MAX, MON AMOUR
France / Etats-Unis / Japon - 1986
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Image de « Max, Mon Amour »
Réalisateur : Nagisa Oshima
Musique : Michel Portal
Image : 1.66 16/9
Son : Français et Anglais DTS-HD Master Audio 2.0
Sous-titre : Français pour sourds et malentendants
Durée : 97 minutes
Distributeur : Studio Canal
Date de sortie : 29 septembre 2018
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « Max, Mon Amour »
portoflio
LE PITCH
Epouse d’un diplomate anglais vivant à Paris, Margaret Jones s’éprend d’un chimpanzé nommé Max. Lorsque son mari Peter découvre leur relation contre-nature, il décide de faire venir Max sous leur toit pour pouvoir les observer…
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La belle, la bête et le cocu

Hétéroclite. C'est le premier adjectif qui vient à l'esprit pour décrire la première livraison de la collection « Make My Day ! » initiée par l'écrivain et cinéphile Jean-Baptiste Thoret. Un giallo, un film de vampires, un polar et ... Max, Mon Amour, objet inclassable et unique incursion française du cinéaste nippon sulfureux Nagisa Oshima.

Présenté en compétition officielle au Festival de Cannes en 1986 (il en repartira bredouille), Max, Mon Amour est un film qui repose sur une série de malentendus. Certains critiques un peu paresseux y ont vu une œuvre « buñuelienne », citant comme argument fondamental la présence de Serge Silberman et Jean-Claude Carrière au générique. Le premier a produit Le Charme Discret de la Bourgeoisie et Cet Obscur Objet du Désir (entres autres) tandis que le second les a coécrit avec Luis Buñuel (entres autres). Un raccourci ô combien hasardeux qui reviendrait (en exagérant à peine) à comparer Kurosawa à Almodovar sous prétexte que les deux hommes aient un jour filmé le même décor ou employé le même chef opérateur. Bien au contraire, Max, Mon Amour, quoi qu'on en pense, appartient à son réalisateur et explore des thématiques qui lui sont propres (l'amour en huit clos, la découverte de « l'autre ») et que l'on retrouve dans Furyo, Le Piège ou encore L'Empire des Sens. Ce dernier titre, justement, est le point de départ d'un fantasme erroné. Parce qu'il traite de la relation charnelle et amoureuse entre une femme et un animal, Max, Mon Amour briserait encore plus de tabous que le célèbre drame porno de 1976. Il n'en est rien et c'est même tout le contraire. En abordant la zoophilie, Nagisa Oshima sait pertinemment qu'il attirera des cohortes de voyeurs venus voir LA scène, le moment où Charlotte Rampling s'enverra en l'air plein cadre avec son amant simiesque. Provocateur et malicieux, le japonais prend un malin plaisir à dérouter les pervers. Non, vous ne verrez jamais rien et vous allez devoir vivre avec cette frustration. Ce qui donne lieu à la meilleure scène du film (la seule ?) lorsque le mari, cherchant à satisfaire sa curiosité, ramène une prostituée à la maison pour la voir coucher avec Max. La superbe Sabine Haudepin a beau dévoiler ses formes généreuses et s'allonger au bon plaisir du singe, celui-ci préfère manger une pomme. Croquer le fruit défendu ? Non, juste une pomme et au diable la symbolique.

 

au théâtre ce soir


Sourire en coin, le majeur bien tendu, le cinéaste refuse d'être là où on l'attend et fait même mentir les affiches de son film. « La plus grande romance simiesque depuis King Kong ! » nous annonçait-on à l'époque. Faux. Archi-faux. Lorsque le film commence, la romance est déjà entamée et la séduction ainsi que le coup de foudre entre Max et Margaret ne seront que brièvement évoqués. Quant à la puissance évocatrice du conte et la poésie qui habite le chef d'œuvre immortel de Cooper et Shoedsack, Nagisa Oshima s'en tamponne le coquillard. Pas de scandale, pas de cadres élégants et travaillés, pas de fantastique, d'érotisme ou d'onirisme. Mais que reste-t-il alors ? C'est là où le bât blesse et l'acharnement déceptif du réalisateur japonais finit par se retourner contre lui et son film.
Débarrassé des attentes que l'on peut en avoir, Max, Mon Amour n'est ni plus ni moins qu'un vaudeville d'une indigence rare, indigne de son auteur. La recherche de la banalité enlaidit le film et souligne, ironie du sort, son caractère profondément factice. Les décors sonnent faux, la comédie sonne faux (préparez-vous à souffrir lors des apparitions de Fabrice Lucchini, Bernard-Pierre Donnadieu et Pierre Etaix), les métaphores sonnent faux (le fusil du mari et l'eczéma de la bonne jouée par une Victoria Abril totalement à la ramasse), l'optimisme du dernier acte sonne faux et, pire que tout, le singe sonne faux malgré les efforts louables du maquilleur Rick Baker, pourtant spécialiste en la matière. Une femme dans un costume de chimpanzé, un animatronique repoussant et quelques effets sonores appuyés mais pas une once de crédibilité ou de charme.

On tient pourtant jusqu'au générique de fin et on le doit à la prestation d'équilibriste d'une Charlotte Rampling rompue à l'exercice de l'ambiguïté et des amours interdits (souvenez-vous du Portier de Nuit de Liliana Cavani) et dont le regard hypnotique et les expressions énigmatiques donnent au film un semblant de profondeur. Face à sa partenaire, Anthony Higgins, le Moriarty de l'inoubliable Secret de la Pyramide de Barry Levinson, rivalise de charisme et de dignité dans le rôle pourtant pas facile du mari cocu qui s'impose, par frustration, un improbable ménage à trois. Rien que pour eux, la découverte n'est pas totalement vaine.

Alan Wilson






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Image :
Les éclairages à la fois travaillés et très naturels de Raoul Coutard, figure majeur de l'esthétique de la Nouvelle Vague (A Bout de Souffle, Jules et Jim, et on en passe), sont restitués avec soin par une copie immaculée quoiqu'un tantinet surexposée par moments. Pas d'accidents de pellicule, une palette de couleurs plus riche que prévue compte tenue d'une esthétique excessivement théâtrale et une définition redoutable. Le rendu est idéal.

 


Son :
Le score très entraînant, à la fois ironique et bienveillant, de Michel Portal est le grand gagnant d'une stéréo limpide et sobre. Souvent excessifs, les effets sonores saturent aux moments clés (la révélation de Max, la scène de ménage avec le fusil) et le résultat reste mitigé. Les dialogues sont clairs et parfaitement audibles.

 


Interactivité :
Comme pour le reste de la collection, les suppléments ont fait l'objet d'un soin tout particulier et on n'hésitera pas à parler de disque de référence. Plutôt qu'un empilement de documentaires en tous genres que personne ne prendra le risque de s'enfiler dans son intégralité, l'interactivité se décline en trois temps. Avec un débit frénétique proche d'un Antoine de Caunes de la grande époque, Jean-Baptiste Thoret présente le film dans ses grandes lignes et prévient le spectateur à quoi s'attendre (ou plutôt, à quoi ne pas s'attendre). Le même, avec un phrasé cette fois plus posé se fend d'une analyse de séquences à la fois ludique, cohérente et très instructive. Le gros morceau central est un entretien croisé de près d'une heure où le critique Charles Tesson, le compositeur Michel Portal et le scénariste Jean-Claude Carrière reviennent sur le film de Nagisa Oshima en mêlant anecdotes fascinantes et analyse lucide. Le tout s'avère au final plus intéressant que le film en lui-même. Venez pour l'œuvre, restez pour les bonus.

Liste des bonus : Préface de Jean-Baptiste Thoret (7 min) / Max, Mon Amour revu par Charles Tesson, Jean-Claude Carrière et Michel Portal (52 min) / « Par le petit trou de la serrure », analyse du film par Jean-Baptiste Thoret (10 min) / Bande annonce originale

 
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