THE INTRUDER
Etats-Unis - 1962
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Genre : Drame
Réalisateur : Roger Corman
Musique : Herman Stein
Image : 1.85 16/9
Son : Anglais DTS HD Master Audio 2.0 mono
Sous-titre : Français
Durée : 84 minutes
Distributeur : Carlotta
Date de sortie : 10 avril 2019
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
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portoflio
LE PITCH
À Caxton, petite ville du sud des États-Unis, une loi vient de passer autorisant un quota d’élèves noirs à intégrer un lycée fréquenté par des Blancs. Un homme nommé Adam Cramer arrive alors sur place pour enquêter auprès des habitants et savoir ce qu’ils pensent de cette réforme. Cet homme charismatique et beau parleur va rapidement semer le trouble dans la ville…
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les nouveaux monstres

A force de l'accoler au sobriquet (mérité) du Roi de la série B et de le voir comme le producteur le plus roublard du vieil Hollywood, on en oublierait presque que Roger Corman pouvait aussi être un grand réalisateur. Et pas uniquement en versant dans l'horreur gothique, mais aussi en s'approchant des monstres d'un monde bien réel.

Production presque plus fauchée qu'à l'accoutumé et tournée comme un voleur dans quelques village du Missouri avec des figurants / acteurs amateurs pas toujours au fait des thèmes réels du film, The Intruder est un cas à part dans la loooooongue carrière de Roger Corman. Un cas unique de démarquage de ses habituels récits d'épouvante ou de science-fiction au profit d'un drame où sa vision progressiste de la société est mise au premier plan. C'est aussi, selon la légende, son seul et unique essai sur lequel il n'aura pas gagné un copeck. Il faut dire qu'en 1962, un film confrontant ses spectateurs à leur propre visage de haine et de violence, donnait un peu le bâton pour se faire battre. Mais porté par ses convictions politiques, Corman va aller jusqu'au bout de son film et le produire entièrement seul (aucun coproducteur habituel n'accepta le projet) piochant dans les bénéfices de ses deux premières, et brillantes, adaptations de contes d'Edgar Alan Poe. Le film y gagne certainement en force, en intensité et en honnêteté tant il semble évident qu'il ne transige jamais avec la bonne conscience de l'époque, ni avec un manichéisme mal venu. Ici il n'est jamais question de bien contre le mal ou d'illustrer le racisme primaire avec condescendance mais bien de démonter les mécaniques de cette monstruosité et sa montée progressive et implacable vers une barbarie explosive.

 

missouri burning


S'appuyant sur un excellent scénario de Charles Beaumont (Burn Witch Burn, La Quatrième dimension, Brain Dead) d'après son propre livre, Corman fait beaucoup avec peu, faisant monter efficacement une tension contenue de scène en scène, en suivant non pas un défenseur de la déségrégation mais bien en embrassant le point de vue d'Adam, étrange agent provocateur venu pour profiter de la situation. Un William Shatner d'une vingt d'années, charismatique en diable, séducteur affamé, manipulateur sans scrupule mais qui malgré un sens oratoire fascinant laisse peu à peu apparaitre des fêlures plus pathétiques, d'un sale arriviste ivre de pouvoir rapidement dépassé par la machine qu'il a mis en marche. De la forme d'un faux documentaire aux légers mouvements de caméra déjà plus que pertinents, The Intruder se déplace avec un discours haineux enflammé - contenant de manière perturbante tous les codes des fake-news encore à l'œuvre actuellement - vers une réflexion plus stylisée (cadrages tordus, travellings zoomés, contre-plongées imposantes) sur la manipulation des foules, permettant alors la naissance d'une figure passionnante du journaliste locale qui se découvre, malgré lui, antiraciste. La violence est parfois présente à l'écran - dans un attentat contre une église, dans un lynchage sordide - mais elle est essentiellement montrée dans les regards des habitants de la ville, dans les propos infamants qu'ils tiennent en public et les humiliations nauséeuses qu'ils font subir à quelques jeunes lycéens afro-américains. Un portrait trouble et peu reluisant que les américains refusèrent en bloc, mais qui s'avère d'une justesse et d'une audace admirable. Cela reste le plus grand échec commercial de Roger Corman et, d'une certaine façon, c'est tout à son honneur.

© 1961 LOS ALTOS PRODUCTIONS, INC. Tous droits réservés.

Nathanaël Bouton-Drouard






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Image :
Pour un film a tout petit budget n'ayant pas gagné un pesetas à sa sortie et totalement absent des écrans pendant une cinquantaine d'années, la copie disposée par Carlotta sur son Bluray tient du miracle. Une première mondiale au passage, et une sacrée performance puisque si le cadre n'est jamais parfaitement propre avec encore quelques restes de griffures, petits spots et grain éclaté lors des plans zoomés, le film a clairement profité d'une restauration soignée, d'un réétalonnage solide et d'un scan entièrement neuf. Le master est ainsi admirable, offrant un noir et blanc tranché et une définition impeccable tout en préservant, volontairement ou involontairement, les origines modestes du film.

 


Son :
Là par contre, les bricolages de Roger Corman ont été beaucoup plus difficiles à dissimuler. Postsynchronisant quelques discours ne pouvant être déclamés devant la foule, enregistrant quelques dialogues à la volée et surtout travaillant avec du matériel au résultat aléatoire, le cinéaste a fait comme il pouvait pour combiner le tout. Sautes sonores, alternances entre des sons clairs et d'autres avec un léger écho (dans la même scène, voir le même plan), pistes propres ou grésillantes, le mono d'origine disposé en DTS HD Master Audio fait au mieux.

 


Interactivité :
Hérité d'un lointain DVD, la courte rencontre avec Roger Corman et William Shatner revient sur un tournage tendu, parfois dangereux, constamment à la débrouille et un sujet extrêmement radical dans l'Amérique des 60's. Quelques anecdotes plutôt bienvenues même si on regrette que le segment ne soit pas plus long et que la petite bisbille qui opposa les deux bonhommes depuis l'échec du film en salles ne soit jamais évoquée si ce n'est par un petit tacle signé Captain Kirk.

Liste des bonus : Souvenirs de The Intruder (10'), Bande annonce.

 
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