ALIEN, LE HUITIèME PASSAGER
Alien - Royaume-Uni, Etats-Unis - 1979
Image plateforme « Bluray 4K »
Image de « Alien, le huitième passager »
Réalisateur : Ridley Scott
Musique : Jerry Goldsmith
Image : 2.35 16/9
Son : DTS-HD Master Audio 5.1 & 4.1Anglais, DTS 5.1 Français, allemand, espagnol…
Sous-titre : Français, anglais, espagnol…
Durée : 117 minutes
Distributeur : Fox Pathé Europa Home Entertainment
Date de sortie : 24 avril 2019
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « Alien, le huitième passager »
portoflio
LE PITCH
Sur le chemin du retour vers la Terre, le vaisseau Nostromo intercepte un signel de détresse venant d’une planète proche. Sorti de son hyper-sommeil, l’équipage va tenter de découvrir la source de ce signal qui s’avère être un avertissement…
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Ripley value

Un nouveau steelbook pour faire classe sur nos étagères. Une nouvelle copie 4K en Ultra-HD pour frimer entre cinéphiles à la pointe de la technologie. Un bandeau annonçant avec fierté le quarantième anniversaire du film. Fox n'en finit plus de rééditer le chef d'œuvre de Ridley Scott. La preuve, d'une part, que la franchise reste une affaire juteuse (ou baveuse, au choix). La confirmation, d'autre part, qu'Alien n'a pas pris la moindre ride et demeure le mètre-étalon d'un genre à part, à la croisée entre la science-fiction, l'épouvante gothique et le film de monstre.

L'affaire est entendue. Entre les mains de n'importe-qui, le scénario de Dan O'Bannon et Ronald Schusett aurait très bien pu servir de prétexte à une série B sans envergure. Au mieux, un shocker efficace dont on se souviendrait avec un mélange de nostalgie et d'amusement. Au pire, un nanar fauché et racoleur qui n'aurait d'autre espoir que de finir sa carrière dans un bac à solde par la grâce d'une jaquette mensongère. Soit précisément le sort que la postérité aura réservé à tout un wagon de péloches dérivées d'Alien. Entre série B et série A, la frontière ne tient parfois qu'à un nom et à l'ambition qui l'accompagne.
Sir Ridley Scott est le chef d'orchestre - le visionnaire, même ! - qui aura su transformer une histoire somme toute assez classique à base d'astronautes en perdition et d'extra-terrestres belliqueux en un classique intemporel, l'héritier d'un fantastique pur et viscéral et le héraut d'une science-fiction moderne et réaliste. Concrétisés en dur par le directeur artistique Roger Christian, les designs futuristes conçus par Ron Cobb et Chris Foss évoquent tout autant une technologie avancée et fonctionnelle que les couloirs d'un vieux manoir hanté, la fumée et les stroboscopes remplaçant la brume et les éclairs d'antan. Prodigieusement inédite de par sa biologie détaillée et infernale ainsi que par le caractère très sexuée de la menace qu'elle fait peser, la créature « cauchemardée » par H.R. Giger a pourtant recours à la bonne vieille technique d'un acteur dans un costume. Soufflant le chaud et le froid, le montage de Terry Rawlings (qui nous a d'ailleurs quitté le 23 avril dernier) fait le va et vient entre un rythme lent, presque contemplatif, linéaire et classique et une frénésie toute contemporaine et avant-gardiste : comparez donc la scène emblématique du « chestburster » avec la scène de la douche dans Psychose ou l'irruption soudaine de Leatherface et son coup de maillet dans le premier Massacre à la Tronçonneuse et vous y trouverez plus d'un point commun. Et puis il y a le score de Jerry Goldsmith, certes remanié brutalement sans le consentement du maestro, mais qui marie plages lyriques à l'ancienne et explosions d'effroi plus expérimentales.

 

star beast


Précis dans ses choix, stratège derrière la caméra, Sir Ridley Scott est pour ainsi dire une sorte d'Amiral Nelson du 7ème Art. Son expérience repose à la fois sur ses études des Beaux-Arts et l'efficacité immédiate du monde de la publicité. De la belle image pour un impact maximum. On aurait pourtant tort de réduire le britannique à son seul talent de formaliste.
C'est une qualité assez peu mise en avant mais Alien repose presque autant sur son casting et sa direction d'acteurs très audacieuse que sur sa beauté plastique et la science du cadre de Scott. Avare en détails biographiques et dramatiques, le scénario se contente de décrire l'équipage du Nostromo comme des routiers de l'espace, des prolétaires. Pas des gravures de mode, pas des bêtes de charisme. Des gens ordinaires. Des « gueules », comme on dit. Pour leur donner vie sans avoir besoin de passer par des tunnels de dialogues, le réalisateur a emmené sa troupe de comédiens sur le terrain du naturalisme pur et dur. Une méthode direct et sans artifices où les dialogues, qui semblent constamment improvisés, s'entrechoquent. De même que les méthodes de jeu. La retenue so british de John Hurt et Ian Holm contre le jeu à l'américaine de Tom Skerritt et Veronica Cartwright, le background théâtral de la débutante Sigourney Weaver contre la nonchalance et le panache très instinctif de Harry Dean Stanton et Yaphet Kotto. Ridley Scott fait interagir tout ce beau monde dans un fracas maîtrisé et obtient un résultat étonnant. Il ne faut presque rien pour que Dallas, Ripley, Lambert, Parker, Brett, Kane et Ash existent aux yeux des spectateurs. Ces personnages semblent tellement proches et sonnent tellement justes que l'on peut s'y attacher en un claquement de doigts. S'y attacher et trembleur pour leur sort.

Bien qu'il fasse un usage judicieux du jumpscare et des twists ménagés par le scénario, Ridley Scott ne se repose pas seulement sur ces artifices du choc pour créer la peur. C'est avant tout une question de rythme. Et, encore une fois, de réalisme. Si le xénomorphe de Giger est bien le huitième passager du Nostromo alors la Mort est le neuvième. Les crescendos de tension précédant les attaques de la créature ne sont jamais des indicateurs fiables pour le spectateur. Soit la mort frappe avant d'avoir atteint le moment attendu, soir bien après. Comme dans la vraie vie, la Faucheuse se moque de respecter un horaire. Cette approche déconcertante, déstabilisante interdit de s'installer dans une routine. Si Alien n'a effectivement pas pris une seule ride en 40 ans, c'est parce que le film de Sir Ridley Scott n'a que faire du confort de l'horreur bien élevée. Alien n'a que faire de la vie. Alien continue de vous frapper à l'estomac au moment où vous vous y attendez toujours le moins.

Alan Wilson










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Image :
Toujours traité avec un soin maniaque par la Fox (et pour cause), le premier Alien avait déjà largement de quoi faire sensation dans son premier master HD, conceptualisé sous le regard de Ridley Scott. C'est d'ailleurs cette copie, d'excellente qualité donc, qui est toujours disponible dans le Bluray simple glissé dans le boitier. Un bon moyen de faire les comparatifs alors avec cette nouvelle mouture UHD qui a donné lieu a un tout nouveau scan 4K suivi d'une restauration plus poussée que jamais... et toujours supervisée par le metteur en scène. Ainsi, si on excepte un générique de fin neigeux (est-ce vraiment grave ?) et un plan composite de 7 secondes méchamment tranché, 99,99 % atteint une perfection renversante. Des cadres léchés, propres et impérativement stables ou rejaillissent grâce à une définition 2160p et une profondeur redoutables nombres de détails tout justes devinés jusque-là. Les tableaux de bords du Nostromo, les maquettes toujours plus crédibles que n'importe quelle image de synthèse et surtout les peintures sur verre inspirée de Giger n'ont jamais eu autant d'ampleur et de finition. Quelques subtiles mais délicieuses retouches ont été apportée à la photographie du film grâce au procédé HDR dépassant ainsi les arrière-plans uniformes blancs en y apportant de nombreuses nuances, soulignant les rares sources lumineuses (diodes, halos...) par des couleurs chaudes, et surtout en retexturant les zones d'ombres si nombreuses du film. Associé à un léger grain fin et organique, ce disque Bluray 4K est encore une fois le meilleur moyen de mesurer la modernité du film.

 


Son :
Aucune nouveauté du coté de la bande son où finalement un Dolby Atmos aurait largement servi la bande originale majestueuse de Jerry Goldsmith. On retrouve donc une fois encore ce curieux choix entre les solides pistes anglaises DTS HD Master Audio 5.1 ou DTS HD Master Audio 4.1 plus fidèle a l'expérience stéréo, et un doublage français très réussi mais pas toujours bien servi par DTS 5.1 digne d'un bon DVD certes, mais c'était y a 15 ans...

 


Interactivité :
Se basant depuis maintenant dix ans sur son superbe coffret Bluray Alien Anthology (déjà bien assis sur son précédent homologue DVD) agrémenté de deux galettes gavées de documentaires et images d'archives, l'éditeur n'a jamais vraiment reréfléchi à l'interactivité des quatre films pour leurs commercialisations solo. Et c'est toujours le cas malheureusement, et ce malgré l'appellation 40th Anniversary Edition, puisqu'aucun nouveau bonus (même pas un doc revenant sur l'aura du film aujourd'hui) ne vient compléter le disque UHD. Les suppléments présentés sont donc les bien connus deux commentaires audios, un collégial l'autre réservé à Scott, l'indispensable BO en piste séparée et sa version alternative et une poignée de scènes coupées. Quant au discutable Director's Cut commandité au réalisateur pour faire « comme Aliens » il semble plus que jamais dispensable puisque les rajouts sont restés au format 1080p. CQFD.

Liste des bonus : Commentaire audio de 2003 par Ridley Scott, Dan O'Bannon, Ronald Shusett (prod. exec.), Terry Rawlings (montage), Sigourney Weaver, Tom Skerritt, Veronica Cartwright, Harry Dean Stanton et John Hurt, Commentaire audio de 1999 par Ridley Scott (version cinéma uniquement), Bande originale isolée de la version cinéma du film composée par Jerry Goldsmith, Bande originale isolée, version alternative composée par Jerry Goldsmith, Scènes coupées et étendues, Bande annonce.

 
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