GRAVE
France - 2016
Image plateforme « Blu-Ray »
Image de « Grave »
Genre : Drame, Horreur
Réalisateur : Julia Ducournau
Musique : Jim Williams
Image : 2.35 16/9
Son : Français DTS HD Master Audio 5.1, Audiodescription
Sous-titre : Français pour Sourds & Malentendants
Durée : 98 minutes
Distributeur : Wild Side Vidéo
Date de sortie : 21 juillet 2017
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « Grave »
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site officiel
LE PITCH
Dans la famille de Justine tout le monde est vétérinaire et végétarien. À 16 ans, elle est une adolescente surdouée, sur le point d’intégrer l’école véto où sa sœur ainée est également élève. Mais, à peine installés, le bizutage commence pour les premières années. On force Justine à manger de la viande crue. C’est la première fois de sa vie. Les conséquences ne se font pas attendre. Justine découvre sa vraie nature.
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Les filles et justine, à table !

« Génial », « Violent », « Terrifiant », « Choquant », « Le meilleur film de genre français depuis longtemps ». Les superlatifs et autres adjectifs dithyrambiques qui accompagnent la campagne de Grave pourraient laisser penser que, à l'image du récent La La Land, vous allez être obligés d'aimer à défaut d'être pris pour des idiots n'ayant rien compris. Qu'en est-il réellement ? Révélation filmique ou pelloche sympathique mais ne méritant pas non plus l'engouement préfabriqué populaire comme le dernier Chazelle ?

A trop en écrire, trop en dire, on dessert souvent le propos et la destinée d'un film, en créant une attente monumentale et superficielle (basée uniquement sur des « on dit »). Il faut dire qu'en plus, ces attentes sont nombreuses. Surtout en vue du parcours sulfureux du film depuis sa projection à Cannes et la propagation virale des étourdissements et évacuations ayant eu lieu pendant les projections, renvoyant aux légendes accompagnant la sortie de L'Exorciste. Ajoutez à cela la collection de prix remportés sans que les différents jurys aient eu beaucoup à débattre (et pourtant la concurrence était présente), il y a de quoi s'attendre au film du siècle et croire du coup aux différents qualificatifs lus ici et là. Nous n'aiderons pas le film d'une certaine façon, mais il relèverait de la malhonnêteté intellectuelle de nier ces fameux qualificatifs. Car Grave est tout cela à la fois. Et même plus. Par dessus tout, comme l'a très bien expliqué la talentueuse Julia Ducournau, est... grave. Désireuse de vouloir redonner à cet adjectif son sens premier, la jeune réalisatrice réussit parfaitement sa mission. Grave décrit une situation sérieuse, aux conséquences fâcheuses et faucheuses.

La gravité de la situation n'est pourtant jamais là où on l'attend. Si un film n'est pas forcément fait pour dénoncer ou livrer un message, ce serait mal aborder Grave que de le juger comme un simple film de cannibalisme moderne, aussi beau soit-il. Julia Ducournau inscrit son récit (elle en est également la scénariste) au sein d'une école vétérinaire, faisant de son héroïne, la jeune Justine, un être virginal, sur le point de basculer dans une abîme dont elle ne pourra jamais revenir. Vierge, végétarienne, studieuse, en bon termes avec ses parents, c'est un véritable choc qu'elle va subir en étant confrontée à un bizutage des plus contraignants. Une entrée rapide, violente et radicale dans une nouvelle vie, appuyée par une mystérieuse soeur, Alexia, à l'aura aussi troublante et envoutante que malsaine. Ce qui se passe à l'écran, des rituels initiatiques aux soirées orgiaques, va agir comme un détonateur dans le monde sans vagues de Justine. Que l'on décide d'y voir ou non une parabole sur la violence d'un environnement codifié (les études supérieures), d'un rituel (le bizutage), du passage à l'âge adulte (avec son lot de compétitions et de déceptions) ou de la découverte de la sexualité, le cannibalisme soudain dont fait preuve Justine est terrifiant aussi bien dans le fond, que dans la forme.

 

à pleines dents


Tout comme Clément Cogitore, réalisateur de Ni le ciel, ni la terre, sur lequel elle fut script doctor, Julia Ducournau n'accorde pas d'importance aux étiquettes. Ne voulant pas cataloguer Grave dans un genre précis (et le titre va dans ce sens), le restreindre à des cases limitées, sa réalisatrice pense avant tout à l'histoire et à ses personnages. Il est pourtant indéniable que certains codes sont bien présents et respectés. La preuve que, à l'image de Clément Cogitore, Julia Ducournau a réussi à assimiler les schémas classiques du genre, à les digérer et à livrer un cinéma à la fois personnel, total, et sans concession apparente. Un renouveau à la fois pour le cinéma de genre, qu'il soit français ou international, ainsi que pour les artistes sortis de la FEMIS, jetant un regard nouveau sur les élèves de la plus prestigieuse et inaccessible des écoles de cinéma.

Dans ses interviews, Julia Ducournau affirme que l'un de ses films d'horreur préféré est Massacre à la tronçonneuse. Si visuellement Justine est loin d'être Leatherface, elle n'en demeure pas moins aussi dangereuse de par sa discrète banalité et sa soif de découvertes. Evitant de placer ses personnages sur un piédestal mythologique en ne les représentant jamais comme des monstres, Julia Ducournau en extrait toute la gravité et la monstruosité latente, susceptible d'exploser n'importe quand du moment que les barrières morales cèdent à une irrésistible envie comme la faim ou le désir. Une envie, un mal, enfouie en Justine, inscrit dans ses gènes, qu'elle va découvrir en même temps que le spectateur.

 

cinéma total et viscéral


Subtilement écrit, Grave se permet un humour noir dosé avec finesse ne désamorçant jamais la gravité des propos, mais adoucissant leur violence, les confondants parfois dans une banalité déconcertante et dangereuse. Une écriture portée à l'écran avec un savoir faire indéniable et une maitrise totale de l'outil filmique. Par son cadrage classe et énergique, son utilisation des décors, sa gestion de la photographie et des couleurs, tantôt froides comme les murs de cette université ou chaude comme le sang qui coule dans les veine de Justine et sur le coin de ses lèvres, Grave respire une énergie aussi positive que son propos peut être sombre et pervers.

Ne se regardant jamais filmer et apportant un véritable point de vue, Julia Ducournau entre dans la cour des grands et crée une impatience immédiate quand à la suite de sa carrière. Une chose est certaine, Grave ne peut laisser indifférent, que l'on adhère ou non à son propos, que l'on soit réceptif ou fermé à la puissance du cinéma de Julia Ducournau. Grave fait parti de ces films qui vous hantent pendant longtemps après leur visionnage, méritant amplement les remarques dithyrambiques à son encontre.

François Rey
























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Image :
Sans soucis bien entendu, la copie HD tirée directement du master numérique de Grave est une franche réussite. Sans jamais totalement gommer la nature de sa source initiale, le transfert en 1080p ne fait que creuser ses élans viscéraux, son travail imposant sur la lumière, tout en jouissant d'un piqué et d'une profondeur évidente. Contrastes, teintes, noirs, tous les ingrédients pour livrer un bluray imparable sont réunis.

 


Son :
Rien à reprocher, loin de là, à l'unique mixage en présence. Un DTS HD Master Audio 5.1 de très haute qualité. Non pas par sa puissance, mais justement par sa finesse, et sa capacité à épouser les variations de tonalités d'une bande sonore largement portée par les performances de Jim Williams (Kill List). Les dialogues sont toujours clairs, les quelques effets d'ambiances, parfois presque distanciés, fonctionnent parfaitement, avec équilibre et une dynamique soutenue. Des sensations particulièrement marquantes lors de la première soirée de bizutage qui s'achève en rave / orgie.

 


Interactivité :
Pas de grandes fioritures, en dehors de deux scènes coupées effectivement relativement dispensables, les bonus de l'édition Bluray de Grave consistent uniquement en deux longues interviews de la réalisatrice puis de l'actrice, enregistrées par le rédacteur en chef de Mad Movies, Fausto Fasulo. Des discussions plutôt où les deux intervenantes racontent leurs parcours, leurs amours de cinéma, leurs ambitions, leurs visions du film, avec un vrai effort d'auto-analyse et d'explications de style de la part de Julia Ducournau. Quelques flottements et des questions trop imprécises, mais de nombreuses informations et pistes sont à récolter sur la longueur.

Nathanaël Bouton-Drouard

Liste des bonus : Entretien inédit avec Julia Ducournau (47'), Entretien inédit avec l'actrice principale Garance Marillier (47'), 2 scènes coupées.

 
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