LA VIE PRIVéE DE SHERLOCK HOLMES
The Private Life of Sherlock Holmes - Etats-Unis - 1970
Image plateforme « Blu-Ray »
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Réalisateur : Billy Wilder
Musique : Miklós Rózsa
Image : 2.35 16/9
Son : Anglais et français DTS HD Master Audio mono
Sous-titre : Français
Durée : 125 minutes
Distributeur : L’Atelier d’Images
Date de sortie : 2 mai 2018
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « La Vie privée de Sherlock Holmes »
portoflio
LE PITCH
Dans leur appartement de Baker Street, Holmes et Watson voient arriver une jeune veuve sauvée des eaux de la Tamise. Se nommant Gabrielle Valladon, cette dernière semble amnésique mais va vite retrouver la mémoire. Le fin limier et son équipier vont être entrainés dans une enquête hors du commun, où ils croiseront Mycroft Holmes, le frère de Sherlock, la reine Victoria et le monstre du Loch Ness.
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Manuscrit perdu

Objet curieux longtemps boudé dans la filmographie brillante de Billy Wilder (Certains l'aiment chaud, Boulevard du crépuscule), La Vie privée de Sherlock Holmes s'est lentement, mais surement, fais une jolie place dans le cœur des fans du détective de Conan Doyle. Mais aussi dans celui des cinéphiles rêvant d'une redécouverte d'un film qui aurait presque dû atteindre les quatre heures de péripéties.

Une durée qui effraya violement les décideurs de la United Artist, obligeant le metteur en scène à couper drastiquement dans ses ambitions premières. Il faut dire que ces évocations d'affaires inédites est un vieux fantasme pour Billy Wilder, tout d'abord imaginé comme une comédie musicale pour Broadway pour aboutir presque dix ans plus tard à un colossal scénario coécrit avec le camarade I.A.L Diamond (La Garçonnière, Avanti !...) constituant un film à sketchs brassant quatre affaires complètes et inédites. Mais après un tournage passant de 13 semaines à 29, d'un dépassement explosif du budget (le sous-marins / monstres a même fini au fond du vrai Loch Ness), de frictions avec une partie du casting et deux précédent échec au box office (Embrasse-moi idiot ! et La Grande combine), les producteurs veulent limiter la casse. Le premier montage de quasiment quatre heures, prévu pour être réduit à 2h50, se voit alors totalement expurgé de trois de ses « épisodes » pourtant tournés à grands frais. Soit un double meurtre lors d'une croisière où Sherlock offre son rôle à Watson, un flashback contant une enquête de jeunesse du personnage, et un étrange trip avec une pièce au mobilier accroché au plafond.

 

fausses pistes


Des chapitres indépendants certes, mais dont l'absence ne cesse aujourd'hui de se faire ressentir dans la seule copie existante, puisqu'ils amenaient pas à pas le métrage vers la vision complète du personnage par Billy Wilder. Un cinéaste marqué par ses récents échecs, par une distance prise avec le public, dont l'ambition était ici de scruter la part d'ombre du personnage, souvent juste traitée en allusion dans les textes de Doyle. Soit, sa grande arrogance, sa misogynie, sa possible homosexualité et surtout sa distance avec le monde réel représentée par son addiction destructrice à l'héroïne. Il reste de toute ça tout de même de très beaux restes grâce à un casting, peu connu (sauf l'immense Christopher Lee en Mycroft bien entendu) mais admirable et subtile, une mise en scène délicate et discrète et surtout des dialogues acérés, précis, qui oscillent constamment entre comédie pure et drame intime d'un personnage qui se fait happer lentement par sa mélancolie. Dans la seule vraie affaire restante donc, le voici sur les traces d'un mari disparu et d'une célèbre créature hantant un Loch écossais, mais Holmes s'avérera avoir été manipulé de bout en bout, véritable dindon de la farce, perdant même la face en se livrant sentimentalement à la belle Geneviève Page (actrice française vue dans Fanfan la tulipe). Une trame qui servait de conclusion, d'aboutissement, et qui n'est aujourd'hui plus qu'un agréable, mais déséquilibré, sommet d'un iceberg totalement fondu. Triste certes, mais on retiendra cependant, avec sa tonalité unique, sa description antihéroïque du personnage et sa relation ambigüe avec l'acolyte Watson. Des recherches et une illustration qui a servi de modèle à Mark Gatiss et Steven Moffat pour leur Sherlock contemporain. Preuve que Billy Wilder était sans doute trop en avance sur son temps.

Nathanaël Bouton-Drouard






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Image :
Le film en présence fait partie de ces métrages finalement assez difficiles à rendre solidement en format HD. Par les choix d'une photographie souvent vaporeuse, les séquences plongées dans une nuit envahie de brouillard, mais aussi par les séquelles d'un montage que l'on imagine assez violent. Rares sont dont les plans à assurer une définition optimale, mais le respect de la photographie et de ses jolies couleurs douces est évident tout comme le grain de pellicule qui parfois, naturellement, laisse glisser quelques effets neigeux (les fondus enchainés) ou petits amas d'artefacts (les plans sombres). Le travail est là, mais le rendu est inégal et fluctuant. Clairement La Vie privée de Sherlock Holmes n'aura sans doute jamais meilleur visage que celui-là.

 


Son :
Les mono d'origine, rafraichis et rééquilibrés, nous reviennent dans un DTS HD Master Audio plus limpide et actuel. Des pistes confortables, non dénuées de petites faiblesses, mais rien d'étonnant pour une telle production.

 


Interactivité :
Depuis sa première apparition au format Laserdisc, les éditeurs n'ont cessé de tenter de s'approcher au plus près du montage original de La Vie privée de Sherlock Holmes. Un montage aujourd'hui officiellement définitivement perdu, mais que l'on peut redécouvrir, ou du moins deviner, apercevoir, par le biais d'une compilation de cinquante minutes usant de tous les moyens disponibles : rares photos, extraits du scénario, séquences existantes en basse qualité et sans le son, bandes sonores uniquement... Un vrai travail d'archéologue du cinéma qui se voit complété désormais par l'épilogue redécouvert récemment (son uniquement) faisant apparaitre un Lestrade demandant à Holmes de venir enquêter sur les crimes de Whitechapel. De tous ces documents, il est forcément question dans la longue interview du monteur Ernest Walter, mais aussi dans la présentation très complète signée par le journaliste Jérôme Wybon. Inutile de préciser que l'interview, connue, de Christopher Lee est toujours un plaisir à visionner, l'acteur avouant sa dette envers Wilder qui lui a permis de s'échapper du figure bien connue du fantastique.

Enfin, les amateurs seront étonnés de découvrir ici un autre bonus rarissimes (et invisible sur les éditions US). Un document de presque une heure sur le réalisateur pour la télévision allemande. Un bon moyen de retracer la carrière de ce dernier, de l'écouter parler de son métier, de le voir diriger son équipe et ses acteurs d'une main de fer... Le tout sur le plateau de La Vie privée de Sherlock Holmes, dont de nombreuses séquences disparues aujourd'hui. Priceless.

Liste des bonus : Scènes coupées (50'), Christopher Lee : Mr. Holmes, Mr. Wilder (15'), Élementaire mon cher Wilder (13'), Entretien avec le monteur Ernest Walter (29'), Fin alternative inédite (6'), Making of du film (55'), Présentation d'Eddy Mitchell dans « La dernière séance », Bande-annonce originale (5').

 
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