A MONSTER CALLS
Espagne / Canada / Etats-Unis / Royaume-Uni - 2016
Image plateforme « Blu-Ray »
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Réalisateur : J.A. Bayona
Image : 2.35 16/9
Son : Anglais et français DTS HD Master Audio 5.1
Sous-titre : Français
Durée : 108 minutes
Distributeur : Metropolitan
Date de sortie : 9 mai 2017
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
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LE PITCH
Conor a de plus en plus de difficultés à faire face à la maladie de sa mère, à l’intimidation de ses camarades et à la fermeté de sa grand-mère. Chaque nuit, pour fuir son quotidien, il s’échappe dans un monde imaginaire peuplé de créatures extraordinaires. Mais c’est pourtant là qu’il va apprendre le courage, la valeur du chagrin et surtout affronter la vérité…
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à la vie, à la mort

Qui a dit que l'enfance était le plus bel âge de la vie ? Terre d'incertitudes, c'est une période faite d'effrois et d'angoisses incontrôlables, de questions sans réponses et de violence permanente. Le cinéaste catalan Juan Antonio Bayona l'a puissamment saisi. Avec Quelques Minutes après Minuit, il signe un conte d'un noir profond, parfois très drôle, souvent tragique, pour ne pas dire morbide. Un exercice de style à la délicatesse certaine et à la beauté plastique assez saisissante.

Adapté du roman jeunesse de l'américain Patrick Ness, également coscénariste, la trame de Quelques Minutes après Minuit va à contre-courant de la représentation traditionnelle (hollywoodienne) de l'enfance. Ici, nulle atmosphère mièvre et sirupeuse, point de câlins tout doux. Quelque part au Royaume-Uni, dans une obscure banlieue pavillonnaire, grisâtre et pluvieuse, Conor, 12 ans, doit supporter la souffrance et les râles de sa mère, atteinte d'un cancer en phase terminale. Pis, sa grand-mère (glaçante Sigourney Weaver) l'étouffe, l'oppresse au plus haut point tandis qu'à l'école, on ne cesse de l'humilier et de le passer à tabac. Comment surmonter autant de coups durs au même moment ? En faisant jouer son imagination. Ca tombe bien, le long-métrage en déborde. Bayona s'était révélé, il y a près de dix ans, avec L'Orphelinat, un élégant film d'horreur inspiré de l'épopée de Peter Pan et dramatiquement très proche de deux joyeux de terreur gothique à l'hispanique : Les Autres d'Alejandro Amenábar et Le Labyrinthe de Pan de Guillermo Del Toro. On l'a retrouvé, en 2012, à la réalisation de The Impossible, un film-catastrophe assez bien troussé plongeant une famille au cœur du terrible tsunami qui dévasta les rives de la Thaïlande. Quelques Minutes après Minuit mêle donc deux influences : le goût du fantastique et le sens du spectacle.

 

démons intimes


L'œuvre évoque un fastueux livre d'images, empli de visions oniriques ou cauchemardesques. Bayona fusionne prises de vue réelles et séquences animées de façon fluide et hyper créative. Tous les soirs, quelques minutes après minuit, Conor a rendez-vous avec une créature dantesque : un arbre colossal à l'aspect humanoïde et à la voix d'outre-tombe (incarné, en motion capture, par Liam Neeson ; le choix parfait). Ensemble, à deux pas d'un cimetière, ils se racontent des histoires où il est question de culpabilité et de trahisons, de sorcières et de dragons, de maléfices et de mort. La grande faucheuse rôde, telle une ombre malveillante et menaçante, non loin de la maman de Conor (Felicity Jones, à l'affiche de Rogue One : A Star Wars Story). Et la grande énigme du film, c'est de savoir si Conor acceptera de lui dire au-revoir et de la laisser partir.

 

en plein coeur


Quelques Minutes après Minuit traite de sujets réellement éprouvants : le harcèlement psychologique, le deuil et la perte d'un être cher. Le quotidien de Conor n'a rien d'une partie de plaisir. C'est un chemin de croix brutal, mal aimable, suprêmement douloureux. Mais également grisant, enivrant et, d'une certaine manière, libérateur. L'intrigue parvient à transformer les failles en forces, les fêlures intimes en autant d'armes pour se défendre. Le petit garçon, incarné avec fougue par le prometteur Lewis MacDougall, ne vous laissera pas indifférents. On est à la fois émus et ébranlés, bousculés et fragilisés. Il nous arrive de rire aussi, lors de séquences cathartiques pleines de bruits et de fureur ou en la personne du père de Conor, qui apporte une relative bouffée d'oxygène dans un univers particulièrement mortifère. Cette épreuve de force traversée par Conor, le réalisateur nous la jette en pleine poire avec une conviction jusqu'au-boutiste qui impose le respect. Juan Antonio Bayona connaît ses classiques. A plusieurs reprises, son conte initiatique rend hommage au King Kong de 1933, chef-d'œuvre absolu, intouchable, dès qu'il s'agit d'invoquer la toute puissance de l'imaginaire. On ne peut non plus s'empêcher de penser au Tim Burton, époque Edward aux Mains d'Argent ou Sleepy Hollow, qui, d'un simple plan, savait faire jaillir une poésie teintée d'étrangeté, directement héritée de nos peurs ancestrales. Spielberg ne s'est pas trompé en annonçant Juan Antonio Bayona à la réalisation du prochain Jurassic World. On ne saurait dire si le monde lui appartient. En tous les cas, le cinéaste espagnol a su nous toucher en plein cœur.

Gabriel Repettati












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Image :
Filmé en digital et malgré une photographie fine et équilibré, le master HD n'arrivera jamais à en dissimuler totalement les défauts naturels avec des couleurs sans doute un poil trop effacé et un piqué particulièrement doux sur les seconds plans. Le tableau d'ensemble n'en est pas moins plein de qualité avec des séquences animées particulièrement puissantes et subtiles, des noirs profonds et une sensation constante et naturelle de relief.

 


Son :
Aucune réserve à avoir par contre avec les mixages DTS HD Master Audio 5.1, et en particulier la version originale, qui délivrent une expérience particulièrement puissante. Avec un dynamisme constant, et avant tout fluide et naturel, les pistes emportent le spectateur dans un déluge d'élans puissants (les pas du monstre...), vers des contrées fantastiques voir épiques (les passages animées) et rattrapent à chaque fois l'émotion du film avec une spatialisation tout en douceur mais des plus généreuses. Un dialogue entre la mère et la grand-mère dans la pièce voisine, les sonorités écrasées d'un hôpital sous la pluie, le vent dans les feuilles... vraiment beau.

 


Interactivité :
Revenu bizarrement à son nom d'origine pour sa sortie vidéo, A Monster Calls se dévoile dans une édition assez sobre, ne se lançant pas dans un immense documentaire ou une multitude de featurettes techniques. Ici on va à l'essentiel avec un petit making of bien brossé, découpé en petit chapitres thématiques (l'écriture, la mise en scène, le casting...) complétés par un détour sur les contes animés. Ca se regarde avec plaisir, mais ne rehausse jamais vraiment l'intérêt du spectateur à l'instar des petites scènes coupées, qui ne font que souligner quelques éléments déjà évoqués, mais avec la présence de la seule amie de Conor... entièrement coupée au montage, la pauvre.
Reste pour les plus cinéphiles, deux commentaires audio. L'un est réservé à J.A. Bayona qui partage son généreusement son savoir avec l'auditoire, s'arrêtant autant sur des questions techniques (cadrages, SFX...) que sur des questions plus humaines ou artistiques. Il s'avère bien plus intéressant que le second, enregistré par le romancier Patrick Ness, qui lui se concentre uniquement sur l'écriture avec quelques passages un peu trop silencieux. A noter que ce dernier n'a pas été sous-titré par l'éditeur.

Nathanaël Bouton-Drouard

Liste des bonus : Commentaire audio de J.A. Bayona, Commentaire audio de Patrick Ness (vo), Scènes coupées, Making of, Le dessous des contes, Bandes-annonces.

 
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