WINCHESTER 73
Winchester ’73 / Winchester 73 - Etats-Unis - 1950 / 1967
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Image de « Winchester 73 »
Genre : Western
Image : 1.33 4/3
Son : Anglais et français DTS-HD Master Audio 2.0
Sous-titre : Français
Durée : 189 minutes
Distributeur : Sidonis
Date de sortie : 20 août 2018
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
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LE PITCH
1876. Lin remporte une carabine Winchester à l’occasion d’un concours de tir célébrant le centenaire de l’indépendance américaine. Mais Dutch, son propre frère, s’en empare aussitôt. C’est le début d’une quête vengeresse, Lin reprochant à Dutch d’être responsable de la mort de leur père.
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L'arme fatale

Winchester 73 constitue l'un des sommets du western. Il s'agit d'une tragédie familiale âpre et tendue, à la trame presque psychanalytique. À savoir la rivalité de deux frères prêts à s'entretuer pour une arme à feu. Et par n'importe laquelle : la légendaire Winchester 73, objet-totem des mythes de l'Ouest et de l'Amérique tout court. Derrière la caméra, Anthony Mann, cinéaste majeur venu du film noir. Devant, James Stewart, comédien tout aussi important, dont c'est le premier rôle dramatique et la première des fructueuses collaborations avec le metteur-en-scène.

Dans les suppléments, les éminents Bertrand Tavernier et Patrick Brion qualifient le film de chef-d'oeuvre. C'est amplement justifié. Car oui, Winchester 73 est une merveille de cinéma. «Un coup de tonnerre» dans le western (dixit Tavernier). Mêlant la petite et la grande histoire, Mann se réapproprie le genre en y insérant une tension anxieuse héritée des thrillers poisseux qui ont fait sa gloire (La Brigade du suicide, Marché de brutes, Les Rues de la mort). Le découpage est d'une subtile inventivité et la séquence d'introduction, un modèle de construction formelle. Le style est dépouillé, rocailleux et ascétique. Dans un noir et blanc puissamment contrasté, Mann dessine l'épopée auto-destructrice de personnages vengeurs, mués par une rancoeur dévorante, pour ne pas dire morbide. Ironie du sort, la carabine Winchester est l'objet de toutes les convoitises. Le symbole du mal et de la mort qui passe des mains de soldats à celles d'Indiens, ne semant sur son passage que le deuil et la désolation.

 

nouvelle donne


L'intrigue semblable à une boucle infernale est signée Borden Chase, scénariste «blacklisté» et authentique prince du western à l'origine des futurs scripts de La Rivière Rouge de Hawks et de Vera Cruz d'Aldrich. Une maudite carabine y devient synonyme de toute puissance et déclencheur de haines fratricides absolument dévastatrices. À l'époque, certains critiques avaient comparé Winchester 73 à «un récit mythologique sur la lutte de deux frères pour la possession du phallus». Où l'arme comme prolongement de la virilité. Quoi de plus pertinent pour définir l'histoire même de la conquête de l'Ouest ? Période trouble et fétichiste où violence et rapports de force constituent les seules langues qui vaillent.
Le long-métrage est porté par la prestation rageuse de Jimmy Stewart. Il abandonne ici ses rôles d'anti-héros candides qui avaient bâti sa légende (chez Frank Capra ou Ernst Lubitsch notamment) pour se glisser dans la peau d'un homme opiniâtre et aveuglé, responsable in fine de la déflagration de sa propre famille. Son interprétation furieuse annonce les autres westerns qu'il tournera auprès de Mann (Les Affameurs, Je suis un aventurier, L'Homme de la Plaine...) et ses rôles tourmentés chez Hitchcock (Fenêtre sur cour, Sueurs Froides) ou Ford (L'homme qui tua Liberty Valance, Les Cheyennes). Elle annonce également le bouleversement d'un genre ultra-codifié. Ici, le western devient un exutoire à ciel ouvert où s'expriment pleinement les névroses personnelles et autres traumas existentiels. De plus, Winchester 73 constitue une date d'un point de vue purement économique. Pour la première fois, un comédien (Stewart, en l'occurence) choisit de prendre un pourcentage sur les recettes finales d'un film, ouvrant ainsi la voie à de nombreux acteurs-producteurs de renom, Burt Lancaster ou Clint Eastwood en tête.

Notons que l'édition collector propose un remake en couleur datant de 1967 et issu d'une prestigieuse série de téléfilms produits par Universal. s'octroyant quelques libertés par rapport à la version originale, l'oeuvre se regarde sans déplaisir mais elle reste tout à fait superficielle et anecdotique comparée au diamant brut d'Anthony Mann.

Gabriel Repettati






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Image:
Malgré un grain persistant et parfois gênant (notamment lors des scènes en intérieur), le nouveau transfert HD se révèle tout à fait honorable. Les contrastes sont bien marqués et gagnent en clarté, comparé à la précédente édition DVD de 2004. Mais ce n'est pas encore l'édition définitive que l'on attendait. Celle-ci ne devrait pas tarder puisque Martin Scorsese a récemment annoncé un partenariat avec Universal afin de financer une restauration complète de Winchester 73. Patience, donc.

 


Son:

L'édition DVD de 2004 bénéficiait d'un redoublage complet en VF. La nouvelle édition propose donc la nouvelle VF et celle d'origine. On optera pour la version revisitée privilégiant les dialogues et les bruitages, un peu plus dynamiques. La VO reste néanmoins le choix numéro 1, authenticité oblige.

 


Interactivité:
Fervents instigateurs de la collection Sidonis, Bertrand Tavernier et Patrick Brion sont de la partie et nous éclairent quant à l'importance de Winchester 73 dans l'histoire du cinéma en général et du western en particulier. Tous deux soulignent sa puissance dramaturgique, sa beauté formelle, son impact et ses similitudes avec La Flèche brisée de Delmer Daves. Dans le sens où les deux long-métrages chamboulèrent véritablement le genre, en y apportant une vision critique et salutaire. Ils nous apprennent également que le film de Mann était d'abord destiné à Fritz Lang.

Liste des bonus: Blu-ray de «Winchester 73», DVD du remake de 1967, «Winchester 73 : anatomie d'une légende» (livret de 43 pages), présentation des films par Bertrand Tavernier et Patrick Brion, enregistrement original du Lux Radio Theater, datant du 12 novembre 1952 et joué en direct par James Stewart, Steven McNally et Julia Adams (VOST), galerie photos, bandes-annonces.

 
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