JUGEMENT à NUREMBERG
Jugdment at Nuremberg - Etats-Unis - 1961
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Image de « Jugement à Nuremberg »
Genre : Drame
Réalisateur : Stanley Kramer
Musique : Ernest Gold
Image : 1.66 16/9
Son : Anglais DTS HD Master Audio 5.1 et PCM 2.0 mono, Français PCM 2.0 mono
Sous-titre : Français
Durée : 179 minutes
Distributeur : Rimini Editions
Date de sortie : 8 janvier 2019
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « Jugement à Nuremberg »
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LE PITCH
1948. Après le procès des criminels de guerre, se tient à Nuremberg celui des hauts fonctionnaires du régime Nazi. Haywood, un vieux juge à la retraite, est désigné par les États-Unis pour présider les débats. Certains font pression sur lui pour qu’il soit clément.
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faites entrer l'accusé

Un alignement des étoiles est un événement rare, cette conjonction des planètes est à même d'attirer des regards parfois inquiets. Les astres ici sont les stars d'Hollywood ; et quand celles-ci laissent leur ego de coté pour se laisser porter par un sujet de traumatisme mondial, nous n'avons pas le droit à une éclipse totale mais à une explosion artistique.

Par ou commencer ? Par son casting de choix ? Par son scénario aux petits oignons ? Sa mise en scène au scalpel ? Ou encore par son sujet difficile ?
Ce n'est pas les approches qui manquent et c'est tant mieux tant ce Jugement à Nuremberg fait encore son petit effet prés de 60 ans après sa réalisation. C'est vrai qu'au premier abord c'est son casting quatre étoiles qui frappe en premier lorsque l'on découvre ce film. Cet amas de vedettes pourrait faire craindre à un affrontement de cabotinage pour tirer la couverture et s'approprier la paternité du film. Pourtant rien de tout cela ici, comme ci le sujet (le procès à Nuremberg de magistrats nazis) primait au-delà de tout intérêt personnel. Il faut dire que même si leurs présences à l'écran varient selon leur rôle, le scénario oscarisé à juste titre de Abby Mann leur promettaient à chacun de briller. Car en dehors du duel d'avocats interprétés par Richard Widmark et Maximillian Shell (encore un oscar mérité) le film nous offre un Spencer Tracy vieillissant et réservé tout en humanité contrôlée, à un Burt Lancaster mutique mais qui en dit beaucoup, des apparitions aussi marquantes qu'éphémères d'une Judy Garland toute émue et d'un Montgomery Clift déficient sans oublier la froideur d'une Marlene Dietrich plus chaleureuse qu'elle ne le voudrait.

 

sans objection


Mais avant de devenir un film, le sujet d'Abby Mann était passé par la case du petit écran dans l'émission Playhouse 90 que diffusait la chaîne CBS. Réalisé par George Roy Hill (Butch Cassidy et le kid) celui-ci était sur les rangs pour son adaptation ciné avant que son producteur Stanley Kramer ne décide de le réaliser lui-même. Plus connu pour être un producteur (l'excellent Homme à l'affut, Ouragan sur le Caine) il n'avait pas peur des sujets difficiles (les relations humaines dans La chaine, le racisme sur ton de comédie dans Devine qui viens diner ?). Lui, ancien lieutenant de la Seconde Guerre Mondiale va s'attaquer à l'autre grand procès un peu oublié de Nuremberg, celui des hauts fonctionnaires nazis. Une de ses grandes idées fut de conserver le jeune Maximillian Schell dans le rôle de l'avocat de la défense qu'il tenait déjà dans la version TV au détriment d'un Marlon Brando insistant. L'autre gros parti pris du réalisateur est d'avoir insisté pour inclure dans son métrage (pour la toute première fois) de véritables images d'archives de l'holocauste et des camps de concentration à même de froisser et de choquer bon nombre de spectateurs qui en niaient encore en bloc ses états de fait. Le film est réfléchi, chaque plan, chaque mouvement de caméra est pensé. Pour alléger son film de trois heures de traduction entre les différentes langues des intervenants, le metteur en scène choisit de zoomer lentement sur la bouche d'un personnage parlant allemand pour que celui-ci devienne de l'Anglais sans que cela ne gène le spectateur (procédé que reprendra John Mc Tiernan sur A la poursuite d'Octobre rouge et le Treizieme guerrier). La mise en scène inspirée de Kramer travaille sur la profondeur de champs et la dynamique des joutes de plaidoiries. Parfois voyante, elle sait se faire plus discrète lorsqu'il aborde l'intime comme cette séquence en cuisine où des domestiques osent déclarer que Hitler les a sauvé du chômage et les as aidé à relancer leur économie brisée ; ou lors de cette glaçante scène en prison où des responsables de camps de la mort expliquent froidement la méthode la plus économique pour faire disparaitre des corps.

 

parjure


Tourné sur les lieux mêmes du procès, le tournage ne fut pas forcément le bienvenu dans une Allemagne encore mal à l'aise avec son passé trop récent. Le gouvernement américain ne voulait pas froisser l'Allemagne, future alliée sur l'avancée de la Russie et de son communisme. Nixon alors vice-président fera tout pour interdire au film de sortir. Résultat des courses : Stanley Kramer fera l'avant-première à Berlin ! Osé mais logique car le film ne se veut pas une charge anti-allemande mais plutôt une condamnation anti-gouvernementale comme le maccarthisme aux Etats-Unis (qu'il aida à enrayer) ou l'antisémitisme. Le peuple est-il coupable de la politique de ses dirigeants ? Doit-il le suivre dans ses choix ? La conscience de chacun répondra selon ses convictions. Mais les questions que soulèvent le film sont posées.

Pour toutes ces raisons Jugement à Nuremberg méritait bien ce nouvel écrin que l'éditeur Rimini nous offre aujourd'hui. Que ce soit pour ses acteurs, sa qualité d'écriture, sa mise en scène ou son coté historique, il n'y a plus d'excuses pour repousser son visionnage. Toutes affaires cessantes.

Cédric Lemaire








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Image :
Une cure de jouvence pour ce film d'exception. Même si des petites poussières parsèment encore ça et là l'image, il ne faut pas chipoter. Les superbes contrastes soignés du film sautent aux yeux, les détails sur les visages nous plongent au plus prêt des sentiments maltraités des personnages. Un bel exemple de restauration.

 


Son :
Toujours claire, la piste française a tendance à écraser les ambiances. C'est chose assez courante pour les films de cette génération. En revanche la piste 2.0 anglaise est mieux équilibrée et généreuse de ce coté là.

 


Interactivité :
Un parfait complément de programme au film. On commence avec une rencontre réalisée en 2004 entre le scénariste Abby Mann et le comédien Maximilian Schell qui reviennent sur l'importance du film sur leur carrière respective. S'ensuit un indispensable documentaire sur le réalisateur où la parole est largement laissée à son épouse qui nous explique les méthodes de travail de son mari et l'accouchement de ce jugement à Nuremberg, le tout saupoudré de nombreuses anecdotes bienvenues. Enfin un item revient sur les intentions du scénariste et son ressenti envers un monde en proie au maccartisme et à l'antisémitisme. Remarquable.

Liste des bonus : Conversation entre Abby Mann et Maximilian Schell 19', Hommage à Stanley Kramer 14', La valeur propre à chaque être humain 7', Bande annonce 3'

 
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