AMITYVILLE : LA TRILOGIE
The Amityville Horror, Amityville II : The Possession, Amityville 3-D - Etats-Unis - 1979 / 1983
Image plateforme « Blu-Ray »
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Genre : Horreur
Image : 1.85 16/9
Son : DTS HD Master Audio 5.1 anglais, DTS HD Master Audio 2.0 anglais et français
Sous-titre : Français
Durée : 326 minutes
Distributeur : Bach Films
Date de sortie : 19 février 2019
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
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LE PITCH
Amityville, banlieue de New York, 13 novembre 1974. Dans une maison bourgeoise, un jeune homme, dans un accès de démence, tue à coups de fusil ses parents, ses frères et ses sœurs. À son procès, il affirme avoir été possédé par une voix lui ordonnant de tuer tous les siens. Quelques temps plus tard, la maison est mise en vente à un prix défiant toute concurrence. La famille Lutz l'achète, malgré la tragédie qui s'y est déroulée. Ils n'y resteront que vingt-huit jours alors q...
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De la cave au grenier

Estampillée « inspirée de faits réels » la saga Amityville a aujourd'hui atteint la bagatelle de onzes films officiels partagées entre direct-to-video oubliés, remake fainéant et ses suites méconnues et surtout sa trilogie initiale qui dans ce lointain début des années 80 avait terrorisé toute une génération, sans doute trop impressionnable. 35 ans après, une chose est sûre, le point culminant reste le tétanisant Amityville 2.

Comme d'autres studios avant lui, l'American International Pictures de Samuel Z. Arkoff se devait de décrocher son propre film d'horreur mainstream et lucratif. L'Exorciste, Rosemary's Baby ou La Malédiction sont déjà passés par là redonnant indirectement la belle place au diable et ses charmantes progénitures. Rien de mieux pour faire la différence que d'aller gratter du côté d'un authentique fait divers devenu grâce à la rumeur persistance et aux bondieuseries habituelles, un véritable mythe qui fascine les journalistes peu regardants et les lecteurs crédules (désolé). En particulier depuis la publication du livre de Jay Anson qui relate le témoignage de la famille Lutz dernier propriétaire d'une demeure inquiétante de la petite ville d'Amityville sur Long Island, et qui aurait assisté à des phénomènes paranormaux spectaculaires. Des réminiscences d'un authentique sextuple meurtre dans la famille DeFeo survenu la nuit du 13 novembre 1974. Une énigme jamais totalement élucidée mais pour lesquels le fils, Ronald a été condamné malgré de nombreux doutes et éléments douteux. Un mystère sur lequel, on le sait aujourd'hui, le paternel Lutz et Jay Anson ont largement capitalisé pour se sortir d'une situation financière difficile...

 

l'amérique et ses fantômes


Et gageons qu'avec le succès colossal de The Amityville Horror se fut largement le cas. Un métrage qui pouvait d'ailleurs faire de jolies économies sur la publicité tant l'affaire de maison hantée était en 1979 connues de tous. D'ailleurs le réalisateur Stuart Rosenberg (Luke la main froide) adapte relativement fidèlement le roman / documentaire, suivant pas à pas l'installation de la petite famille, l'augmentation progressive de phénomènes paranormaux (portes qui claquent, boue noire qui remonte des canalisations, bruits étranges), la plongée progressive du paternel dans la psychopathie (merci Shining) jusqu'à l'explosion finale de la dernière nuit, où la demeure décide de mettre fin à la vie de tous ses habitants. Une structure extrêmement classique, rodée, mais qui fait justement toute la réussite de ce premier Amityville, film d'horreur « grand public » à la mise en scène sobre mais efficace, au casting plus que convainquant (le couple James Brolin et Margot Kidder fait tout) et à la bande originale particulièrement inquiétante signée par un Lalo Shiffrin frustré d'avoir été évincé de L'Exorciste. Un opus inaugural au suspens tout à fait maîtrisé et à la monté en puissance savamment généreuse.

Ce qui n'est malheureusement pas le cas pour son décalque de 1983, Amityville 3... D. Car comme le voulait la mode en ce début de décennie tous les troisième chapitre des films d'horreur à succès passaient par la case relief. Après Les Dents de la mer 3D et Vendredi 13 3D, voici donc qu'Amityville se retrouve à devoir composer avec un nouveau système de 3D économique (n'utilisant enfin qu'une seule camera) mais aboutissant à des effets d'autant plus artificiels que la mise en scène ne l'utilise à chaque fois que pour balancer des objets au visage du spectateur. En l'occurrence un frisbee, une poutre de métal et même un espadon naturalisé. Entamant sa fin de carrière douloureuse, le grand Richard Fleischer, pourtant autrefois responsable de thrillers aussi redoutables que L'Etrangleur de Boston ou Terreur aveugle, n'est manifestement pas inspiré par les apparitions dont est témoin le journaliste cartésien George Baxter qui a eu la riche idée de venir s'installer avec sa fille dans la charmante demeure. Il sera bien entendu puni pour avoir douté (enfin sa fille surtout), alors que le spectateur est clairement en manque de surprise devant un divertissement safe, empruntant au récent Poltergeist ses apparitions spectrales mais surtout pas ses excroissances plus grotesques. Reste aujourd'hui la première apparition notable d'une adorable et énergique Meg Ryan pour se consoler. C'est peu.

 

l'amérique et ses démons


D'autant plus que l'année d'avant, la licence naissante avait connu sa meilleure cuvée avec Amityville 2 : Le Possédé. Une prequel plutôt qu'une sequel qui livrait une vision très libre et fantasque du drame initiale (celui de la famille Defoe, renommée ici Montelli) résumant donc le massacre de toute sa famille par le plus grand des enfants, Johnny, qui se voit ici progressivement possédé par le démon de la maison et envahi de pulsions sanguinaires. Encadré par le reste d'une trilogie jouant sur l'économie et la retenue, en passant entre les mains du producteur Dino De Laurentiis (Un Justicier dans la ville, Conan le barbare, L'Année du dragon) et le réalisateur Damiano Damiani (artisan recommandable mais uniquement connu chez nous pour le rigolo Un Génie, deux associés, une cloche), l'opus se dote d'une sensibilité plus italienne... Soit une approche bien moins sage et opératique. Dans la dernière bobine en particulier qui réussit le croisement excessif entre les déformations physiques et le satanisme outré du chef d'œuvre de William Friedkin et les envolées baroques et ultra-stylisées du Evil Dead de Sam Raimi. Mais outre la maîtrise totale des codes du film de maison hantée et la réappropriation d'une mythologie purement américaine, le petit miracle livré par Damiani tient dans sa compréhension profonde de ce qui fait les grands films d'horreur : leur cause humaine et les troubles psychologique enfouis. Le plus effrayant dans Amityville 2 est donc bien moins l'exaltation d'une force démoniaque que le portrait sordide que le film dresse de la famille moyenne américaine : le père, beauf bedonnant (Burt Young donc) cravache les gosses à la moindre occasion et bobonne si elle résiste au devoir conjugal ; la mère s'enfonce dans une foi aveugle et absurde ; les petits s'amusent à s'assassiner pour de faux avec des sac en plastique sur la tête tandis que les deux plus grands, totalement paumés finiront par se livrer à l'inceste. Tout cela sous les yeux d'une église impuissante. De l'horreur malsaine, dérangeante mais profonde où la frontière entre la réalité sordide et le fantastique presque plus acceptable (car au-delà de la responsabilité humaine) s'opère lors d'un incroyable plan séquence Ooù la dispute familiale vrille à l'hystérie et culmine dans un face-à-face entre le fils et le père, une carabine dirigée sur ce dernier. Le démon n'a plus qu'à se pointer, le mal est déjà fait.

Nathanaël Bouton-Drouard












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Image :
Coffret très attendu par les amateurs français, ce dernier a rapidement fait apparaître quelques critiques de clients passablement énervés, très déçus par la qualité des masters proposés. On ne peut cacher en effet que ces derniers ne sont pas franchement à la hauteur de la renommée de la marque Amityville. Il est cependant compliqué de tout mettre sur le dos de l'éditeur français qui s'est uniquement procuré les copies actuellement fournies par la MGM et avec lesquels, aux USA, Shout Factory a déjà dû œuvrer difficilement pour la confection de son propre box trilogie. Le principal souci est que ces masters HD n'ont absolument pas été conçus à partir de restaurations des copies sources (les négatifs) mais bidouillés à partir de masters déjà présentés en DVD (ou tout comme). Ainsi pour le premier métrage, laissant encore apparaître quelques petites tâches et fantômes de griffures, la définition n'est jamais aussi précise que voulu et la photographie un peu fanée n'aide pas toujours dans les zones sombres avec l'apparition d'artefacts. Un peu mieux doté dans sa colorimétrie, Amityville II est aussi celui qui affiche l'image la plus honnète. Reste le cas du troisième film dont les défauts visibles étaient déjà soulignés en partie dans les critiques de l'époque, conséquences directes d'une mauvaise gestion de l'outil relief qui impacte aussi bien dans la version 2D que 3D avec des objets flous ou trop dessinés, pour des effets de jaillissements peu subtiles. Les apparitions de halos bleutés autours de certains acteurs ne font pas franchement sensation non plus...

 


Son :
Le débat est moins houleux du côté des pistes sonores avec des versions françaises un peu souffreteuses malgré une compression DTS HD Master Audio 2.0 qui n'a pas réussi à atténuer l'habituel écrasement des ambiances. Les versions originales remixées en DTS HD Master Audio 5.1 se montrent heureusement bien plus convaincantes grâce à une restitution claire et équilibrée réussissant à mettre en valeur les superbes compositions de Lalo Shiffrin sans perdre de vue les dialogues et surtout quelques ambiances bien crispantes qui s'imposent désormais avec dynamisme sur les enceintes arrières et latérales.

 


Interactivité :

Retrouvant son très beau format coffret collector déjà éprouvé sur l'indispensable (si, si) tétralogie des Toxic Avenger, Bach Films compose un objet assez luxueux avec son boîtier solide et son digibook comprenant un petit livret informatif et bien entendu les six disques proposant tours à tour les films en Bluray et en DVD. À contrario du titre évoqué précédemment, le contenu bonus de cette édition n'a par contre plus rien à voir avec son homologue américain ce qui pour les documentaires making of, les interviews et les commentaires audio (enfin surtout pour les deux premiers) est tout de même un peu dommage. Surtout que les présentations un peu laborieuse de Stéphane Bourgoin et les interviews trop freestyle du duo Julien Maury / Alexandre Bustillo (réalisateurs de À L'Intérieur ou du dernier Leatherface) font forcément un peu moins sexy.

La où par contre notre éditeur français rattrape bien son coup c'est en proposant des petites exclusivités rares voir inédites. La version relief d'Amityville 3D tout d'abord, invisible depuis toujours dans nos frontières puisque le film dû se contenter d'une sortie unique en VHS suite a son échec au box office américain. Et le traitement relief est heureusement au format moderne et non pas avec les lunettes en bichromie...

Les grands curieux de la mythologie d'Amityville seront en outre très agréablement étonnés par le documentaire datant de 2012 : My Amityville Horror. Un portrait poignant du vrai Daniel Lutz qui témoigne pour la première fois sur les événements qui se sont déroulés dans la terrifiante demeure. Débutant comme un portrait aux contours ésotériques, le film d'Eric Walter n'a cependant rien de sensationnaliste et réussit à amener progressivement vers des révélations tout aussi inquiétantes sur les violences qu'auraient subit les enfants sous l'emprise d'un père / beau-père bien fêlé.

Question d'achever ce vaste programme sur une note un peu plus légère, Bach Films a réussi à dégoter une copie de Amityville : La Malédiction, direct-to-video disponible en DVD uniquement en Angleterre. Ce fût en 1990 le cinquième épisode de la licence « officielle » et ce malgré une prise de distance très étonnante avec les autres films. Tourné en vidéo (et donc en SD) cette toute petite coproduction américano-canadienne ressemble plus à un whodunit télévisée qu'à un véritable film d'horreur. Un petit nanar gentiment opportuniste, mais qui rappellera de bons souvenirs aux anciens clients de vidéoclubs.

Liste des bonus : Livret de 36 pages, The Amityville Curse, de Tom Berry (91'),« My Amityville Horror » : Documentaire rétrospectif réalisé par Eric Walter (88'), Entretiens avec Stéphane Bourgoin pour chaque film, Entretiens avec Julien Maury et Alexandre Bustillo pour chaque films.

 
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