C'EST ARRIVé PRèS DE CHEZ VOUS
Belgique - 1992
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Musique : Aucun
Image : 1.77 4/3
Son : Français 2.0
Date de sortie : 4 août 2009
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « C'est arrivé près de chez vous »
portoflio
LE PITCH
Faux documentaire où une équipe de journalistes suit Ben, un tueur, qui s'attaque plus particulièrement aux personnes âgées et aux personnes de classes moyennes. Peu à peu les journalistes vont prendre part aux crimes de Ben...
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Pulp fiction chez les belges

Consacré « film culte » dès sa sortie, déchaînant les passions chez les cinéphiles et objet de fascination ultime pour les jeunes vidéastes, C'est Arrivé près de chez Vous fait figure d'exception dans les productions cinématographiques francophones : film d'étudiant à la base, indépendant par sa nature et libéré de toute contrainte politique. Maintes fois censuré, mais toujours debout !

 

Tourné en 16mm dans le cadre d'un projet de fin d'étude, le long-métrage aujourd'hui culte C'est Arrivé près de chez Vous s'est vu pousser des ailes pour atteindre relativement facilement des objectifs qui n'étaient pas les siens au départ. Une sortie mouvementée en salles (affiche française censurée, scènes coupées à l'étranger, interdiction aux moins de 16 ans) ainsi qu'une sélection officielle à Cannes en 1992 (face à Reservoir Dogs ! Sacrée année... ndlr). Pas encore sorti, il déchaînait déjà les passions, littéralement encensé par certains, complément détruit par d'autres. Initialement, ce film se voulait être une parodie de l'émission belge (elle-même culte) Strip-Tease, avec sa vision décapante d'un monde bien réel (la télé réalité bien avant l'heure !) au travers de la vie de personnes poussées à la confession, parfois dérangeante. C'est Arrivé près de chez Vous relate précisément le tournage d'un documentaire centré autour d'un homme gagnant sa vie en tuant des gens et en volant leur argent. Sauf qu'ici, tuer est comme aller travailler, avec la routine qui va avec, son expérience, ses préférences, sa banalité et parfois même du plaisir. Ben, le héros de ce documentaire insolite, n'est finalement pas un mauvais bougre : il gagne sa vie, voilà tout. Ainsi, nous voyons Ben au travail, Ben avec sa famille (qui se trouve être la véritable famille de Benoit Poelvoorde), Ben qui s'amuse, et surtout Ben qui parle ; d'interminables monologues où il dévoile tous les défauts du monde : raciste, homophobe, sexiste et moralisateur. Ben a une opinion sur tout, aime passionnément l'art et le cinéma, et va jusqu'à établir des règles dans la pratique de lestage des corps immergés. Poète à ses heures et fin gourmet, il dévoile une certaine intelligence mais aussi une totale inconscience des choses l'entourant.

 

Nouvel empire

 

Si le film a fait scandale à l'époque, c'est qu'il se pose comme une œuvre immorale et montre les choses plutôt que de les esquisser, comme c'était le cas chez Kubrick notamment dans Orange Mécanique. C'est Arrivé près de chez Vous montre de façon très neutre et donc très brutale des meurtres (hurler subitement à l'oreille d'une personne âgée permet de provoquer une crise cardiaque... et d'économiser une balle !), des situations diverses plus ou moins choquantes (à l'hôpital, une infirmière est contrainte d'essuyer le derrière d'un vieil homme particulièrement insultant ; cinq minutes d'une réalité journalière difficile à accepter) et même une scène de viol en réunion, où un propos détaché s'ajoute systématiquement à l'action ; tantôt satirique, tantôt usant d'un humour très noir qui ne peut pas plaire à tout le monde. Car finalement, C'est Arrivé près de chez Vous choque par sa proximité, par des faits ignobles mais filmés de façon réaliste et donc véritables de par leur nature. Le tout accompagné par un Benoit Poelvoorde évidemment formidable, centre même de la narration, pour qui tuer ou violer sont des actes banals. Un Benoit Poelvoorde ici très impressionnant de par son jeu extrêmement réaliste. Dialogues semblant réels et totalement improvisés, regards malencontreux vers la caméra, sorties de champs impropres, prise de son aléatoire ; presque tout est calculé, écrit à l'avance et répété par l'équipe. L'intérêt de C'est Arrivé près de chez Vous ne se trouve donc pas nécessairement dans ses scènes délibérément rentre-dedans et complaisantes, mais dans son système de pensée libéré de toute contrainte morale, politique ou filmique.

Romain Dasnoy

 

 

 

 

 

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Image :

Filmé au format panoramique 1.75, cette petite production s'est donné les moyens de flirter avec le grand cinéma. Très belle image donc, pour un film plus réfléchi qu'on ne le pense. La présente édition restitue parfaitement la qualité originelle de l'image avec un contraste très satisfaisant, d'autant plus nécessaire que le film est en Noir et Blanc.

 

Son :

Le son mono d'origine a un peu souffert du portage numérique, malgré la remasterisation annoncée. La piste audio se laisse parfois prendre par de très légers parasitages, affublant alors quelques rares dialogues de voix robotisées, mais il faut tendre l'oreille pour réellement le ressentir. Dans l'ensemble, la profondeur de l'ensemble et la qualité du mixage sont vraiment très appréciables.

 

Interactivité :

Assez peu de suppléments dans cette édition et datant tous de l'époque de film, ce qui est un dommage. Il aurait été d'autant plus légitime et intéressant d'avoir des interviews des créateurs du film quinze ans plus tard, Rémy Belvaux et Benoît Poelvoorde en tête. Pour autant, quelques bonus méritent que l'on s'y arrête. Ramdam autour du film est un petit document sur la création du métrage.  En sept petites minutes, nous apprenons que tous les dialogues étaient écrits et que le jeu des acteurs (notamment Poelvoorde) était lui aussi écrit dans ces moindres détails. Le regretté Rémy Belvaux, principal réalisateur et scénariste, a également œuvré dans un storyboard a priori très complet avant le tournage. Un court-métrage est également évoqué, sorte de prémices à C'est Arrivé près de chez Vous : Daniel Daniel. Court-métrage fort heureusement disponible sur cette édition, qui se trouve être une fausse bande-annonce d'un film a priori complément barré, avec dans le rôle titre un tueur déjanté incarné par Benoit Poelvoorde. L'avant-première à Namur en 1992 , qui ne laissa pas de marbre le public après la polémique du Festival de Cannes, clôt ce cycle d'archives rattachées au film. En prime, une dizaine de scènes coupées et alternatives complète cette interactivité très plaisante.

 

Liste des Bonus : Ramdam autour du film (7'), « Pas de C4 pour Daniel Daniel » (12'), 10 Scènes coupées et alternatives, Avant-première du film à Namur (3'), B bande annonce (1'30).

 
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