LE FLINGUEUR
The Mechanic - Etats-Unis - 1972
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Genre : Action, Thriller
Réalisateur : Michael Winner
Musique : Jerry Fielding
Image : 1.85 16/9
Son : Anglais et français DTS-HD Master Audio 2.0 mono
Sous-titre : Français
Durée : 98 minutes
Distributeur : Wild Side Vidéo
Date de sortie : 15 novembre 2017
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
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portoflio
LE PITCH
Tueur à gages pour la Mafia, Arthur Bishop reçoit l’ordre d’éliminer son propre mentor. Il s’exécute mais la lassitude le guette. À deux doigts de la retraite, il prend sous son aile le fils de sa dernière victime et l’initie aux secrets du métier. À ses risques et périls.
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passage en force

Quelques mois à peine après la sortie de Mister Majestyk, Wild Side consacre de nouveau l'une de ses classieuses éditions collector à notre moustachu préféré : Charles Bronson. Excellente initiative car Le Flingueur est une série B en béton armé. Une virée criminelle, cynique et vicelarde, à la gloire du jeu ultra-minimaliste (devenu marque de fabrique) d'un acteur de légende.

Le film marque sa deuxième collaboration avec le cinéaste britannique Michael Winner (Les Collines de la Terreur, Scorpio, La Sentinelle des Maudits). Un duo gagnant, puisque le tandem régnera sur le box-office international avec la série des Death Wish (Un Justicier dans la Ville), ode burinée, voire carrément réac' à l'auto-défense et à la loi du talion. Dans Le Flingueur, l'atmosphère y est tout aussi viciée. On y suit les exactions calibrées d'un tueur taiseux et méthodique, élégamment campé par Bronson dans l'un de ses meilleurs rôles. Avec sa démarche féline, ses yeux bridés, ses traits taillés à la serpe et sa fine moustache à la Fu Manchu, le comédien impose le respect en as de la gâchette amateur de pinard, d'arts martiaux et de jolies pétoires.

 

dans l'air du temps


Le Flingueur
constitue une date fondatrice dans la carrière du bonhomme, puisqu'il le fit passer du statut de simple vedette à celui de superstar, symbole plutôt burné du cinéma d'action. À ce titre, on ne peut s'empêcher de déceler un parallèle entre les trajectoires relativement similaires de Charles Bronson et de Clint Eastwood. Tous les deux ont fait leurs armes en tant que seconds couteaux. Tous les deux ont gagné leurs galons grâce au cinéma européen (chez Sergio Leone, notamment) avant d'exploser à l'aube des années soixante-dix. Et à l'image d'un Dirty Harry, Le Flingueur retranscrit sèchement l'atmosphère bien schizo et parano d'un début de décennie touché de plein fouet par l'agonie américaine au Vietnam, les émeutes urbaines et la corruption généralisée. En artisan habile, Winner se fie exclusivement à la plastique cinétique de Bronson via une succession de mises en situation diaboliquement exécutées. On appréciera tout particulièrement les vingt premières minutes, muettes, qui suivent Bishop en train l'élaborer sa prochaine mise-à-mort ; un tour de force technique que n'aurait pas renié Brian De Palma. On saluera également les vrombissantes courses poursuites à moto, en bagnole, en avion ou en bulldozer, nous menant des rives de la côte californienne aux ruelles escarpées de Naples. La rugosité des séquences et l'ambiance crépusculaire, vigoureusement illustrée par la photo de Richard H. Kline (Soleil Vert, Furie) et le score anxiogène de Jerry Fielding (La Horde Sauvage, L'Évadé d'Alcatraz), font du Flingueur un divertissement coupable qui cogne dur et défile à toute blinde.

 

coups de vice


Du côté de l'intrigue, c'est tout aussi nerveux, tordu, mauvais esprit. En plus d'abonder d'exécutions à la violence décomplexée (un mafieux éparpillé façon puzzle dans son appart' miteux, un autre réduit à l'état liquide dans une cuve d'acide), le script a la bonne idée de confronter ce vieux briscard de Bishop à une authentique tête à claques ; un rookie effronté incarné par Jan-Michael Vincent (futur héros télévisuel de la série Supercopter). À l'origine prévu pour Richard Dreyfuss (que Bronson n'aimait pas et avec qui il refusa de travailler), le rôle sied à ravir à à ce jeune éphèbe particulièrement antipathique. En résulte une relation maître-élève bien biaisée, pour ne pas dire perverse. Et riche d'un sous-texte officieusement homosexuel, même si Bronson l'a toujours nié. M'enfin Charles, ouvre les yeux, voyons !

Lorsqu'il n'est pas occupé à dézinguer son prochain, son personnage est filmé tel un gigolo sur le retour, traînant seul en peignoir de soie dans son immense villa arborée, ou rendant visite à une prostituée se faisant passer pour sa femme (Jill Ireland, la propre épouse de l'acteur). Quant à Jan-Michael Vincent, il passe son temps à jeter de l'huile sur le feu et jouer la provoc' jusqu'à un grand final particulièrement malsain. Et il faut le dire, plutôt réussi. Leurs échanges, marqués par les sous-entendus, le décalage entre générations et les rapports de force, s'avèrent souvent savoureux. Les deux hommes s'adonnent à une danse macabre, malsaine et ambiguë. Parfois comique, lorsque le mutique Bronson assiste à cette party peuplée de hippies défoncés. Ou carrément repoussante quand une jeune paumée se taillade les veines sous le regard sarcastique des acolytes. Chose habituelle chez Michael Winner, la complaisance est de mise et la violence agit comme un moteur dramaturgique. Mais ici, elles servent plutôt intelligemment le propos. Située de l'autre côté de la loi, la trame est mal aimable, cruelle, sadique. On ne s'attache à aucun des protagonistes. À quoi bon ? Ce sont tous des escrocs. De vulgaires pions à éliminer. Et le plus vilement possible, s'iouplait. Cette rudesse de ton fonctionne à plein régime, comme dans toute série B digne de ce nom. Pas étonnant que Le Flingueur aie bénéficié, il y a peu, d'un remake avec Jason Statham. Au cinoche, filer des gnons, ça a du bon.

Gabriel Repettati












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Image :
Le format 1. 85 est respecté. Dans l'ensemble, le résultat est plus que correct, à défaut de resplendir. Le grain original est toujours voyant (notamment dans le dernier quart d'heures), trop parfois, dénonçant alors une réstauration éffectuée uniquement par des outils numériques. La qualité de la définition fluctue alors souvent, alternant les plans carrés et admirables, et d'autres marqués par des artifacts moins élégants. Mais les contrastes gagnent en netteté et les couleurs sont regonflées à bloc. Une édition HD qui tient la route, mais s'inscrit un peu en-deçà des livraisons habituelles de Wild Side.

 


Son :
Le remixage se révèle plutôt efficace. Encodées en mono 2.0, les pistes françaises et américaines DTS HD Master Audio sont bien retranscrites. La première favorise les doublages old-school et se focalise sur le report des voix au détriment des effets annexes. La seconde est beaucoup plus fluide et homogène. Aucun souffle n'est à déplorer, les séquences d'action gagnent en intensité et le score stylé signé Jerry Fielding est puissamment orchestré.

 


Interactivité :
L'édition bénéficie d'un traitement particulièrement soigné, à l'image des autres titres de la collection. Un combo blu-ray / dvd au visuel très classe, accompagné d'un livret richement illustré et rédigé par Samuel Blumenfeld, journaliste et critique ciné au journal « Le Monde ». Côté suppléments, on trouve un excellent entretien avec Dwayne Epstein, grand spécialiste de Charles Bronson. L'historien du cinéma évoque la carrière internationale de l'acteur, sa fructueuse collaboration avec Michael Winner et la naissance de sa mythologie en tant que cador du film d'action. Le second supplément donne la parole au cinéaste Monte Hellman, auteur culte de Macadam à Deux Voies, road-movie arty et underground. On y apprend qu'il devait, à l'origine, réaliser Le Flingueur, avant que les droits de la Columbia ne soient finalement rachetés par United Artists. Un bel objet encore une fois, et plutôt complet.

Liste des bonus : Combo Blu-ray + DVD, livret exclusif réalisé par Samuel Blumenfeld avec photos d'archive (80 pages), « American Samouraï » : entretien avec Dwayne Epstein, historien du cinéma et biographe de Charles Bronson (30'), « Hired Hand : l'homme de main » : ou comment le cinéaste Monte Hellman a failli réaliser Le Flingueur (30').

 
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