GARçON D’HONNEUR / SALé SUCRé
Xi Yan / Yin Shi Nan Nu - Taïwan / États-Unis - 1993/1994
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Réalisateur : Ang Lee
Musique : Mader
Image : 1.85 16/9
Son : Mandarin et français DTS Master Audio 2.0
Sous-titre : Français
Durée : 227 minutes
Distributeur : Carlotta
Date de sortie : 25 novembre 2015
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
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LE PITCH
Taïwanais naturalisé américain, Wei-Tong habite à New York avec son compagnon Simon. Ses parents, restés en Asie, ignorent son homosexualité et font tout pour lui trouver une femme. Simon a alors une idée : que Wei-Tong épouse Wei-Wei, sa locataire chinoise en quête d’une carte verte. C’est alors que les parents de Wei-Tong débarquent à New York pour le mariage… M. Chu est le plus grand chef cuisinier de Taipei. Veuf depuis seize ans, il élève seul ses trois filles : Jen, pro...
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la gloire de nos pères

Cinéaste taïwanais largement bien installé à Hollywood, Ang Lee continue de cultiver, aujourd'hui encore, cette double culture, pont sensible mais souvent pertinent entre le monde et la morale chinoise, et la modernité et le spectaculaire américain. N'en déplaise aux succès commerciaux qu'ont été des productions comme Tigre et dragon, Hulk ou plus récemment L'Odyssée de Pi, l'homme n'est jamais aussi juste et touchant que lorsqu'il se débarrasse des oripeaux de la stylisation pour s'approcher au plus près de ces personnages.

La preuve avec le superbe Brokeback Mountain (jamais ridicule et pourtant c'était risqué), The Ice Storm ou l'admirable Raison et sentiments. Une adaptation du classique de Jane Austen qui justement répondait directement, mais avec la touche anglaise, aux réflexions que le cinéaste avait déjà exploré dans les précédents Garçon d'honneur et Salé Sucré : le carcan des convenances, le lien brisé avec les parents, l'émancipation, l'acceptation de sa différence... Des thèmes universels et intemporels en somme, que justement Ang Lee approchait alors avec ses propres souvenirs personnels, faisant d'ailleurs du vénérable Sihung Lung la figure paternelle de chacun et un véritable reflet à la fois autoritaire et aimant de son propre père. La chaleur, la douceur ressentie à chacun des deux films est ainsi facilement explicable, et permet de rendre l'ensemble des personnages, toutes générations confondues justement, immédiatement attachants.

 

mariage blanc


Ce qui en 1993 n'était pas forcément aisé lorsqu'une coproduction taiwanaise s'attarde sur un couple homosexuel, pluriculturel en plus, vivant pleinement leur amour sur le continent américain. Excessivement culotté pour l'époque et surtout doté d'une très belle sensibilité pour réussir à transformer un sujet tabou, Garçon d'honneur est une comédie de mœurs pleine d'esprit, de fraicheur et qui surtout ne met jamais ne serait-ce qu'un bout d'orteil dans la caricature. Il y a bien entendu une grande dose de vaudeville dans ce couple obligé de se cacher pour ne pas heurter les sensibilité des parents en visite surprise, d'organiser un faux mariage avec la charmante Wei-Wei alors que celle-ci a toujours eu un faible pour Wei-Tong, fournissant les habituels quiproquo, dialogues dissimulées et complications de dernières minutes. Mais clairement sous les dehors joviales et surtout l'effervescence d'un mariage typiquement chinois (et donc à deux doigts de la rupture orgiaque), Garçon d'honneur ne cesse de raconter les retrouvailles presque impossibles entre les parents chinois, encore pétris des valeurs familiales et d'honneur, et les enfants totalement imbibés dans l'individualisme du monde du capital. Parfois un peu longuet dans ses petits élans mélodramatiques, mais toujours d'une justesse profondément humaine et empathique. Et au passage un succès phénoménal à Taïwan justement, battant même un certain Jurassic Park, et qui permit l'ouverture d'un véritable débat de société sur la place des homosexuels.

 

secret de cuisine


Si dans Garçon d'honneur, le jeune Wei-Tong avait choisit de traverser les océans pour mettre de la distance entre lui et ses parents, les trois sœurs de Salé Sucré vivent toujours sous le même toit que leur père, à Taïwan. Pourtant malgré la proximité physique, une même barrière semble les séparer. Un gouffre de silence, qui se perçoit immédiatement par le contraste entre la méticuleuse préparation de plats traditionnels par Chu (qui est grand cuisinier) et l'incapacité de sa progéniture à en mesurer le luxe à l'heure du repas. Sans atteindre le spectaculaire des séquences du Festin chinois de Tsui Hark, les scènes de cuisine signée Ang Lee font preuve du reste d'une superbe maitrise, d'une grande précision dans le montage, soulignant la place centrale du goût et de la transmission culturelle par ce biais au sein de la société chinoise. Même dans Garçon d'honneur les séquences de repas étaient celles où tout, ou presque, ce jouait. C'est plus vrai encore dans Salé sucré, et le plus souvent avec une touche d'humour décalé, ironique, lorsque chacunes des sœurs annoncent leur mariage pour s'échapper le plan d'après sur le scooter du chéri en question. De très jolis moments, en particulier l'ultime repas qui tourne à la catastrophe, et qui donnent un peu de relief à une chronique sentimentale douce-amère, délicate, mais parfois un peu trop classique.

Nathanaël Bouton-Drouard












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Image :
Disponibles jusque-là en HD uniquement sur le territoire chinois, Garçon d'honneur et Salé sucré, se sont pris tout de même vingt ans dans les dents, et malheureusement ça se voit. Si l'on se souvient des copies proposées un temps en DVD, le travail de restauration est effectivement notable, avec une atténuation ferme du grain neigeux, de nombreuses traces disparues et une rehausse de la colorimétrie. Certains plans sortent grands gagnants (souvent les intérieurs) avec un piqué assez solide et une légère profondeur du cadre, mais d'autres n'arrivent pas à se départir du léger flou de la photographie de l'époque, d'amalgames sur certaines matières et de quelques baisses de régimes en extérieur ou basse luminosité.

 


Son :
Comme pour l'image, les pistes sonores ont été retravaillées pour l'occasion et compressées sur des mixages DTS HD Master Audio 2.0. La dynamique est bien entendu assez discrète, laissant tout de même apparaître quelques petits effets latéraux, et l'ensemble se concentre essentiellement sur la restitution des dialogues et des thèmes musicaux. Quelques petites faiblesses parfois, mais l'ensemble est plus que confortable.

 


Interactivité :
Pour des films relativement disparus des radars après leur petite heure de gloire dans les années 90, on ne s'attendait franchement pas à ce que l'éditeur Carlotta propose une section bonus aussi garnie. Ainsi le disque de Garçon d'honneur s'ouvre sur une interview croisée entre Ang Lee et le producteur James Schamus, permettant de revenir sur leur rencontre et surtout leur première collaboration Pushing Hands. Ils se séparent ensuite pour explorer chacun de leur coté leur vision de Garçon d'honneur, exercice qu'ils reproduiront à l'identique, et avec la même bonne humeur, sur le disque de Salé Sucré. A chaque fois les propos éclairent véritablement les métrages, explorant les thématiques culturelles et les particularismes de ces entreprises indépendantes. A ce programme on doit en outre ajouter une rencontre étonnante avec Mitchell Lichtenstein, l'américain et « Garçon d'honneur », et un making of d'époque pour Salé Sucré. Sachant que chacun de ces segments tourne autour des vingt minutes, il y a de quoi faire.

Liste des bonus Garçon d'honneur : « Taïwan et New York : Ang Lee et James Schamus racontent le début de leur collaboration » (23'), « Valeurs familiales : Ang Lee à propos de Garçon d'honneur » (25'), La comédie du remariage : James Schamus à propos de Garçon d'honneur » (21'), Le garçon d'honneur : Mitchell Lichtenstein à propos de Garçon d'honneur » (20').
Liste des bonus Salé Sucré : « L'essence de la vie : Ang Lee à propos de Salé sucré » (22'), « Father Knows Best : James Schamus à propos de Salé sucré » (12'), Making of (19').

 
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