LES 8 SALOPARDS
The Hateful Eight - Etats-Unis - 2015
Image plateforme « Blu-Ray »
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Genre : Western
Réalisateur : Quentin Tarantino
Musique : Ennio Morricone
Image : 2.35 16/9
Son : Anglais et français DTS HD Master audio 5.1, Français en audiodescription
Sous-titre : Français et français pour sourds et malentendants
Durée : 167 minutes
Distributeur : M6 Vidéo
Date de sortie : 25 mai 2016
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
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LE PITCH
Quelques années après la Guerre de Sécession, le chasseur de primes John Ruth, dit Le Bourreau, fait route vers Red Rock, où il conduit sa prisonnière Daisy Domergue se faire pendre. Sur leur route, ils rencontrent le Major Marquis Warren, un ancien soldat lui aussi devenu chasseur de primes, et Chris Mannix, le nouveau shérif de Red Rock. Surpris par le blizzard, ils trouvent refuge dans une auberge au milieu des montagnes.
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Le Grand Silence

Il serait mentir que de réfuter l'idée que chaque nouveau Tarantino n'est pas attendu avec une impatience aussi vigoureuse que commune à ses détracteurs et admirateurs. Rare cinéaste/auteur "nés" dans les 90's ayant emporté à la fois une adhésion populaire et un intérêt critique et cinéphile, Tarantino fascine autant qu'il agace, intrigue autant qu'il déroute, séduit autant qu'il répugne. Arrivant toujours, au bout de 8 films bien plus éclectiques que l'on voudrait/pourrait l'imaginer, à captiver une audience à la fois conquise et curieuse, son cinéma total, sans compromis et en constante évolution ne laisse aucune place à l'indifférence et fait à chaque fois couler énormément d'encre.

Projet ayant failli être abandonné suite à une fuite du scénario et à la colère (et non son égo) de Tarantino, Les Huit salopards, voit finalement heureusement le jour grâce à son auteur, ayant décidé d'écouter les voix de la raison et de la passion. Ce que ses personnages ne semblent pas si enclin que ça à faire. Héritier de Django Unchained, qui l'avait vu passer à la vitesse supérieure comme cinéaste, Les Huit salopards est à la fois une prolongation dans l'évolution de l'art de QT mais également un retour aux sources. Suivant une construction assez similaire à Reservoir Dogs - plusieurs personnages dans un lieu (quasi) unique, mais les deux films partagent bien plus que ça - le récit mené tambour bâtant accroche son spectateur dès les premiers plans d'une beauté absolue, pour le malmener, le tromper, lui mettre un bon gros coup de coudes en pleine figure et ceci avec son outil le plus fidèle : le dialogue pertinent et millimétré. Bien évidement les "Anti-Tarantino" accusent déjà le film d'être plus bavard qu'efficace, de s'écouter jouer, de ne proposer aucune mise en scène et de n'être qu'une fois de plus une façon pour QT d'affirmer son égo et de déballer son savoir faire de façon outrancière, mais il n'en est rien. Non. Sous ses apparences de film "bavard", Les Huit salopards est une petite pépite de mise en scène, de cadrage et de gestion de l'espace. Car ce conteur de génie et ce technicien talentueux qu'est Tarantino ne s'est jamais caché de ce qu'il était, contrairement à ses personnages ! Car c'est bel et bien le thème principal de son nouveau film : les faux-semblants !

 

en pleine tempête


8 types louches et une fille pas farouche dans une cabane dont personne ne peut sortir. Si dans un certain type de cinéma, ce postulat vaudrait son pesant de cacahuètes, ici QT va petit à petit abattre ses cartes avant de nous pousser à tapis. Les apparences sont trompeuses et au moins l'un des salopards n'est pas ce qu'il prétend être (mais n'était ce pas déjà le cas de ses chiens en y réfléchissant ?). Hommage entièrement assumé au chef d'œuvre de John Carpenter, The Thing (d'ailleurs le seul film que QT va montrer à l'équipe) qui voyait déjà Kurt Russell mettre en accusation ses compagnons d'infortune, prisonniers de la tempête et victimes du plus grand bodysnatcher de l'Histoire du cinéma fantastique, Tarantino n'en reprend pas que l'esprit mais également le ton. Si en apparence le film est un pur western, dont QT va en extirper les codes, voir le contexte historique comme l'avait fait Leone dans Le Bon, la brute et le truand, il règne une ambiance malsaine en filigrane penchant vers l'horrifique. Il va même jusqu'à voir son 8ème film comme une thérapie lui permettant d'exprimer ce qu'il a ressenti en découvrant le Carpenter sur grand écran !

De Carpenter à Sam Raimi (notez bien l'origine du mal), QT insuffle un fond complètement pourri et corrompu par le mal (dans le sens démoniaque) à chacun de ses personnages. John Ruth (Russell), chasseur de prime protagoniste prend finalement son pied à admirer ses victimes se balancer au bout d'une corde, le shérif Chris Mannix (fantastique Walton Goggins), symbole de la justice, possède un passé dégueulasse dont il est fier...et que dire du Major Marquis Warren (Samuel L. Jackson), croisement improbable entre un Django vieillissant et Hercule Poirot qui, ayant décimé des indiens qu'il déteste dans sa jeunesse, prouve qu'il est loin d'être blanc comme neige. Blancs, noirs, mexicains, pour Tarantino, contrairement à ce que peut en penser Spike Lee, nous sommes tous les mêmes, que ce soit pour le pire ou le meilleur, comme en témoigne ce magnifique plan de deux chevaux, l'un blanc, l'autre noir, galopant côte à côte, se partageant l'effort pour avancer dans une direction commune. Et ne l'oublions pas, c'est le même sang qui coule dans nos veines, un sang que QT et sa détestable bande vont s'amuser à répandre sur le sol.

 

l'hivers arrive


Bien que décriée, la violence chez Tarantino, qu'elle soit verbale ou visuelle n'est jamais gratuite et trouve toujours une justification dans l'évolution du récit ou la caractérisation de ses personnages. D'un monologue de Samuel L. Jackson envoyant directement aux oubliettes ses meilleures lignes de Pulp Fiction (et renvoyant dans son intention à la tirade des toilettes de Tim Roth dans Reservoir Dogs) à des exécutions en gros plans, Tarantino ne déroge pas à la règle d'allier une certaine exactitude comportementale - aucune raison que ces salauds prennent des pincettes - et une générosité filmique entièrement assumée. A l'image de son cinéaste, impossible pour le spectateur ouvert d'esprit de ne pas en apprécier Le fun qui découle de ces exécutions et de cette violence verbale. Comme il le dit si bien lui même : "La vie c'est la vie. Le cinéma c'est le cinéma. Je sais très bien que mes spectateurs, même les enfants, savent faire la part des choses et passent un bon moment".

S'éclatant aussi bien à l'écran que derrière son clavier, le spectacle proposé par QT est total ! Ressuscitant le format 70MM UltraPanavision comme un gamin pouvant désormais assouvir tous ses caprices en se payant les jouets qu'il veut, le format établi également d'emblée le défi technique (son cadre le plus large pour son espace le plus réduit) imposé et remporté haut la main. Des paysages enneigés (ce magnifique long plan sur l'image d'un Christ pris dans la tempête et n'ayant pas son mot à dire sur ce qui va se passer) à l'intimité d'une diligence, le 70MM éblouit l'écran et permet à Tarantino de jouer avec ses espaces, (incroyable scène de la guitare et du café), d'utiliser le hors-champs a bon escient, pour signifier que ce que le spectateur ne voit pas, les autres non plus. Autant de secrets et de manigances bien gardées !

Possédant grâce à Ennio Morricone une bande originale pour la première fois de sa carrière (ce qui ne l'empêche pas de piquer les morceaux Despair et Eternity de The Thing ainsi que le Regan's Theme de l'Exorciste II, tous écrits par Morricone), l'impression d'un certain accomplissement règne sur l'ensemble du métrage. Une sorte de confirmation du second souffle engendré par Django Unchained survenant à l'annonce plus que probable d'une fin de carrière prochaine. Comme si, à l'image de son sidekick Kevin Smith, l'affranchissement de certains gimmick pour arriver à un "classicisme" personnel symbole d'une maturité atteinte, arrivait en fin de parcours. Une dernière ligne droite poussant le duo qui a "construit Miramax" (et depuis quitté pour leur plus grand bien) à se surpasser. C'est ce que laisse en tout cas présager Les Huit Salopards, même si son chef-d'œuvre personnel Jacky Brown est derrière, il se pourrait que le meilleur soit à venir !

François Rey














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Image :
Comme pour l'édition américaine, on peine à savoir si la copie disposée en Bluray avec un transfert en 1080p est issue de la version numérique du film ou directement d'une capture du master 70mm. C'est dire si le résultat est bluffant de beauté et respecte à la lettre le travail admirable du chef op Robert Richardson. Les séquences extérieures, envahies du blanc légèrement bleuté d'une neige aveuglante, sont parsemées de dégradés somptueux, de paysages à la richesse renversante, d'un relief constant et habilement dessiné malgré des noirs volontairement massifs. Les intérieurs, plus étouffés, seraient presque plus spectaculaires encore, grâce au piqué qui délivre une masse de détails particulièrement riches, sculptés par les rais de lumières, la profondeur du plateau et une palette de teinte, trainant plus du cotés des marrons bois et des rouges. Tarantino a largement réussi son pari : rappeler toute la splendeur technique du tournage sur pellicule et certaines idées picturales n'ont rien à envier à l'âge d'or du Panavision !

 


Son :
Rien qu'avec la bande originale d'Ennio Morricone (une merveille qui mérite largement son Oscar), Les 8 Salopards impose dès les premières images son ambiance délétère, ironique, mais surtout légèrement angoissante. Bien entendu cette source, se mêle naturellement à une dynamique des dialogues qui repose intelligemment sur les dispositions spatiales des acteurs dans le cadre (et ça a son importance), tandis que les ambiances, omniprésentes, réussissent à passer d'une illustration frontale (la première heure) à une teneur enveloppante plus distance, mais omniprésente. Parfait.

 


Interactivité :
Pas toujours évident de suivre la logique éditoriale de Tarantino quand aux sorties de ses films en DVD ou Bluray. Quid de la très attendue version complète de Kill Bill ? Pourquoi le bougre n'a-t'il jamais enregistré de commentaire audio, même avec des camarades pour nourrir le tout ? Pourquoi autant de disparité entre les films ? Clairement, et très étrangement, Les 8 Salopards est au creux de la vague, avec seulement deux featurettes produites pour le disque US. Un petit making of cool mais promo et une belle séquence de promotion outrancière de Samuel L. Jackson pour vendre la tournée de la version pellicule 70 mm du film. D'ailleurs, pourquoi ne pas avoir proposé ce montage, considéré comme l'idéal pour le cinéaste, ou au minimum avoir disposé un segment montrant et explicitant les différentes variations (ouverture, cuts dans les dialogues) entre les deux moutures. Même pas sûr qu'une autre édition voit le jour dans un futur proche...
Et manifestement M6 Vidéo a trouvé aussi que cela faisait un peu chiche puisque notre édition française contient deux suppléments inédits et exclusifs enregistrés lors de la venue de l'équipe à Paris. Une petite série d'entretiens avec le réalisateur et les acteurs Kurt Russell (peu loquace tout de même), Walton Goggins et Tim Roth (pour le coup bien plus open), pour commencer, suivis par une captation de la conférence de presse. Et heureusement, on est loin ici du ton propre des featurettes, chacun revenant bien plus en profondeur sur les origines du film, l'écriture, la fuite sur internet, la conception des personnages et le besoin d'un challenge technique. Si l'on aurait voulu forcément que certains échanges soient poussés plus loin encore, il faut reconnaitre que c'est déjà un joli cadeau que nous offre là le diffuseur hexagonal.

Nathanaël Bouton-Drouard

Liste des bonus : Entretien avec Quentin Tarantino et les comédiens (18'), Avant-première à Paris (11'), Le « Grand 8 » de Quentin Tarantino (5'), Samuel L. Jackson présente le fabuleux Panavision 70mm (8').

 
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