COLLECTION LUBITSCH : 5 CLASSIQUES EN BLURAYS
L’Homme que j’ai tué, Une Heure près de toi, Sérénade à trois, Si j’avais un million, La Huitième femme de Barbe Bleue - Etats-Unis - 1932/1938
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Réalisateur : Ernst Lubitsch
Image : 1.33 4/3
Son : Anglais et français DTS-HD Master Audio 2.0 mono
Sous-titre : Français
Durée : 414 minutes
Distributeur : Elephant Films
Date de sortie : 5 juin 2018
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
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LE PITCH
Au lendemain de la Première guerre mondiale, un soldat français est incapable d’effacer de sa mémoire le meurtre d’un soldat allemand commis sur le front…
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Profondeur et légéreté

Ernst Lubitsch. Derrière ce nom à consonance germanique, c'est tout l'âge d'or du cinéma hollywoodien qui se déploie sous nos yeux. À l'instar d'un Otto Preminger, d'un Douglas Sirk ou d'un Billy Wilder, l'homme fut l'un des ambassadeurs de la fastueuse époque des studios, à l'ère du muet puis du parlant. Contraint de s'exiler au Nouveau Monde du fait de ses origines juives, Lubistch y a bâti une œuvre cinématographique d'une suprême élégance. Inventeur de la comédie dite sophistiquée, Lubitsch maîtrisait toutes les facettes du septième art à la manière d'un chef d'orchestre.

Ce qui interpelle avec les cinq titres de cette collection, c'est la diversité des thèmes abordés et la délicatesse avec laquelle ils sont traités. Mélodrame, comédie romantique, burlesque ou film à sketches... À chaque fois, Lubitsch s'en sort avec les honneurs grâce à son art de la narration et un sens du tempo cinématographique. Prenons L'homme que j'ai tué, par exemple. Un drame bouleversant traitant du traumatisme de 14-18. Adapté d'une pièce pacifiste de Maurice Rostand (fils d'Edmond), le film suit la destinée d'un soldat français incapable d'oublier les horreurs commises dans les tranchées. Rongé par le remords et la culpabilité, il n'aspire qu'à une chose: la rédemption. Le film marque les adieux de Lubitsch au mélodrame, et d'une certaine manière à l'Allemagne. Le cinéaste y ausculte les cicatrices encore béantes et s'intéresse aux parcours d'humanités cabossées. Il s'agit d'une symphonie d'existences et malgré la douleur omniprésente, le film reste léger, aérien, quasi symphonique. C'est là tout le talent du maître allemand. Nous parler des choses de la vie avec recul et ironie.

 

La valse des sentiments


On retrouve ce regard distancié à la vision d'Une heure près de toi et de Sérénade à trois. Deux merveilles de comédies romantiques, subtilement écrites et mises en scène. Le premier titre est une œuvre hybride puisqu'elle fut tournée en collaboration avec George Cukor, autre cador de l'âge d'or. Le film n'en reste pas moins exaltant et aussi pétillant qu'une bulle de champagne. Avec son phrasé issu des faubourgs de Paname, le frenchie Maurice Chevalier, s'y retrouve confronté à un véritable dilemme sentimental, le temps d'un ménage à trois à la tonalité vaudevillesque. Une nouvelle fois, la construction évoque une ligne musicale. La partition y joue d'ailleurs un vrai rôle dramaturgique. Elle véhicule toute la charge émotionnelle des protagonistes. Mieux, comme le précise l'éclairant Frédéric Mercier dans les bonus, on y descelle une «fraicheur», voire une «franchise sexuelle» assez déconcertante pour l'époque. La théâtralité de l'ensemble sert les enjeux et agit comme un moyen détourné, joyeux, guilleret, d'aborder la sexualité. Chevalier campe un jeune premier comme Lubitsch en a tant filmés. C'est à dire brillant, drôle, vif et plein d'esprit. Un pauvre diable embringué malgré lui dans une tourbillonnante valse des désirs, articulée autour d'une seule et même question : comment peut on s'aimer ?

Il en va de même avec Sérénade à Trois, parfait exemple de la comédie «à la Lubistch» qui voit le fringant Gary Cooper et le plus cérébral Fredric March se disputer la même femme. Ça débute comme une comédie bohème à bord d'un train (sublime séquence d'introduction orchestrée à la manière du muet) et ça vire progressivement au burlesque, au rythme des pérégrinations de plus en plus loufoques des personnages. Le ton y est badin, l'ironie toujours bienveillante, la cadence échevelée. D'une réelle modernité, la trame s'intéresse aux affres de la vie d'artiste, aux soubresauts sentimentaux et à la complexité des rapports hommes-femmes. Le script est signé Ben Hecht, scénariste du Scarface de Howard Hawks, mais il se pose en total contrepied. Nulle exaltation de la virilité façon Al Capone. Non, dans Sérénade à trois, ce sont les femmes qui mènent la danse... et les hommes par le bout du nez.

 

du mordant


Chez Lubitsch, tout est propice au jeu, au sarcasme sympathique, aux multiples niveaux de lecture. Dans le court-métrage tiré du plus anecdotique film à sketches Si j'avais un million, le réalisateur suit les pas d'un modeste comptable campé par Charles Laughton (La Nuit du Chasseur), soudain détenteur d'un million de dollars. Et le scribouillard d'arpenter le dédale kafkaïen d'un immeuble de bureaux jusqu'au dernier étage où siège son propre patron, lors d'une drolatique séquence en pied-de-nez. Avec La Huitième femme de Barbe-Bleue, nous assistons à la fois à la quintessence de son art et à un chant de cygne. Il s'agit ni plus ni moins d'un miracle de comédie sentimentale opposant Gary Cooper à une épouse castratrice incarnée par Claudette Colbert. Une fois de plus, Lubitsch inverse les rôles en faisant de Cooper une victime consentante manipulée telle une marionnette par sa revêche d'épouse. Une fois de plus, le réalisateur traite de sujets susceptibles d'outrer l'Amérique puritaine sous le prisme du marivaudage, via le récit d'un mariage raté, mais ultra sexué, disséquant tous les possibles du tandem amoureux. Scénarisés par Billy Wilder, Les situations y sont explosives et hilarantes. D'une inventivité de tous les instants et menées tambour battant entre Venise, Prague et la Côte d'Azur... Lubitsch ou l'irrésistible légèreté de l'être.

Gabriel Repettati










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Image :
Comme à son habitude, l'éditeur Elephant propose de très beaux transferts en haute définition. Malgré leur âge bien avancé, les copies sont remastérisées avec efficacité et clarté. Il faut certes faire fi de micro-parasites qui viennent souvent gâcher le plaisir. Mais dans l'ensemble, les rendus se révèlent extrêmement lumineux et plutôt bien contrastés.

 


Son :
Un conseil, optez d'emblée pour les pistes américaines, beaucoup plus audibles. Les pistes françaises ont pris un sacré coup de vieux. Malgré une âpreté , les diverses musiques retranscrivent joliment ces écrins de tragédies joyeuses que sont les films d'Ernst Lubitsch.

 


Suppléments :
On retiendra principalement les interventions inspirées de Frédéric Mercier, issu de la revue «Transfuge». L'homme est un véritable spécialiste du cinema d'Ernst Lubitsch et il nous éclaire sur le parcours personnel et professionnel du cinéaste, avec passion et précision.

Liste des Bonus : Boitiers Blu-Ray / DVD, jaquettes réversibles avec affiches originales, présentation des films par Frédéric Mercier (journaliste au magazine «Transfuge»), galeries photos, bandes-annonces.

 
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