HOSTILES
Etats-Unis - 2018
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Genre : Western
Réalisateur : Scott Cooper
Musique : Max Richter
Image : 2.35 16/9
Son : DTS HD Master Audio 7.1 anglais et français
Sous-titre : Français
Durée : 133 minutes
Distributeur : Metropolitan
Date de sortie : 18 juillet 2018
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « Hostiles »
portoflio
LE PITCH
1892, Fort Berringer au Nouveau-Mexique. Proche de la retraite, le capitaine Joseph Blocker a combattu les tribus indiennes toute sa carrière durant, massacrant hommes, femmes et enfants. Sa dernière mission, émanant d’un ordre du président Harrison, lui paraît pourtant inacceptable. Mourant, le chef de guerre Cheyenne Yellow Hawk, responsable de la mort de plusieurs amis du capitaine, doit être escorté en homme libre, avec toute sa famille, vers ses terres du Montana.
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Mort d'une nation

Après avoir joué les mercenaires au service d'un Johnny Depp méconnaissable dans le très balisé Black Mass (rebaptisé Strictly Criminal en France), c'est le Scott Cooper mélancolique et fataliste de Crazy Heart et des Brasiers de la Colère qui nous revient aujourd'hui avec Hostiles. Sans doute le western le plus important de la décennie, une œuvre crépusculaire qui offre à Christian Bale son plus beau rôle et qui nous rappelle sans manichéisme ni grands discours à quel point la cause des amérindiens est essentielle à la compréhension du cancer de la violence qui ne cesse de ronger les Etats-Unis. Rien que ça.

La formule, aussi facile que stupide, nous est servie régulièrement depuis la promotion d'Impitoyable au début des années 90 : le western est un genre en sursis, pas encore mort mais déjà has been, une relique de la gloire passée d'Hollywood et qui se rappelle de temps à autres à notre bon souvenir par le caprice d'une poignée d'auteurs à cheval entre plusieurs époques (en gros, Clint Eastwood et Kevin Coster et basta). C'est on ne peut plus faux. Le western se porte plutôt bien, merci pour lui. Peu importe que son Âge d'Or soit derrière lui, il continue de faire parler la poudre, entre blockbusters malades (Lone Ranger, Jonah Hex, Cowboys vs Aliens), séries télés (Deadwood, bientôt ressuscitée, la minisérie Godless sur Netflix, Yellowstone sur Paramount Network), remakes luxueux (Les 7 Mercenaires), manifestes d'auteurs (The Revenant, Les Huit Salopards, Slow West) et s'en est même allé contaminer le film de super-héros (Logan). Au premier ignare qui vous sortira que le western, c'est « ce vieux machin avec des cowboys et des indiens », vous saurez désormais quoi lui répondre. Et Hostiles, synthèse miraculeuse et funèbre, traditionnelle et contemporaine, de près d'un siècle de cinéma, d'enfoncer le clou.

Des cavalcades du muet succédant à la conquête de l'Ouest pour mieux la réinventer en mythologie populaire, en passant par John Ford, Anthony Mann, Sam Peckinpah, Arthur Penn, Sidney Pollack, le Clint Eastwood de Josey Wales et jusqu'au récent et honteusement inédit Road to Paloma (2014), première réalisation du musculeux Jason Momoa, le film de Scott Cooper réunit tous les courants, toutes les sensibilités sans jamais tomber dans la citation cinéphile gratuite, ni même aux dépens de sa cohérence. La ligne narrative choisie (un voyage à travers plusieurs Etats) permet d'aborder tous les terrains connus, de la plaine aux montagnes en passant par le fort militaire ou la ville frontalière et la ferme de colons, et de multiplier les rencontres. Soldats (anciens confédérés, jeunes pousses de West Point et noirs affranchis), indiens (Appaches, Comanches, Cheyennes), trappeurs, fermiers, gibiers de potence et cowboys, tous ont voix au chapitre. Et le discours n'est jamais lourd ou convenu, Cooper préférant les regards et les actes aux mots. Du cinéma à l'état pur.

 

road to montana


C'est au détour d'une scène, en apparence assez banale, où deux soldats discutent après une fusillade sanglante que le thème central d'Hostiles vient se graver dans nos âmes pour ne plus jamais nous quitter. Le jeune soldat, qui vient de tuer pour la première fois, est secoué, mal à l'aise. Le vétéran, lui, affirme qu'il ne ressent plus rien depuis longtemps et que le meurtre est devenu une seconde nature, une formalité. Le jeune soldat conclu que c'est bien là ce qu'il redoute. La mort et la violence sont au cœur du film de Scott Cooper. Dans ce pays où « Dieu a détourné le regard », on ne meurt jamais de cause naturelle mais plutôt d'une flèche, d'une balle ou à la pointe du couteau. Le meurtre comme seul moyen d'expression et la violence qui pèse sur les femmes et les enfants et les natives dépossédés de leurs terres, héritage malsain et infernal. Même le cancer dont souffre le vénérable chef Yellow Hawk (incarné par un Wes Studi minéral) semble être la conséquence des actes atroces qu'il a commis par le passé, comme une maladie que l'homme blanc lui aurait transmis.
Habile, Scott Cooper préfère illustrer son engagement pour la cause des amérindiens par des choix de mise en scène subtils plutôt que par des tirades indignées et un consensus mou. D'une part, il a l'idée géniale de confier les rôles de la famille de Yellow Hawk à des comédiens au passif marquant (Adam Beach militait pour la réhabilitation des soldats navajos dans le Windtalkers de John Woo tandis que Q'Orianka Kilcher incarnait une Pocahontas tragique dans Le Nouveau Monde de Terrence Malick) et il se montre pointilleux quant à l'authenticité des cultures qu'il a choisi de porter à l'écran. D'autre part, il ne met jamais les indiens en avant mais préfère les laisser se fondre dans l'arrière-plan. Ils font partie, de droit, d'un décor dans lequel les blancs ont du mal à s'intégrer. Ils sont là depuis toujours et nous ne sommes que des intrus.

Impossible, enfin, de conclure sans dire deux mots sur la prestation tout bonnement exceptionnelle de Christian Bale. A travers son regard, c'est toute la culpabilité et la haine insensée d'une Nation qui embrase l'écran et nous interpelle. Que l'on donne un Oscar à cet homme. Tout de suite.

Alan Wilson




















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Image :
En véritable amoureux du western, Scott Cooper a tout logiquement opté pour une capture initiale sur pellicule puis un transfert 4K de haute volée. Le résultat est immédiatement palpable en bluray, autant pour la qualité impressionnante de la définition fouillant chaque cadre pour relever le moindre détail, grain et relief de profondeur, que dans la restitution d'une palette de couleurs aux contrastes tout en finesse et la colorimétrie aussi réaliste que subtilement saturée. Le résultat est un sans faute constant, harmonieux, ample et spectaculaire.

 


Son :
Proposées en DTS HD Master Audio 7.1 les versions anglaise et française sont un modèle indéniable de maitrise des capacités des derniers standards en termes de mixage sonore. Extrêmement percutantes et nerveuses lors des rares gunfights ou de l'attaque indienne de la première bobine, les pistes offrent une restitution particulièrement enveloppante, riche et naturelle et mêle aisément les compositions mélancoliques de Max Richter avec les échos d'une nature omniprésente, tout en préservant des dialogues dynamiques et clairs.

 


Interactivité :

Pourquoi faire compliquer quand il suffit de produire un seul et unique documentaire pour réussir à transmettre toutes les informations essentielles d'un film. Voici donc le making of de Hostiles, programme qui par le biais de nombreuses interviews pertinentes retrace les origines du film, ses évolutions de son scénario, la collaboration concrète avec les acteurs et bien entendu le message et les questions que porte le film. Beaucoup d'émotions, de sensibilité sont véhiculée tout au long de l'item, Cooper s'efforçant de souligner la pertinence de son film à l'heure actuelle. Scénariste de formation, elle discute forcement beaucoup plus de l'écriture et des fondations de ses personnages que de la réalisation proprement dite.

Liste des bonus : Making of (66'), Bandes-annonces.

 
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