LE VIOLENT
In a Lonely Place - Etats-Unis - 1950
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Genre : Policier
Réalisateur : Nicholas Ray
Musique : George Antheil
Image : 1.33 4/3
Son : Anglais et français DTS HD Master Audio 2.0 mono
Sous-titre : Français
Durée : 94 minutes
Distributeur : Sidonis
Date de sortie : 8 septembre 2020
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « Le Violent »
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LE PITCH
En panne d’inspiration, Dixon Steele, scénariste à Hollywood, se voit confier par son agent l’adaptation d’un roman qu’il se refuse à lire. Il invite alors une jeune femme à lui faire la lecture de l’œuvre chez lui. Le lendemain, celle-ci est retrouvée assassinée…
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Sidonis continue sa très belle remasterisation des pépites du Film Noir américain. Cette fois, l'éditeur nous propose ni plus ni moins que l'un des plus grands rôles de Bogart et l'un des fleurons de la filmographie de Nicholas Ray. Pour son histoire, son interprétation, mais aussi pour les choix du réalisateur devant et, surtout, derrière la caméra.

Adapté d'un roman de Dorothy B. Hughes édité deux ans avant, Le Violent est à la base une histoire criminelle plutôt banale que nombre de scénaristes et réalisateurs se seraient sûrement contentés d'adapter telle quelle. Nicholas Ray, lui, préfère s'en servir comme point de départ pour raconter l'histoire d'un homme, scénariste sur le déclin, dont le visage buriné voire abîmé de Bogart augmente le côté affligé. Car Dixon Steele a connu le succès, mais il est aujourd'hui loin derrière lui, et même si l'homme a toujours ses entrées à Hollywood, il n'y est plus vraiment respecté. Dès l'intro, Ray donne sa vision d'un Hollywood amnésique, d'une industrie qui oublie ceux qui ont fait sa gloire et les délaisse pour mieux les laisser mourir, seuls, abandonnés.

Ce point de départ permet de comprendre la psychologie perturbée de Steele, et d'introduire son caractère violent (celui du titre vf) qui sommeille en lui mais menace de prendre possession de son corps à chaque nouvelle frustration. Un rôle idéal pour Bogart, en cette année 1950 où l'acteur, fatigué, entame la décennie qui le verra disparaître après un long combat contre le cancer. Alors qu'il ne s'y attendait plus, son agent propose alors au scénariste en manque d'inspiration l'adaptation d'un roman. Refusant de le lire, celui-ci demande de l'aide à une jeune fille qui, malheureusement, est retrouvée assassinée le lendemain matin. La voisine de Steele, qui a été témoin du départ de la victime des appartements du scénariste, se propose de se rendre à la police et lui servir d'alibi. Malgré ce témoignage, la police soupçonne toujours Steele, dont la personnalité borderline, bien connue d'un des inspecteurs, ancien soldat aux ordres du scénariste durant la guerre, joue une fois de plus en sa défaveur. Bogart est de tous les plans, la caméra de Ray ne le lâche jamais, ne lui laissant que très peu d'espace pour respirer. Jusqu'à ce que, plutôt que de développer la trame policière, le scénario choisisse un nouveau point de départ : l'idylle entre la voisine (incarnée par Gloria Grahame, épouse du réalisateur au moment du tournage) et le scénariste. Mais au lieu d'offrir à son personnage un peu d'oxygène dans une vie de frustrations continuelles, cette relation va un peu plus l'enfermer dans un cercle vicieux dont il aura bien du mal à s'extirper.

 

toxic Lovers


Alors qu'Humphrey Bogart voulait donner la réplique à Lauren Bacall (son épouse mais aussi partenaire dans plusieurs de ses films), Nicholas Ray impose Gloria Grahame, son épouse à lui, avec laquelle il entretenait une relation pas toujours très saine. A ce choix, Ray ajoute l'hacienda, résidence dans laquelle sont sensés vivre les deux personnages principaux, copiée sur sa propre résidence et donc celle de sa femme. Cette volonté transforme totalement le propos du film, qui oublie peu à peu l'intrigue policière pour s'intéresser aux relations du couple, double déformé (mais pas tant que ça) de Gloria Grahame et Nicholas Ray, l'espoir de l'une de connaître l'amour se heurtant en permanence aux accès de fureur froide de l'autre (qui renvoient directement aux problèmes de drogue que connaissait Ray à l'époque).
Dès lors, les meilleures scènes du film sont celles où Dixon Steele se laisse aller à ses pulsions, où la femme est souvent victime (notamment dans cette scène où il entre dans la tête du tueur et transforme son ami policier en arme potentiellement mortelle), jusqu'à un final grandiose qui balaie définitivement le whodunit d'un revers de bras et recentre magistralement la conclusion vers le personnage de Bogart.

Un très grand film donc, à la forme très noire et au fond très Noir, magnifié par la prestation d'un acteur très proche de son personnage et d'un réalisateur flirtant avec la mise en forme de sa propre vie.

Laurent Valentin








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Image :
C'est maintenant une habitude chez Sidonis Calysta, le travail sur le master est impressionnant. L'image habituellement granuleuse et souffrant parfois de multiples imperfections sur ces vieux films en noir et blanc, est ici somptueuse. Les noirs sont denses et impénétrables, appuyant magnifiquement le travail de l'équipe technique sur les zones obscures. Quant aux blancs, ils rayonnent et offrent un contraste saisissant. Plus qu'une remasterisation, une véritable résurrection.

 


Son :
La piste DTS, bien que mono, est vive et puissante. Et même si le travail est moins flagrant que pour l'image, et que le mono ne propose pas l'amplitude et la sensation d'enveloppement habituellement proposées sur le support bluray, le résultat n'en est pas moins remarquable.

 


Interactivité :
Comme pour ses autres titres, Sidonis Calysta propose une présentation du film par plusieurs spécialistes ; Bertrand Tavernier, qu'on ne présente plus, revient longuement sur les tenants et aboutissants du projet et offre des connaissances cinéphiliques qu'il est toujours aussi délicieux d'écouter. Patrick Brion, historien du cinéma, et François Guérif, spécialiste du cinéma Noir américain, complètent la présentation du réalisateur via moult détails qui donnent encore une fois beaucoup de relief au film.

Liste des bonus : Présentation par Bertrand Tavernier (27'48), Présentation par Patrick Brion (14'52), Bande annonce (2'23), Présentation par François Guérif (8'33), Galerie photos (1'16).

 
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