COLLECTION DOUGLAS SIRK
Le Signe du Paien, Tout ce que le ciel permet, Ecrit sur du vent, Mirage de la vie - Etats-Unis - 1954 / 1959
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Réalisateur : Douglas Sirk
Image : 2.35 16/9
Son : Anglais et français DTS-HD Master Audio Mono
Sous-titre : Français
Durée : 405 minutes
Distributeur : Elephant Films
Date de sortie : 3 mai 2016
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
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portoflio
LE PITCH
An 450. Tandis que la guerre faire rage entre l’empire de Rome et celui de Constantinople, un centurion est capturé par les Huns, dont le chef n’est autre que le redoutable Attila. Dans une bourgade puritaine, une jeune et riche veuve s’éprend d’un pépiniériste d’origine modeste. Leur amour interdit va vite leur attirer les foudres de la communauté. Texas. Une famille de magnats du pétrole se déchire jusqu’à la mort, sur fond d’alcoolisme, de sentiments refoulés et de ...
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l'Âme du mélodrame

Il est des cinéastes décriés de leur vivant puis adulés une fois morts et enterrés. Douglas Sirk fait indéniablement partie de cette caste maudite. A l'instar d'un Joseph Mankiewicz, d'un Don Siegel, d'un John Frankenheimer voire même d'un Stanley Kubrick, Sirk fut longtemps considéré comme un habile faiseur à la solde des grands studios hollywoodiens; un réalisateur certes solide mais jugé un poil « gnangnan » et sans grande personnalité. Son univers si troublant, à la fois brûlant et délicat, traduit bien évidemment le contraire. Immense formaliste, observateur avisé de la fureur des sentiments amoureux, l'homme demeure le plus illustre représentant d'un courant cinématographique à nul autre pareil : le mélodrame.

Suite à une première fournée inspirée, l'éditeur « Elephant Films » rend une nouvelle fois hommage cet aristocrate du 7ème Art en éditant quatre autres de ses films : un péplum mortifère et rarissime (Le Signe du Païen), une tragédie pétrolifère et passionnelle (Ecrit sur du Vent) ainsi qu'un tandem de mélodrames dont la pureté romanesque n'a d'égal que la flamboyante magnificence stylistique (Tout ce que le Ciel Permet et Mirage de la Vie). L'occasion rêvée de se replonger dans l'art majuscule d'un réalisateur qui n'a jamais cessé de sonder les failles et fêlures du genre humain.

 

Double Lecture


A l'image d'Alfred Hitchcock, autre metteur en scène européen exilé à Hollywood (Sir Alfred était britannique ; Sirk, un Danois né en Allemagne), Monsieur Sirk est l'auteur d'une filmographie conséquente et multiple, célébrée sur le tard. Créateur engagé issu de la scène théâtrale et du mouvement expressionniste, homme d'opinion menacé et «blacklisté» par le régime nazi, le cinéaste fera ses armes en Europe avant de trouver refuge en Amérique pour y tâter de tous les genres alors en vogue au sein de « l'Usine à Rêves » : le drame bien sûr mais aussi le polar, le western, le film d'aventures et plus étonnant... le péplum. Longtemps resté dans les tiroirs, voire quasiment invisible aux yeux du monde, Le Signe du Païen porte pourtant, dans ses thèmes et dans sa forme même, tous les codes et les stigmates sirkiens. Le long-métrage s'inspire de l'épopée sanglante d'Attila le Hun pour mieux livrer, en sous-texte, une observation critique de l'époque (les années cinquante) dominée par la Guerre Froide et le choc des blocs. Des Barbares venus de l'Est s'y opposent à l'Empire Romain soi-disant civilisé. Et l'on ne peut s'empêcher de dresser un parallèle avec l'obscure période du Maccarthysme qui sévissait alors aux Etats-Unis, et notamment dans les rangs de Hollywood. On y décèle également l'omniprésence de symboles christiques : la croix y est synonyme de mort, comme pour amplifier le puritanisme de rigueur au cours des « fifties ».

Pure curiosité de cinéphile, Le Signe du Païen détonne dans sa construction et sa direction d'acteurs. Alors oui, le rendu visuel parait un peu vieillot, le scénario est parfois bringuebalant et prend pas mal de libertés avec la véracité historique, mais il se dégage du film un intense sentiment de chaos et de crasse. En raison de son parcours personnel, Douglas Sirk haïssait profondément la guerre. Les combats sont désorganisés. Son péplum est sale, imprévisible, boiteux, incertain. Quant à Attila (campé par le prodigieux Jack Palance, ex-boxeur, vétéran de guerre et accessoirement l'une des plus légendaires sales trognes de l'histoire du cinéma), il brille par sa ruse et son intelligence, mais une superstition incontrôlable le brûle de l'intérieur et entraînera sa chute. Le Hun semble perpétuellement régi par le doute et la terreur. Face à lui, Jeff Chandler incarne la droiture et la vertu, tandis que l'ex-danseuse étoile Ludmilla Tcherina (échappée des Chaussons Rouges et des Contes d'Hoffmann de Michael Powell) bouffe la pelloche avec sa stature de biche gracile et son élégance féline.

 

énergie baroque


L'œuvre de Sirk est dominée par la dualité, l'antithèse, l'opposition qui intensifie le côté pathétique des confrontations dramaturgiques. Chez lui, tout semble plus grand que nature. Les couleurs débordent de partout : baroques, chaudes, dans l'excès permanent. La séquence d'ouverture d'Ecrit sur du Vent est, à ce titre, on ne peut plus significative. Filmé en Cinémascope, un bolide rouge sang file à toute blinde à travers d'amples paysages urbains balayés par des bourrasques annonciatrices d'un orage dévastateur. Au bout de ce chemin zigzagant entre derricks et buildings, une luxueuse propriété : du verre brisé, un coup de feu, des hurlements. Un crime terrible... Ainsi débute ce drame fulgurant aux allures de film noir ; un exercice de style virtuose qui use de la boucle et du flashback pour mieux brouiller les pistes. Nous évoluons dans le giron familial d'un richissime magnat du pétrole. Deux fils s'y opposent. L'un, fils de sang (Robert Stack, sauvagement instable), est quotidiennement rongé par des pulsions autodestructrices. Alcoolique et borderline, il se juge bon à rien et ne cherche qu'une chose : l'amour de son père. L'autre, fils de cœur (Rock Hudson, LA star révélée par Sirk), se dessine comme l'héritier idéal. Oui mais...

Accompagnés d'un duo de comédiennes XXL (la classieuse Lauren Bacall et la perfide Dorothy Malone), ces Abel et Caïn du « Dirty South » évoluent sur un fil tendu au-dessus du précipice. D'une fluidité à couper le souffle, Ecrit sur du Vent oppose une fois de plus le vice à la vertu. Et bien évidemment, c'est le vice qui l'emporte par K.O : face à un Rock Hudson volontairement mièvre et sans relief (incarnation ô combien ironique de la réussite consumériste et de l' «American Way of Life»), l'incorruptible Robert Stack fait des étincelles. Sale gosse pourri gâté, à vif et grimaçant, ce personnage en creux symbolise toute la virulence du refoulement, de la névrose et du non-dit. Les zones d'ombre mènent la danse et Sirk orchestre ce ballet tragique et sordide avec l'acuité d'un oiseau de proie. On dirait Dallas sous anxiolytiques, Dynastie en mode coma éthylique. Puissamment incarnée, cette tragédie d'une noirceur diabolique file à la vitesse d'un éclair de chaleur s'abatant dans les vastes plaines du Texas. Pour mieux accentuer la démence larvée qui habite chacun des protagonistes, Douglas Sirk se sert de l'architecture comme d'un moyen de mieux intensifier les troubles de la psyché : surabondance des escaliers, symbole du va-et-vient émotionnel, jeux de miroirs magnifiant les thèmes du double et du masque. Son sens inné de la théâtralité sert subtilement le propos.

 

sortez les mouchoirs


On l'aura compris, Douglas Sirk est une figure essentielle du cinéma ; Un artiste unique encensé par bon nombres de réalisateurs prestigieux : Jean-Luc Godard, Martin Scorsese, François Ozon, Rainer Werner Fassbinder ou Todd Haynes. A ce titre, les deux derniers metteurs-en-scène cités ont chacun livré leur propre remake de Tout ce que le Ciel Permet, œuvre phare dans la filmo de Sirk et mélodrame absolu. Chez l'iconoclaste Fassbinder, il s'agissait du vibrant Tous les Autres s'appellent Ali qui auscultait les différences entre groupes socio-ethniques. Chez Todd Haynes ? Le bouleversant Loin du Paradis qui traitait de l'homosexualité et semblait se référer en écho à l'histoire personnelle de Rock Hudson, clinquante incarnation de la virilité qui fut toutefois l'un des plus célèbres et des tous premiers martyrs de la communauté gay à mourir du SIDA.

Dans le mélo, on évolue toujours à fleur de peau. D'ailleurs, c'est quoi un mélo ? Selon le dico, il s'agit « d'un genre dramatique populaire, héritier du drame bourgeois et du théâtre de foire, se caractérisant par l'emphase du style, l'exacerbation des émotions, le schématisme des ressorts dramatiques et l'invraisemblance des situations opposant des figures manichéennes ». On ne pourrait être plus précis. Tout ce que le Ciel Permet relate l'histoire d'amour impossible entre une riche veuve et un jardinier pauvre au sein d'une communauté bigote et étriquée. Vingt ans les séparent, ça risque de jaser... A chaque instant, Tout ce que le Ciel Permet flirte avec le « cul-cul-la-praline ». On vogue à deux encablures du « soap opera » et pourtant, la pureté dramatique qui s'en dégage remue les tripes. Primo, Sirk introduit des personnages féminins aussi forts, voire plus vaillants que les hommes. Deusio, ce mélodrame illustre, à sa manière, la fin du rêve américain et les frémissements d'un mouvement libertaire et proto-hippie (dixit le fringant Jean-Pierre Dionnet dans les bonus). Une fois de plus, le cinéaste oppose deux entités : dans une bourgade faussement paisible et idyllique, cage dorée superficielle et ultra-cloisonnée, deux amants maudits devront lutter contre la rumeur et les préjugés. Leur passion contre-nature survivra-t-elle à cet insoutenable parfum de scandale ? Rien n'est moins sûr. La symbolique du déchirement est omniprésente. La photo splendide, la redoutable précision de la colorimétrie, l'aspect irréversible de certaines situations... tout contribue à nous tirer les larmes. Et ça fonctionne.

Ca marche tout autant avec le second mélodrame de la collection : Mirage de la Vie. Considérée par la critique comme l'un des plus beaux films jamais tournés, cette œuvre étincelante aurait aisément pu virer à la catastrophe : sur une trame digne d'un roman à l'eau de rose, Sirk suit la destinée de personnages souvent archétypaux, attendus et lacrymaux. Mais la réalisation, sensorielle et singulière (on reste ébahis par le plan final ; séquence d'anthologie maintes et maintes fois étudiée dans les écoles de cinéma), la pertinence et la modernité visionnaire des thèmes abordés (les conflits de génération, les ambitions meurtries, le racisme et l'émancipation des femmes), permettent à Mirage de la Vie de se hisser sans heurts au-dessus de la mêlée. Et puis d'un point de vue purement cinéphilique, le long-métrage a vraiment son importance. Il s'agit des adieux de Douglas Sirk à Hollywood (il retournera œuvrer dans sa vieille Europe natale peu de temps après) et d'un déchirant chant du cygne. A la fois le sommet et le déclin du mélodrame dit classique qui fit le bonheur des grands studios durant toutes les années cinquante. Visionner un film de Douglas Sirk, c'est saisir l'instantané d'une époque donnée. C'est aussi et surtout contempler la pétrifiante beauté du monde.

Gabriel Repettati


















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Image :
Chaque film bénéficie d'une édition double Blu-Ray/DVD. On insistera ici sur la qualité des transferts HD. Une qualité plutôt variable. Concernant Le Signe du Païen, la copie est loin d'être parfaite. Nous voilà face à une ancienne restauration SD « boostée » en 1080p. Le piqué est assez flou, les détails manquent à l'appel et l'effet lissé est un peu trop appuyé. Mais la copie reste tout de même regardable, grâce notamment au format Cinémascope. Du côté de Tout ce que le Ciel Permet, c'est un peu mieux. Même si le transfert haute-définition se base sur une ancienne restauration adaptée d'une copie 35mm. Globalement, le nettoyage fait plaisir à voir même si l'on descelle pas mal d'impuretés et quelques points blancs et rayures verticales. On applaudira la mouture d'Ecrit sur du Vent. La définition est particulièrement nette, sans grandes impuretés. De loin, l'item le plus classe de la collection. Pour Mirage de la Vie, il s'agit tout bonnement de la meilleure version disponible sur le marché. Travaillée à partir du négatif original, l'image bénéficie d'une jolie texture, plutôt fine et dépourvue de vilains grains. On se fera un peu plus sévère quant à la profondeur de champ, ainsi qu'aux fondus au noir et aux fondus enchaînés. Perfectibles.

 


Son :
Pour Le Signe du Paien, une seule et unique piste proposée : l'originale. Le résultat est propre, faute de véritablement se démarquer : les aigus peuvent casser les oreilles, la saturation n'est jamais loin. Oubliable, donc. Pour Tout ce que le Ciel Permet, la version originale l'emporte haut la main, avec un rendu qui rend bien hommage au mixage originel. Très peu de souffle. Une version française légèrement vieillotte, en revanche. Concernant Ecrit sur du Vent, la version originale s'avère d'excellent facture, claire et dynamique. La piste française est correcte, mais plus anecdotique. Concernant, enfin, la copie de Mirage de la Vie, on constate la présence d'une remarquable VO, précise et profonde. On notera également une jolie subtilité lors des passages musicaux.

 


Interactivité :
Chacun des quatre films est introduit par le journaliste Jean-Pierre Dionnet. Avec sa gouaille habituelle, le créateur de Métal Hurlant, des Humanoïdes Associés, des Enfants du Rock et de Cinéma de Quartier(excusez du peu) s'en donne à cœur joie pour célébrer l'art majeur de Douglas Sirk. Avec son sens de l'emphase et de la formule qui claque, le zigoto insiste sur la puissance pérenne du cinéma de Sirk ainsi que sur le talent infini des techniciens avec lesquels aimait travailler cet empereur indétrônable du mélodrame.

Liste des bonus : Combos Blu-Ray/DVD (VF et VOST), présentation des films par Jean-Pierre Dionnet (15'), Douglas Sirk par Jean Douchet (15'), bandes-annonces, galeries photos, présentation de la collection « Cinéma Master Class : La Collection des Maîtres ».

 
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