GARDE à VUE
France - 1981
Image plateforme « Blu-Ray »
Image de « Garde à vue »
Genre : Policier
Réalisateur : Claude Miller
Musique : George Delerue
Image : 1.66 16/9
Son : Français mono DTS-HD Master Audio mono
Sous-titre : Français pour sourds et malentendants
Durée : 84 minutes
Distributeur : TF1 Vidéo
Date de sortie : 25 octobre 2016
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « Garde à vue »
portoflio
LE PITCH
Le soir du 31 Décembre, dans les bureaux de la P.J., Maître Martinaud est convoqué pour témoigner sur l’assassinat de deux fillettes. Les inspecteurs Gallien et Belmont sont persuadés de la culpabilité de ce témoin et le mettent en garde à vue. Alors que l’enquête piétine et que l’épuisement se fait sentir, la femme de Martinaud plainte contre son mari. Quelle aubaine pour l’inspecteur Gallien qui croit tenir son coupable… et un notaire de surcroît !
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duel au sommet

Standard du cinéma de papa, classique du dimanche soir à la télé, le multi-césarisé Garde à Vue s'offre une seconde jeunesse en édition collector optimale. L'occasion parfaite de ré-assister à la remuante joute verbale opposant deux monstres sacrés du Septième Art : Lino Ventura vs Michel Serrault.

Libre adaptation du roman policier A Table ! signé du britannique John Wainwright, le 'huis-clos psychologique de Claude Miller résiste élégamment à l'épreuve du temps. Sur le papier pourtant, pas de quoi se pâmer. Une pesante unité de lieu et de temps, deux flics qui cuisinent un suspect dans une ambiance feutrée de théâtre filmé. Nous sommes à deux doigts de l'exercice de style pénible, voire carrément chiant. Or à l'écran, c'est tout l'inverse. La puissance dramaturgique qui se dégage de Garde à Vue repose justement sur la simplicité faussée de sa mise en place.

 

des apparences trompeuses


Une limpidité de traitement qui va peu à peu s'embrouiller, s'embrumer pour glisser vers des contrées bien plus poisseuses, obscures et inquiétantes. C'est la nuit et la pluie s'abat violemment contre les vitres du commissariat de Cherbourg. Un notable local a dû quitter précipitamment la petite sauterie du réveillon du Nouvel An car on le soupçonne de deux odieux crimes pédophiles. Ce notable, c'est Michel Serrault. Et il est magistral (César du Meilleur Acteur). Le comédien abandonne ici le répertoire comique pour se glisser dans la peau du fourbe Martinaud ; un notaire arrogant, pathétique et suprêmement angoissant. Aussi fuyant qu'une anguille. Face à lui ? L'impérial Lino Ventura alias l'inspecteur Gallien, flic expérimenté, intègre et opiniâtre. Un bloc de béton en apparence immuable, mais dont les convictions finissent par se fissurer, se consumer à petit feu. A mesure que défilent les minutes et que les questions tombent comme des couperets, le mystère s'intensifie et les secrets inavouables remontent à la surface. D'abord simple témoin puis suspect numéro un, Martinaud a-t-il, oui ou non, violé et assassiné ces deux petites filles ? Jusqu'au bout, Claude Miller laisse planer le doute, se refuse à donner une réponse claire. Le spectateur se fait chahuter entre déclarations mensongères, confessions obscènes, aveux forcés et brusques coups de théâtre. On navigue en eaux troubles dans une atmosphère étrange, putréfiée, cauchemardesque. Gagnés par l'épuisement, les personnages semblent tomber le masque mais l'énigme demeure totale jusqu'au dénouement aussi tragique qu'inattendu.

 

la crème de la crème


A l'origine destinée à Yves Boisset puis Costa-Gavras (qui se désistèrent), la réalisation de Garde à Vue fut confiée à Claude Miller. Belle idée. Le cinéaste, ancien assistant de Godard, Demy, Bresson et Truffaut, avait marqué les esprits grâce à son premier film, La Meilleure Façon de Marcher. Une œuvre intense, avec Patrick Dewaere, qui traitait d'identités sexuelles fragilisées et insufflait un malaise diffus. Ce sentiment de malaise imprègne chacun des plans de Garde à Vue. Dans ce commissariat de province qui se meut progressivement en une sorte de geôle mentale particulièrement glauque. Dans la personnalité perverse et visqueuse de Serrault. Dans les révélations de l'épouse bafouée (Romy Schneider, bouleversante, dans l'un de ses derniers rôles). Ou via les éclats de violence du deuxième enquêteur, un peu trop spontané et brut de décoffrage, campé avec éclat par Guy Marchand (qui remporta le César du Meilleur Acteur dans un Second Rôle).

Bénéficiant d'un budget conséquent et entièrement tourné en studios, Garde à Vue s'inscrit à la fois dans un classicisme noir et une modernité plus dérangeante. On songe souvent au Quai des Orfèvres d'Henri-Georges Clouzot (dont le scénario reprend même l'homonyme Martinaud) mais Miller parvient à s'en détacher en recourant à une série de flashbacks déroutants et en optant pour un hyperréalisme qui vire à l'onirisme malsain. Mieux, le cinéaste a su s'entourer de véritables cadors du métier. A la musique, Georges Delerue (Le Mépris, Le Conformiste, Platoon, Casino) qui livre une partition toute en tension refoulée. A la photo, le chef-op' Bruno Nuytten (Les Valseuses, Tchao Pantin, Jean de Florette, Manon des Sources) qui transforme les lieux en une arène bizarre et oppressante. Et aux dialogues ? L'immense Michel Audiard qui pour la première fois de sa carrière quittait les rails de la gaudriole pour arpenter des sentiers beaucoup plus opaques. Sa noirceur éclate au grand jour. Les confrontations brillent encore par leur vivacité, leur duplicité et leur caractère vicié. D'ailleurs, ce traitement de choc en amènera un autre puisque Miller, Audiard et Serrault collaboreront à nouveau, deux ans plus tard, avec Mortelle Randonnée, thriller stylé et singulier.

Gabriel Repettati














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Image :
Toujours un peu triste de voir comme une grande part du grand cinéma français est laissée de coté depuis l'avènement de la HD. Heureusement Pathé à ouvert la voie avec une superbe collection de « classiques » restaurés, et TF1 lui emboite le pas avec sa gamme Heritage. Là aussi l'idée principale est de redonner un écrin adéquate à des incontournables de la création hexagonale, comme ici Garde à vue. Un film inédit sur le support et qui se trimballe depuis quinze ans un master DVD déjà embarrassant à sa sortie. Et le travail fournit est évident, avec en premier lieu le retour du format original (1.66) non recadré, et à la palette chromatique volontairement froide, bleutée ou grise. Exit les visages rougeaux donc. On se rapproche admirablement de la volonté du chef op Bruno Nuytten (Possession) et ses éclairage au néon (une première). On est cependant très loin d'une image irréprochable, l'éditeur ayant fait le pari dans sa restauration de préserver coute que coute le grain très marqué de la pellicule, entrainant par la même quelques petits aplats de la définition. Une édition cinéphile donc et pas forcément ultra haute technologie.

 


Son :
La bande son a elle aussi été restaurée et installée confortablement dans un DTS HD Master Audio qui restitue avec limpidité le mono d'origine, d'une propreté nouvelle. A noter que pour des petits soucis techniques, une grande partie du film dû être postsynchroniseé après le tournage, et forcément cela donne une légère distance à certaines séquences.

 


Interactivité :
C'est comme si les responsable de la collection avaient trouvé immédiatement le ton juste. Rares sont les documents d'époque existants sur ce type de film français (scènes coupées, rushs...), mais le segment consacré aux coulisses du tournage, enregistré pour la télévision avec Ventura qui répond sérieusement et Serrault qui fait le clown, est bel et bien présent ; et rappel à quel point cela fait trop longtemps que l'on se farcit Michel Drucker (passons) ! Un petit document d'archive complété par un regard amoureux et légèrement analytique de Patrice Leconte sur la mise en scène discrète, mais incroyablement pensée, de Claude Miller.
Cependant le plus passionnant de l'édition résulte du croisement entre le livret extrêmement complet et documenté rédigé par Olivier Curchod (spécialiste de Jean Renoir) et un documentaire rétrospectif avec des inserts de l'une des dernières interviews de Miller. Deux manières passionnantes de revenir sur la naissance du film, la place centrale qu'il va avoir dans la carrière du metteur en scène mais aussi de Serrault, de décortiquer les petites différences avec le scénario, les prises de becs avec Audiard, la direction d'acteurs, les innovations techniques... Sérieux, précis et parfaitement accessible.

Nathanaël Bouton-Drouard

Liste des bonus : Livret retraçant l'histoire du film présenté par Olivier Curchod (56 pages), « Garde à vue, histoire d'un succès : Claude Miller dans la cour des grands » (36'), « Garde à vue, une exemplaire leçon de mise en scène : le regard de Patrice Leconte » (6'), Reportage sur le tournage avec interview de Lino Ventura et Michel Serrault (4'), Bande-annonce.

 
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