L’ANNéE DU DRAGON
Year of the Dragon - Etats-Unis - 1989
Image plateforme « Blu-Ray »
Image de « L’Année du Dragon »
Genre : Policier
Réalisateur : Michael Cimino
Musique : David Mansfield
Image : 2.35 16/9
Son : Anglais DTS-HD Master Audio 5.1 & 2.0, Français DTS-HD Master Audio 2.0
Sous-titre : Français
Durée : 134 minutes
Distributeur : Carlotta
Date de sortie : 9 mars 2016
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « L’Année du Dragon »
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site officiel
LE PITCH
Le capitaine Stanley White, un vétéran du Vietnam au tempérament bien trempé, est l’un des flics les plus respectés de New York. Il est muté dans le quartier de Chinatown suite à l’assassinat du représentant de la communauté chinoise. White est persuadé de l’existence d’une mafia qui régit l’ordre du quartier et alimente le trafic de drogue. Il se lance dans une véritable croisade contre les dirigeants de cette soi-disant triade, elle-même rongée de l’intérieur. Malgr...
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L'oeil du chaos

Film d'un grand retour inespéré en 1985, L'Année du Dragon fut aussi les retrouvailles méritées de Michael Cimino avec le succès public. Lui qui n'avait rapidement pas hésité à imaginer les spectateurs, et en particulier américains, comme un auditoire exigeant, capable d'autocritique et amateur d'un cinéma total, s'était brisé la mâchoire à la sortie de son époustouflant Les Portes du Paradis.

Cinq ans de galère vont suivre pour l'un des plus grands du Nouvel Hollywood qu'il a involontairement enterré, enchainant les jobs de script doctor non crédités et les projets abandonnés. D'ailleurs, il va longtemps repousser celui de L'Année du Dragon, clairement peu transcendé par la lecture du roman de Robert Daley (auteur adapté par deux fois par Sidney Lumet avec Le Prince de New York et Dans l'hombre de Manhattan), avant de l'accepter, en partie par dépit, mais non sans exiger une liberté complète sur la réécriture. Presque entièrement réinventé par ses soins et par son extraordinaire coscénariste, Oliver Stone alors connu pour ses traitements de Midnight Express, Scarface et Conan Le Barbare, le texte permet alors aux deux hommes d'y tisser naturellement leurs réflexions communes et personnelles sur le vrai visage de l'Amérique.

 

une excellente cuvée


Mais à la base, L'Année du Dragon n'en reste pas moins une œuvre de commande, pilotée par le grand mogul Dino De Laurentiis, champion des films d'auteurs luxueux, et se sépare alors d'une grande partie des apparats de la mise en scène de Cimino. Une réalisation plus sobre, moins fulgurante, moins contemplative, où l'efficacité du polar noir est constamment ravivée par une violence, non complaisante, mais frontale, brutale et sèche. Incarnée dans un décor époustouflant (un Chinatown intégralement reconstitué en studio), habitée par un mélange d'ultra réalisme et de fantasme sur ces quartiers asiatiques, l'enquête est évidement on ne peut plus efficace. Mélangeant faits réels, incarnations historiques et formalisme brillant, il happe un spectateur scotché par le combat digne de Don Quichote, de Stanley White, détective jusqu'au-boutiste qui va ébranler la corruption galopante, malmener une hiérarchie empêtré dans la politique et révéler définitivement la place de la Mafia chinoise dans le joyeux paysages du gangstérisme américain. L'homme seul face à la machine, face à un groupe de truands plus nombreux et puissants que lui... Cimino va puiser sa réappropriation dans le western classique, rejouant dans un restaurant kitch un gunfight de saloon, achevant sa montée de violence par un duel sur une ligne de chemin de fer, mais toujours pour mieux revenir à la véritable nature de son film.

 

coup de griffe


Comme un prolongement des précédents Voyage au bout de l'enfer et La Porte du Paradis, le cinéaste n'en a pas fini de décortiquer le déclin du mythe américain, un rêve que White justement, incarné par le charismatique et explosif Mickey Rourke, veut retrouver, reconstruire, lui le vétéran du Vietnam. Les ponts entre les trois films sont évidents, et L'Année du Dragon souligne l'échec de la politique d'intégration si cher à ce jeune pays, confronté ici (mais cela aurait pu être une autre communauté) aux émigrants chinois, repliés en une communauté presque invisible. Taxé de racisme primaire, le film en est pourtant bien loin, ne cessant de rappeler l'importance fondamentale de cette population dans la fondation du pays, mais aussi le mépris poli de l'Histoire qui les a le plus souvent rayé des statistiques. Comme toujours Cimino attaque, désigne avec justesse, examine, mais n'a pas la prétention de faire du combat de son héros, polack «sur-intégré», un modèle unilatéral. Toujours à la lisière de tomber dans les préjugés, oubliant femme et nouvelle petite amie (métisse sino-japonaise justement) sur la route, et proprement véritable fouteur de merde régulièrement antipathique, il se voit à maintes reprises mis à terre, ou écarté de sa mission, le beau drapeau flottant mollement dans un lointain... trop lointain.

Incroyable western crépusculaire, sublime thriller policier construit avec une rigueur métronomique, fresque américaine dotée d'une photographie et d'une mise en scène renversantes, L'Année du dragon témoigne encore et toujours de la puissance du cinéma de Cimino.

Nathanaël Bouton-Drouard










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Image :
Avec sa nouvelle collection, Carlotta a mis à nouveau la barre haute comme le prouve le Bluray de L'Année du Dragon hérité d'un master entièrement restauré, scanné en 4K et encodé en 1080p au format respecté 2.35. En un seul mot : splendide ! Souvent malmené par la MGM jusque-là, le film nous parvient enfin dans toute sa splendeur, affichant un cadre quasiment immaculé (de toute petites pointes blanches se laissent voir) qui préserve coûte que coûte sa nature de celluloïd avec un léger grain organique sans être gêné par le moindre artefact. Les plans sont riches en détails, imposant un piqué massif, une profondeur enfin de retour, et les couleurs généreusement ravivées avec des contrastes sans glissements. Du travail d'orfèvre.

 


Son :
Dans le menu des choix sonores, l'éditeur propose trois pistes. Le doublage français d'origine dans un DTS HD Master Audio 2.0 propre et direct (même si les passages chinois / français contrastent beaucoup), mais aussi et surtout la version originale à la fois dans ce même mixage et en DTS HD Master Audio 5.1. Le mixage le plus sobre est idéal pour les puristes qui retrouveront l'efficacité initiale avec bien entendu un son limpide et une stéréo qui balance aisément sur les enceintes avant. Le nouveau dispositif, plus dynamique, reprend la même source mais déploie certains effets sur l'installation arrière et le caisson de basse, pour un résultat très moderne, mais jamais artificiel. Les ambiances de rues de Chinatown, la chanteuse dans un restaurant, les impacts de balles dans une fusillade, tout cela y gagne en efficacité et sert à merveille les compositions de David Mansfield.

 


Interactivité :
Avec le premier titre de sa nouvelle collection de Coffrets Ultra Collectors limités à 3000 exemplaires, Carlotta avait fait très forte impression, entre la qualité technique de l'objet, le design, la pertinence du livre et des bonus... Body Double était le must-have de la fin 2015 ! Tout aussi culte auprès des cinéphiles L'Année du Dragon mérite largement lui aussi un même traitement et se pare immédiatement d'ailleurs d'un superbe coffret cartonné imaginé par Midnight Marauder. Classe.

Du coté du livre cependant, le contenu se montre légèrement moins percutant que pour Body Double puisque là l'éditeur avait dégotté un authentique livre / making of totalement inédit. Ici, malgré la pertinence des choix et le luxe du volume (papier glacé, superbes photos), l'ouvrage s'avère une compilation de diverses sources. On retrouve donc l'intégralité du scénario (en anglais), ainsi qu'une reproduction du livret de notes de productions de l'époque. Deux beaux documents d'archives épaulés par une excellente analyse du film par François Guérif pour La Revue du cinéma, ainsi que les interviews de Mickey Rourke et Robert Daley pour la même revue, et une autre de Michael Cimino pour Les Cahiers du cinéma. Si les entretiens datent de 1985, ils ne s'en révèlent pas moins ultra intéressants, le cinéaste évoquant sans détour la production du film, l'adaptation, mais aussi les nombreuses critiques délirantes lors de la sortie du film et son regard sur l'Amérique, les médias et le cinéma. Rourke de son coté, moins mesuré, crache sur la presse américaine, sur les productions débiles d'Hollywood et déclame son amour du film et de Cimino. Souvent très drôle par sa franchise.

Même légère révision à la baisse sur le disque puisque seulement (?) deux suppléments vidéos sont présents. Comme toujours l'introduction de Jean-Baptiste Thoret est d'une rare pertinence, le critique, auteur de Michael Cimino Les voix perdues de l'Amérique, réussissant à donner en moins de dix minutes toutes les clefs pour comprendre le film. Impressionnant. Le second document est un enregistrement audio monté sur des extraits du film, et dans lequel il aborde tour à tour le choix du tournage en studio, l'utilisation d'extérieurs capturés dans le monde entier, sa relation privilégiée avec l'équipe d'origine asiatique, les alternances calculées entre l'anglais et le chinois, mais aussi la dernière scène du film. On y apprend en effet que le dernier échange entre Rourke et Ariane a dû être modifié à la demande du studio, pour quelques mots plus anodins. On vous laisse découvrir le véritable dialogue, bien entendu largement plus en accord avec les personnages et le sens du film.

Un poil en dessous du coffret Body Double, L'Année du dragon souffre de la comparaison, mais cela reste tout de même du très bel ouvrage et un objet auquel les amateurs de grand cinéma vont avoir bien du mal à résister.

Liste des bonus : Livre de 208 pages L'Ordre et le Chaos, Préface de Jean-Baptiste Thoret (8'), Au cœur du Dragon (27'), Bande-annonce.

 
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