QUI L’A VUE MOURIR ?
Chi l'ha vista morire ? - Italie - 1972
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Genre : Thriller, Horreur
Réalisateur : Aldo Lado
Musique : Ennio Morricone
Image : 2.35 16/9
Son : Italien 2.0
Sous-titre : Français
Durée : 90 minutes
Distributeur : The Ecstasy of Films
Date de sortie : 20 novembre 2015
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
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LE PITCH
France, 1968. Une jeune fille est assassinée à coups de pierre par une mystérieuse personne vêtue de noir. Quatre ans plus tard, à Venise, le sculpteur Franco Serpieri vit paisiblement avec sa maîtresse. Séparé de son épouse, il reçoit fréquemment la visite de sa fille Roberta. Mais un soir, celle-ci ne rentre pas. Le lendemain, on retrouve son corps dans un des canaux de la ville. La police se charge de l'enquête mais sans résultats. Franco, qui se sent responsable du drame, décid...
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Morts à venise

Bien plus discret que nombres de ses contemporains, Aldo Lado n'aura signé qu'une dizaine de longs métrages à une époque où les artisans travaillaient à la chaine. Peu de films de cinéma, mais un trio de classiques remarquables avec Je Suis vivant!, le culte Le Dernier train de la nuit et le très rare Qui la vue mourir ?, giallo brillant et envoûtant.

Pourtant lorsqu'il aborde ce nouveau giallo, après l'étonnant Je suis vivant !, Aldo Lado ne le fait que comme un exercice de transition. Un retour à un genre qu'il connait très bien grâce à sa première réalisation, mais aussi à sa participation, passée sous silence mais pourtant indéniable, à un certain L'Oiseau au plumage de cristal. Mais s'il est disponible, c'est uniquement parce que le tournage du Dernier tango à Paris de Bernado Bertolucci (il a été son assistant sur Le Conformiste) prend du retard et qu'il entend bien s'imprégner de l'âme de Venise avant d'enchainer avec la comédie dramatique La Cosa Buffa. Une simple œuvre de commande, or le film est resté quarante ans après dans les esprits comme l'un des grands classiques du giallo. C'est que le cinéaste est un véritable artiste, doué et solide, qui va toute de même s'emparer totalement du très bon scénario signé par le duo Massimo d'Avak / Francesco Barilli (Le Parfum de la Dame en noir, Pensione Paura) dont les aspects anti bourgeois et establishment résonnent forcément avec ses thématiques personnelles. Mieux, ayant grandi lui-même dans les ruelles de la belle Venise, il la connait comme sa poche, et se démarque d'ailleurs immédiatement des habituelles illustrations de carte postale. La ville émergée, ses canaux silencieux, ses venelles enchâssées, font de la cité dans Qui l'a vue mourir ? l'un des personnages prépondérants, constamment baigné dans une brume opaque, nimbé de crasse et de silhouettes inquiétantes. Une ville hors du temps qui dissimule des secrets inavouables, des êtres veules et manipulateurs, des comportements déviants prisonniers du silence.

 

laisse les gondoles


De quoi faire naitre une authentique menace qui pèse inlassablement sur la tête de la petite Roberta ( Nicoletta Elmi, LA bambini de La Baie sanglante, Les Frissons de l'angoisse...), gamine qui habite littéralement toute la première partie du film. Très habile dans ses choix de points de vue, usant même d'une « vue à la première personne » souvent trompeuse pour le tueur, Aldo Lado adopte alors celui de la fillette, filmant tout à sa hauteur, impliquant irrémédiablement le spectateur, conscient du destin funeste de l'enfant. De toute façon, de bout en bout, la réalisation est exemplaire, exposant de superbes cadrages, quelques séquences de meurtres admirablement chorégraphiées (la cage aux oiseaux...) et un va et vient toujours incertain entre l'aspect terre-à-terre, voir mécanique, de l'enquête du père (très bon George Lazenby, James Bond dans Au service secret de sa majesté) et une ambiance flottante, trouble, toujours à la limite du glissement de terrain. Un peu trop souvent résumé justement à ce fantastique pictural, qui a immédiatement influencé le Ne Vous retournez pas de Nicholas Roeg tourné l'année suivante, Qui l'a vue mourir ? est bien plus que cela. Un véritable tour de force stylistique dans lequel s'engouffre Aldo Lado semblant constamment rebondir sur les ritournelles faussement enfantines de l'illustre Ennio Morricone. Des voix d'enfants qui entonnent une comptine qui donne son titre au film, mais dont l'innocence a déjà été arrachée, devenant surtout une invocation scandée, signalant l'apparition du tueur pédophile, ou venant ponctuer en contrepoint l'action. Les scènes les plus mémorables ne sont pas toujours les plus spectaculaires, mais plutôt celle qui marient avec un certains sadisme les pulsions d'Eros et Thanatos comme lorsque le crime originel est monté en parallèle avec des échanges charnels dans une chambre à quelques mètres de là. Un acte central auquel Qui l'a vue mourir ? ne cessera de répondre par la perversité des multiples suspects, où cette superbe scène de retrouvailles charnelles entre le père et la mère où des larmes viennent glisser doucement sur leurs joues. Une troublante histoire d'un deuil.

Nathanaël Bouton-Drouard














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Image :
Jeune éditeur indépendant apparu il y a maintenant trois ans, The Ecstasy of films met un point d'honneur à délivrer à chaque sortie la plus belle copie possible de ses films. Même quand cela n'est pas forcément évident, notamment lorsque l'on s'attaque aux thrillers italiens des 70's. Longtemps invisible en France Qui l'a vue mourir ? nous parvient dans une assez jolie copie assurant des couleurs bien tenues, des scènes nocturnes qui s'accrochent efficacement et un piqué général plutôt correct. Forcément quelques scories de pellicule viennent se rappeler à notre souvenir et la brume vénitienne bouscule la compression (normal pour de la SD) mais cela reste du bon matos.

 


Son :
Seule la version italienne est disponible ici. Pas de vf ni de doublage anglais (le film fut pourtant tourné dans cette langue) ce que regretteront certains même si, à la rédaction on préfère toujours le coté chantant des ritals. Le mono d'origine est respecté et la piste se montre assez claire ne laissant entendre que de rares instabilités et effets de souffle.

 


Interactivité :
Depuis ses débuts The Ecstasy of films s'efforce de fournir systématiquement des bonus aguicheurs. De titres en titres, le contenu se révèle de plus en plus complet comme l'atteste le DVD en question ici. Toujours serti dans un joli fourreau stylisé comprenant des jaquettes réversibles nostalgiques pour les anciens clients des vidéoclubs et des bacs promos VHS, mais aussi un livret analytique de 20 pages, la galette propose trois longues interviews permettant de découvrir les petits secrets derrière la fabrication du film. Celui qui ouvre logiquement le bal c'est le loquace Aldo Lado, toujours aussi intéressant à écouter qui évoque l'état d'esprit du cinéma italien de l'époque, les étranges systèmes de productions et quelques souvenirs de tournage tout autant que son étonnement quand à l'aura dont profite sa filmographie aujourd'hui encore. Plus léger, la fameuse Nicoletta Elmi, LA gamine du ciné de genre désormais moins juvénile, revient sur ce qu'elle considère comme une partie particulière de sa vie. De ses passages dans la pub à ses différentes participations chez Argento, entre autres, à son enfance sur les plateaux, elle se remémore ses rencontres avec chaleur et humour. Enfin, le scénariste Francesco Barilli vient conclure le programme, mais avec un ton bien moins jovial. Semblant un peu aigri quand à ses rapports avec le cinéma italien, il n'hésite pas à critiquer certaines libertés prises avec son script, déboulonne carrément Umbert Lenzi (qui a signé un Au Pays de l'exorcisme calamiteux) et regrette la frilosité des producteurs locaux. Un peu mégalo le bonhomme, mais il éclaire tout de même les difficultés d'un artiste ambitieux se heurtant à des productions à l'économie. A noter une fois encore que l'édition est limitée à seulement 1000 exemplaires. Ne la ratez pas !

Liste des bonus : Rouge Vénitien : entretien avec Aldo Lado (35'), L'enfant des ténèbres: entretien avec Nicoletta Elmi (24'), Écrire en noir: entretien avec Francesco Barilli (14'), Bande-annonce originale, Livret de 20 pages : Jérôme Pottier (Analyse du film) et Lucas Giorgini (Analyse de la B.O), Jaquette réversible.

 
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