HIGH-RISE
Royaume-Uni, Belgique - 2015
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Genre : Science-fiction
Réalisateur : Ben Wheatley
Musique : Clint Mansell
Image : 2.35 16/9
Son : Anglais et français DTS HD Master Audio 5.1
Sous-titre : Français
Durée : 119 minutes
Distributeur : M6 Vidéo
Date de sortie : 24 août 2016
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
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LE PITCH
1975. Le Dr Robert Laing, en quête d’anonymat, emménage près de Londres dans un nouvel appartement d’une tour à peine achevée; mais il va vite découvrir que ses voisins, obsédés par une étrange rivalité, n’ont pas l’intention de le laisser en paix… Bientôt, il se prend à leur jeu. Et alors qu’il se démène pour faire respecter sa position sociale; ses bonnes manières et sa santé mentale commencent à se détériorer en même temps que l’immeuble : les éclairages et ...
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La Théorie des grands ensembles

Cinéaste anglais cultivant l'atypique, ou en tout cas en marge, n'ayant manifestement jamais opté pour la facilité après le grand succès de son premier long métrage, Kill List, Ben Wheatley s'attaque ici à l'œuvre du visionnaire J.G. Ballard, pour une satire sociale tranchante, implacablement malsaine et tristement intemporelle.

Même en n'ayant jamais ouvert un seul ouvrage du romancier british culte, n'importe qui à au moins connaissance de l'existence des deux adaptations précédentes de ses œuvres. Le déchirant et en partie autobiographique L'Empire du soleil (Steven Spielberg) et surtout le dérangeant Crash (David Cronenberg), dont le texte fait partie de ce que les critiques ont ensuite appelé La Trilogie de Béton s'achevant justement par High-Rise (I.G.H. en France). Une autre réflexion sur les relations ambivalentes de l'être humain avec l'environnement qu'il crée et le transforme, avec les dérives malades d'une technologie omniprésente et l'explosion définitive des réserves morales. Œuvre monde se déroulant dans une gigantesque tour autarcique, High-Rise est le rejeton direct de l'observation inquiète des jaillissements de gigantesques de blocs de béton massifs (on appelle cela le brutalisme...) devenant les Eldorado improbables de classes sociales aisées en quête d'isolement et de matérialisme. Forcément lié par ses ambitions et son rejet d'une quelconque zone de confort pour le spectateur à l'essai de Cronenberg auréolé d'un Prix Spécial du jury à Cannes en 1996, High-Rise le film semble pourtant bien plus proche d'une œuvre plus datée, le très bisseux mais décadent Frissons, dans lequel une même structure censée protéger classes moyennes et nouvelle bourgeoisie, un virus entraine chaos, frénésie sexuelle et retour à l'animalité.

 

Millenium People


Avec Ben Wheatley (Touristes, English Revolution) l'analyse se veut faussement plus classieuse, déroulant, dans un premier temps, une mise en scène extrêmement structurée, s'enfermant volontiers dans les lignes dures et froides des architectures typiques des années 70 (les trucs moches d'aujourd'hui), s'affirmant ouvertement comme un admirateur du cinéma de Stanley Kubrick (péridode Orange Mécanique). Les appartements sont beaux et neufs, le sol lustré, les sourires étincelants, tel que l'a rêvé le « grand architecte » (Jeremy Irons), pourtant incapable de pressentir que le dedans va rapidement reproduire en condensé les travers du dehors : hiérarchisation verticale des différentes classes sociales, revendications envieuses, comportements de petits seigneurs... Le cinéaste fait assister par le regard déjà distant de Tom Hiddleston (génial encore une fois) à une lente mais profonde montée en tension, avant que les dernières traces de vernis et de civilisation ne volent en éclats (tout comme la mise en scène, plus nerveuse) dans des effluves d'orgies, de sévices, d'actes de barbarie et de retours aux comportements primitifs, tribaux. Une apocalypse lente, une chute vertigineuse au ralenti, tiraillée entre fulgurances fantaisistes et une partition obsédante signée Clint Mansell (The Fountain). Un film puissant, fascinant et habilement construit qui oscille entre la métaphore intemporelle des dérives de notre espèce et une description satirique très épicée du décharnement empathique provoqué par l'ultralibéralisme contemporain. Choisissant de ne pas déplacer l'époque de l'action, High-Rise a la patine d'un film rétro-futuriste, mais souligne surtout constamment sa pertinence atemporelle et donc effrayante, non sans une bonne dose d'humour noir. Tout à fait logique donc que le métrage s'achève sur un extrait d'un discours gerbant de Margaret Thatcher, s'envolant tel une bulle de savon, au dessus d'un monde en décrépitude.

Nathanaël Bouton-Drouard










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Image :
Tout ici est fait pour mettre en avant le travail élaboré de la chef op Laurie Rose, collaboratrice incontournable de Ben Wheatley qui travaille les lumières avec froideur et les ténèbres avec chaleur. Le transfert est impeccable à chaque instant, délivrant une image pure et ferme, aux contrastes très maniérés, parfois glaçants, tout aussi puissant en pleines lumières que dans les pénombres. Le jeu sur les lignes de l'architecture n'en est que plus élégant, et la brutalité humaine plus sauvage. Compressé avec soin, le master HD assure dans le même temps un piqué pointilleux et tendu. Idéal.

 


Son :
Très riche, le mixage DTS HD Master Audio 5.1 se montre tout à fait à même de retranscrire à la perfection l'ambition sonore du film, voltigeant sans trébucher d'amorces musicales très frontales (les séquences de « fêtes », l'échappée sur une reprise mélancolique d'ABBA), tandis que la spatialisation est constamment sollicitée à la fois pour donner corps aux réverbérations du bâtiment et à la structure hiérarchique du lieu. Équilibré et toujours enveloppant, la piste est une vraie réussite. A noter que l'éditeur a glissé aussi pour les spectateurs ne possédant pas d'installation Home Cinema un Dolby Digital 2.0 tout à fait efficace.

 


Interactivité :
Etrangement, alors que les éditions anglo-saxonnes sont relativement chargées en terme d'interactivité avec une longue série d'interviews de l'équipe du film et un commentaire audio du réalisateur, en France il n'en reste presque plus rien. Plus qu'une seule featurette donc, donnant la parole au staff pour évoquer l'importance de J.G. Ballard et le travail d'adaptation en un peu moins de quatre minutes. Ce n'est pas inintéressant, mais en tout cas très court. Pour compenser cela, M6 Vidéo s'est tout de même fendu d'un supplément maison par un entretien complet avec Laurent Aknin (Mythes et idéologie du cinéma américain) autour du style et des thèmes du romancier. Un segment assez complet et passionné.

Liste des bonus : Adaptation de la vision de J.G. Ballard à l'écran (4'), A propos de J.G. Ballard (19'), Bandes-annonces.

 
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