullec et qui retrace toute la saga zombiesque de George Romero sur un mode très similaire du livre accompagnant la trilogie Hellraiser ou le Manhunter de Michael Mann, soit une compilation d'anecdotes et de citations qui se révèle très agréable à lire.

Liste des bonus : Blu-ray 1 (Version Européenne) : Présentation du film par Dario Argento / Commentaire audio du directeur de la photographie Michael Gornick, Tom Dubensky (assistant caméraman) et Lee Karr (historien du cinéma et auteur) produit et réalisé par Jim Cirronella / Entretien autour du film avec Dario Argento (20') / George A. Romero, l'homme aux Zombies par Julien Sévéon (27') / Discussion publique entre Bertrand Bonello et Jean-François Rauger à la Cinémathèque Française (60') / Entretien avec Dario Argento, Claudio Argento, Alfredo Cuomo, Claudio Simonetti... (30')
Blu-ray 2 (Director's Cut US) : Commentaire audio de George A. Romero et Tom Savini / Document sur les décors du film avec le commentaire audio de Robert Langer (13') / Visite du centre commercial Monroeville Mall avec l'acteur Ken Foree (10') / Documentaire : « The Dead Will Walk » de Perry Martin (2004, 75') /
Blu-ray 3 (Version Cannes) : « Les Zombies de Romero » par Linda Tahir et Christophe Champclaux (26') / Les effets spéciaux de Zombie décryptés par Benoit Lestang (Maquilleur effets spéciaux) (18') / Entretien avec Jean-Pierre Putters (Fondateur et ancien rédacteur en chef du magazine Mad Movies) (18') / Matériels promotionnels
Blu-ray 4 (Version Full Frame) : Commentaire audio du compositeur Claudio Simonetti / Commentaire audio des 4 principaux acteurs / Documentaire : « The Definitive Document of The Dead » de Roy Frumkes (102') / La musique de Zombie par Julien Sévéon (19') / un livre de Marc Toullec de 152 pages

 
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