THE ENDLESS
Etats-Unis - 2017
Image plateforme « Blu-Ray »
Image de « The Endless »
Genre : Fantastique
Musique : Jimmy LaValle
Image : 2.35 16/9
Son : Anglais et Français Dolby Digital 5.1
Sous-titre : Français
Durée : 111 minutes
Distributeur : Koba Films
Date de sortie : 24 avril 2019
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « The Endless »
portoflio
LE PITCH
Persuadés d’avoir échappé à la mort en s’échappant d’une secte dix ans auparavant, deux frères vont être contraints d’y retourner pour y découvrir des choses qui vont remettre toutes leurs certitudes en doute.
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la cassette tombée du ciel

Il aura fallu deux longues années pour voir enfin atterrir The Endless en France. Deux ans durant lesquels le film de Justin Benson & Aaron Moorhead aura sillonné la planète entière et créé quelques réactions enthousiastes dans les festivals tout en évitant soigneusement notre pays. C'est donc pratiquement après tout le monde, et privés de découverte en salles, que nous pouvons enfin y goûter. On a failli attendre...

Quand on n'a pas une thune, on a des idées. C'est à peu près en ces termes que l'on pourrait rapidement qualifier le travail de Justin Benson et Aaron Moorhead. Car des idées, les deux américains n'en manquent pas. Notamment dans les genres horrifique et fantastique, grâce auxquels ils squattent les festivals depuis 2012, date de sortie de Résolution, leur premier film. Depuis, ils ont continué leur petit bonhomme de chemin en signant notamment un des segments de la franchise qui tâche V/H/S jusqu'à ce The Endless nettement plus cérébral.
Les deux réalisateurs y campent (comme ils peuvent, pas une thune on a dit) deux frères rescapés du camp Arcadia, une secte retirée de toute civilisation. Enfin rescapés, pas vraiment, car quand Justin, le frère aîné, a décidé de s'en échapper avec son cadet sous le bras, il craignait que le délire des adeptes les mènent à un suicide collectif. Or, un colis postal contenant une cassette venant du camp et adressé à Aaron prouve qu'il n'a jamais eu lieu. Ce qui remet en cause leur départ, notamment aux yeux d'Aaron, qui n'a jamais choisi d'en sortir et ne réussi toujours pas, dix ans plus tard, à s'intégrer à une vie normale. Autant dire que ce « cadeau » tombé du ciel est une aubaine que le jeune homme refuse de laisser passer. Et vu qu'il voit son frère au bord de la dépression, Justin accepte d'y retourner, mais seulement le temps d'un weekend.

 

celui qui hantait les ténébres


Après une introduction succincte mais qui contient suffisamment d'informations pour donner une idée de ce qui suivra (un exemplaire de The Dunwich Horror posé négligemment sur une table, par exemple), The Endless embarque donc ces deux protagonistes principaux dans un road trip aussi court qu'étouffant, jusqu'au cœur d'un désert évoquant le bush australien et délimité par d'étranges concrétions. Le scénario de Justin Benson va alors les confronter à une succession de phénomènes bizarres voire carrément surréalistes : des objets qui disparaissent une fois lancés en l'air, un jeu de tir à la corde contre une force dissimulée dans des ténèbres insondables ou encore deux lunes qui apparaissent côte à côte dans le ciel nocturne. Des faits étranges qui rendent le film, à l'issue de sa première partie, sacrément intéressant, d'autant que tout est mis en œuvre pour contribuer à son atmosphère angoissante, de sa photo (signée Aaron « no money » Moorhead) délavée comme ces vieilles photographies de notre enfance, à quelques idées simples de décor ou encore à des sons étranges à l'origine inconnue (qui s'ajoute au thème central efficace de Jimmy LaValle). Tout ça sous l'oeil inquiétant de sectateurs qui n'ont pas vieilli d'un cil en quinze ans, interprétés par des acteurs pratiquement tous inconnus (on notera quand même la présence du ténébreux James Jordan vu dans Wind River). Autant de mystères promettant une seconde partie pleine de rebondissements et d'une résolution à couper le souffle. Et c'est précisément là que ça se gâte un peu.

 

dans l'abîme du temps


Car après avoir asséné à son spectateur une belle brochette de faits intrigants, la dernière partie de The Endless semble oublier de leur apporter une résolution claire. Où tout du moins ancrée simplement dans son histoire et ses personnages. Justin Benson recentre donc son scénario autour d'un seul et même élément (le temps) et intellectualise jusqu'au vertige un concept qui n'en demandait peut être pas tant, tout en continuant de nourrir la bête à grand coup de mystères mystérieux : un mari attend le retour de sa femme depuis des années, un autre passe son temps à sillonner les abords du camp à la recherche d'une issue, un étrange personnage venant vraisemblablement d'une autre époque est prisonnier d'une boucle temporelle de quelques secondes à l'intérieur de sa tente... Du mystère, encore du mystère ! Ce dernier personnage évoquant un archéologue du début du siècle et faisant immanquablement penser à Lovecraft, décidément très présent dans les influences du duo de réalisateurs. Sauf que renvoyer à plusieurs reprises leur film à l'oeuvre de l'auteur de Providence, créateur du fameux mythe de Cthulhu et des Grands Anciens aurait mérité la présence de ses deux principales constantes, que sont l'horreur et la peur, ici presque totalement absentes.

A l'issue du film, un sentiment partagé gagne donc le spectateur. L'assurance d'avoir découvert une oeuvre fantastique exigeante et à l'atmosphère soignée, signée par deux jeunes auteurs qui ont des références et un univers qui n'appartient qu'à eux. Tellement, d'ailleurs, que quand on cherche un peu, on s'aperçoit que pour comprendre l'histoire de certains personnages de leur film, il faut aller la chercher dans leurs précédents. Une construction originale mais peut être un brin nombriliste, qui empêche The Endless d'exister uniquement pour lui même et de s'élever définitivement, même s'il faut lui reconnaître certaines qualités de plus en plus rares. Celles insufflées par de jeunes artistes désargentés mais à la tête blindée d'idées originales. Une addition qu'on trouve malheureusement de moins en moins dans les salles obscures.

Laurent Valentin




















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Image :
Le support numérique se plie volontiers aux désirs d'images aux couleurs délavées du duo de réalisateurs et réussi à conserver un léger grain pour ne jamais les trahir. Ce qui ne l'empêche pas, quand il le faut, d'offrir des noirs à la profondeur impénétrable notamment dans les inquiétantes scènes nocturnes. Du bon travail.

 


Son :
Mis à part au moment du final, la puissance de l'installation ne sera jamais invoquée, et laissera au contraire continuellement la place à de jolis sons atténués et très sensibles mais participant activement à l'atmosphère angoissante. En bref, une bande son tout en légèreté mais sacrément habitée.

 


Interactivité :
Dans un documentaire d'une trentaine de minutes tourné à Neuchatel à l'occasion de l'avant première mondiale du film, les deux compères (filmés tout du long de face) nous expliquent les difficultés rencontrées pour rassembler les fonds suffisants. En découla une succession de contraintes auxquelles ils durent faire face tout au long de la production mais aussi d'un fait beaucoup plus grave (le suicide de la mère de Justin Benson) qui allait encore compliquer le tournage. Un entretien ponctué de quelques moments de tournage qui donnent la parole à certains membres de l'équipe technique, acteurs et au compositeur Jimmy LaValle. Un peu chiche mais tout de même intéressant.
Suit ensuite une featurette consacrée aux effets spéciaux montrant les images avant/après la pose des effets et différents filtres de l'image.

Bonus : Making of The Endless (30 ‘18), La conception des effets spéciaux (2'28).

 
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