LE SIGNE DE LA CROIX
The Sign of the Cross - Etats-Unis - 1932
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Réalisateur : Cecil B. DeMille
Musique : Rudolph G. Kopp
Image : 1.33 4/3
Son : Anglais DTS HD Master Audio Mono
Sous-titre : Français
Durée : 1205 minutes
Distributeur : Elephant Films
Date de sortie : 25 septembre 2018
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « Le Signe de la croix »
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LE PITCH
Alors que les Chrétiens sont la cible de la vindicte de Néron, Marcus Superbus, le préfet de Rome, tombe amoureux de l’une d’entre eux, Mercia. Poppée, femme de Néron et maîtresse de Marcus, fait arrêter la belle Chrétienne, qui est condamnée à être jetée aux lions…
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Film sacrilège

Tourné juste avant la mise en place définitive du Motion Picture Production Code, mais déjà observé d'un mauvaise œil par les ligues de bonnes mœurs, Le Signe de la croix est un grand péplum fastueux qui porte la marque de l'illustre Cecil B. DeMille... et ce jusque dans ses sidérantes déviances.

Au début des années 30, Hollywood s'apprête à connaitre une nouvelle révolution, celle de l'ingérence presque définitive de l'autocensure dans son système économique, soit l'installation du fameux Code Hays. Un mur de brique mettant fin à trois décennies de liberté totale et à une pléthore de films (aujourd'hui souvent disparus) traitant de violence, de sexualité, de moralité avec une modernité étonnante. Dès sa présentation en 1930 son influence se fait sentir sur le polissage progressif des métrages, n'osant même plus montrer un homme et une femme dans le même lit (on ne parle même pas de deux hommes... ), mais quelques productions réussissent à passer entre les mailles du filet à l'instar de ce Le Signe de la croix, imaginé par un très malin Cecil B. DeMille, bien moins sage alors que dans son monument Les Dix commandements tourné 25 ans plus tard. Un maitre du péplum (son Cléopâtre est une petite merveille) dont les amitiés avec un certain William Hays (tiens, tiens...) et son éducation profondément catholique vont lui permettre de jouer avec des limites que beaucoup pensaient déjà immuables. Son excuse est simplissime : Le Signe de la croix est un péplum biblique et les comportements étalés sont une mise en garde frontale. 

 

la bonne parole


Une grande production riche et spectaculaire qui célèbre avec ferveur le sacrifice des premiers chrétiens, évoquant leur persécution par la Rome du tristement célèbre Néron. D'où cette improbable histoire d'amour entre le préfet de Rome, Marcus Superbus (on croirait un nom issu d'un album d'Astérix) et une frèle et jolie chrétienne qui bien entendu va réussir à l'extirper de sa culture amorale dans un grand final plein d'émotion. Presque l'intégralité de la première partie du film (il est construit en deux chapitres avec un intermède particulièrement bien placé) est consacrée à leur première rencontre, à leurs petits regards et leurs gestuelles naïves encore très empruntées, dignes des films muets. Un poil fade serions-nous même tenté de dire, surtout que par petite touche, DeMille installe déjà un arrière plan bien moins propre par des apparitions inoubliables d'un Charles Laughton (sans doute le meilleur Néron de l'histoire du cinéma) riant comme un dément face à une Rome en flamme, et d'une Claudette Colbert (l'impératrice Poppée) se baignant nue dans une piscine remplie de lait d'ânesse. Une séquence particulièrement célèbre autant pour la vision pas suggestive du tout de sa poitrine, que pour le regard qu'elle porte sur sa confidente, qu'elle invite lascivement à de déshabiller pour venir la rejoindre. Et quand c'est Claudette qui invite, on ne refuse pas ! Et dans Le Signe de la croix, il est évident que ce qui intéresse Cecil B. DeMille est moins le martyr chrétien que l'évocation fiévreuse de l'empire romain au bord de sa chute.

 

bacchanale


Laughton et Colbert, par leur jeu étonnement moderne et le traitement ambigu de leurs personnages, occupent définitivement les mémoires malgré la rareté de leurs apparitions, et dirigent le film vers un spectacle totalement décadent qui va littéralement happer le métrage dans sa seconde partie. Orgie de notables qui s'achève dans une danse perturbante et des attouchements lesbiens, esclave sexuel masculin de Néron qui se trimbale à poil à l'écran et le plat principal du Signe de la croix : l'incomparable séquence des jeux du cirque. Un morceau de bravoure introduit par l'effet de mise en scène le plus ambitieux du film, qui nécessita même l'invention d'une nouvelle caméra sur une grue silencieuse. Soit un long travelling vertical suivant l'arrivée des spectateurs aux abords de l'enceinte du Colisée, frétillant à l'évocation des festivités à venir : combats à mort de dizaines de gladiateurs, condamnés écrasés par des éléphants, femmes dévêtues livrées en pâture à un gorille ou à des crocodiles, amazones géantes affrontant des pygmées et enfin quelques chrétiens offerts aux lions. Si certains carnages restent hors-champs (mais les effets sonores sont suffisamment évocateurs, merci), la plupart son approchés tels des tableaux baroques, des visions infernales, non dénués de touches perturbantes d'érotismes glauques. Une violence particulièrement étonnante pour l'époque, appuyée par les gros plans grotesques d'une foule à la fois avide et déjà détachée de ce qui était alors un divertissement des plus banales. La beauté des cadres, la précision des compositions, l'élégance du montage ne font qu'accentuer le flou troublant quand aux velléités profondes du cinéaste. A l'arrivée Le Signe de la croix est un grand péplum qui ennuie par ses dernières traces moralisatrices, et fascine totalement par ses délires païens qui, toutes proportions gardées, résonnent aujourd'hui comme précurseurs de la série Rome... voir même dans ses pires excès d'un Caligula ou d'un Salo ou les 120 journées de Sodome en toge. Saisissant.

Nathanaël Bouton-Drouard








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Image :
Moins chanceux que le Cléopâtre du même Cecil B. DeMille, Le Signe de la croix plus agé de seulement deux ans, ne profite clairement pas ni des mêmes investissements dans la restauration, ni de sources aussi bien préservées. Pas forcément étonnant puis ce dernier fut rapidement boudé par les distributeurs par ses trop grandes libertés, puis carrément charcuté pour sa ressortie dans les années 50. Les fameux passages réintroduits depuis (la tête écrasée par l'éléphant, le gorille face à son offrande) ressortent un peu du lot avec des griffures et instabilités bien plus visibles. L'ensemble n'est cependant pas désagréable avec ses noirs et blancs fluctuants mais qui tirent joliment vers les reflets argents, et un piqué plutôt harmonieux qui permet de découvrir le film avec un confort qui ne lui avait jamais été permis jusque-là. Dommage par contre que les retouches numériques soient si visibles parfois entre les noirs qui paquettent ou les matières trop lissées qui peuvent parfois se donner des airs d'aplats peu discrets.

 


Son :
Le constat est proche avec le DTS HD Master Audio 1.0 disposé, uniquement, en anglais. Si clairement le mono d'époque se dote désormais d'une transmission plus claire qu'autrefois, il ne faut pas s'attendre à un miracle et la captation d'époque (avec des effets d'écrasements) et les petits coups de l'âge (légers grésillements, saturations...) ne peuvent cacher les 80 printemps.

 


Interactivité :
Le Signe de la croix partage directement ses suppléments avec la galette de Cléopâtre sortie le même jour chez Eléphant Films. Si la présentation du métrage par J.P. Dionnet est bien entendu consacrée au Signe de la croix, celle consacrée plus généralement à la carrière du cinéma est identique. Tout comme les segments vidéo hérités d'un ancien DVD permettent aux néophytes de découvrir une initiation très agréables aux carrières du cinéaste et de sa star, avant de passer à une évocation nécessaire des tristes années d'Hollywood sous le sceau du Code Hays.

Liste des bonus : Cecil B. DeMille par Jean-Pierre Dionnet (10'), Le film par Jean-Pierre Dionnet (10'), Cecil B. DeMille : Le géant d'Hollywood (10'), Claudette Colbert : La reine du grand écran (9'), Films interdits : Hollywood au temps du Code Hays (10'), Bande-annonce.

 
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