BORDER
Gräns - Suède, Danemark - 2018
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Image de « Border »
Réalisateur : Ali Abbasi
Image : 2.35 16/9
Son : Danois et français DTS HD Master Audio 5.1
Sous-titre : Français
Durée : 110 minutes
Distributeur : Metropolitan
Date de sortie : 9 mai 2019
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
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LE PITCH
Tina, douanière à l’efficacité redoutable, est connue pour son odorat extraordinaire. C’est presque comme si elle pouvait flairer la culpabilité d’un individu. Mais quand Vore, un homme d’apparence suspecte, passe devant elle, ses capacités sont mises à l’épreuve pour la première fois. Tina sait que Vore cache quelque chose, mais n’arrive pas à identifier quoi. Pire encore, elle ressent une étrange attirance pour lui…
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doll hunter

Auréolé du prix Un certain regard en 2018, le film n'est pourtant pas conseillé à toutes les rétines. Inclassable et malaisant, Border lorgne souvent du côté du cinéma de David Cronenberg ou Lars Von Trier; notamment L'Hôpital et ses fantômes ou Chromosome 3 pour le premier. On le sait, depuis une vingtaine d'années, la Suède multiplie les pépites pelliculées.

Uniquement porté par deux acteurs formidables, l'expérience est unique voir désagréable. Inutilement long, contemplatif à excès (voir suffisant), l'œuvre est une errance privé de repères dans un monde hors du temps, froid et visiblement désenchanté. Dans cet univers étouffant, Tina est une douanière redoutable. Hideuse, elle possède, au propre comme au figuré, un flair quasi surnaturel pour démasquer les fraudeurs qui souhaiteraient passer la frontière. Cet odorat extraordinaire fait d'elle, au-delà de cette apparence monstrueuse, un être à part. Tina subit son quotidien et ne trouve visiblement pas la félicité dans ce monde gris et sans pitié. C'est alors qu'un matin comme les autres, un étrange individu se présentera face à elle. Ils partagent de plus un mimétisme physique plus que troublant. Vore est suspect. Dans son attitude, ses gestes, son regard et ses propos. Et pour la première fois, Tina semble perdre ses moyens. C'est alors le début d'un jeu de cache-cache naviguant jusqu' à la nausée entre attirance et dégout. Alors que le réalisateur cite les surréalistes comme inspiration, c'est dans l'œuvre de John Ajvide Lindqvist (Morse) qu'il trouvera le prétexte à son propos. Novateur, le film ne l'est probablement pas autant que le metteur en scène le souhaiterait. Toutefois, de par sa noirceur éthérée, un duo de comédiens au diapason et un jeu de miroir quasi magique, Border porte en lui les promesses d'une génération de cinéastes au propos originaux et bienvenus. Après Shelley en 2016, nul doute que cette fois, le monde devra vivre différemment après la vision de ce malaise à 24 images seconde.

 

les morsures de l'aube


Bien qu'il soit complexe d'évoquer le voyage de nos deux antagonistes sans trop en révéler du bien fondé de cette rencontre, il advient tout autant de tempérer une critique internationale dithyrambique. Il transpire parfois de ce Border un ton complaisant, voir prétentieux dans certains plans forcés et inutilement oniriques. Manquant parfois de jusqu'au-boutisme, le film aurait probablement gagné à cracher ses certitudes sous formes de cendres, à l'image d'un mineur aux poumons détruits par le charbon. Il faut entendre par cette métaphore que le fait de jongler entre deux intrigues entrelacées (la relation des deux inconnus et la découverte de leur vraie nature face à une intrigue policière peu finaude) rend parfois le film bancal. Évoquant autant la psychologie des contes de fées, le folklore scandinave, les créatures légendaires (smafolk) et des peurs bien plus contemporaines comme la crainte de la maternité, le kidnapping et l'abandon de soi, force est de capituler: le film est inclassable. Parfois pataud dans son propos (la douanière qui recherche l'identité de l'inconnu n'est-elle pas elle même en quête de sa propre humanité), Border est quoi qu'il en soit indispensable. Un acte presque militant pour le septième art. Impossible alors et in fine de ne pas évoquer le travail de maquillage et les effets indétectables de Peter Hjorth et enfin souligner une dernière fois la partition inattaquable d'Eva Melander. Épaulée par Eero Milonoff (plusieurs fois récompensé pour son travail), l'actrice est aussi terrifiante qu'émouvante. Elle EST tout simplement Tina.

Un film imparfait donc mais grâce auquel le cinéphile vivra un grand huit émotionnel rarement ressenti. Un voyage dans les forêts de conte de fées, un propos sur la monstruosité permettant d'être un peu moins sot après la vision du film: on n'en attendait pas tant. Un film calibré pour les festivals donc mais pas pour l'exploitation. Une bonne raison de le découvrir.

Jonathan Deladerrière












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Image :
Tourné en numérique, mais pas forcément avec le même matériel rutilant que les mastodontes américains, Border est donc transposé naturellement en Bluray avec une certaine efficacité mais ne peut pas toujours cacher ses petites faiblesses. Des séquences plus softs, en particulier dans les plans d'ensemble et nocturnes, et même un net décrochage lors d'une visite dans la pénombre (apparition notable d'artefacts), l'éditeur n'est à priori pas à incriminé mais bien la source officielle. Heureusement la grande majorité du métrage est bien plus pointilleuse et joliment définie avec en particulier des couleurs riches et éclatantes qui viennent célébrer la nature omniprésente.

 


Son :

Là c'est par contre le sans faute. Le DTS HD Master Audio 5.1 de la version originale vient accompagner le voyage « fantastique » du personnage en jouant avec perspicacité sur des ambiances enveloppantes, tour à tour urbaines, froides, et vibrantes, puissante dès que le vent souffle ou la pluie tombe. Une fois encore les plus belles séquences se déroulent dans les bois, mais l'entièreté du mixage fait preuve d'un équilibre délicat. Un poil plus distant, autant par le jeu des acteurs que la disposition des voix, la version française est peut être un peu moins limpide.

 

 


Interactivité :

Rien à se mettre sous la dent coté making of ou commentaire audio, l'éditeur français a donc fait l'effort de produire sa propre interview inédite du réalisateur. Ali Abbasi se monte plutôt économe dans ses propos mais sait aller à l'essentiel, abordant bien entendu l'adaptation du livre, les choix esthétiques, voir réalistes, mais aussi cette vision d'un folklore typiquement nordiste revisité par l'œil d'un homme d'origine iranienne.

Liste des bonus : Interview du réalisateur (17'), Bandes-annonces.

 
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