MACBETH & OTHELLO
Etats-Unis - 1948/1952
Image plateforme « Blu-Ray »
Image de « Macbeth & Othello »
Genre : Drame
Réalisateur : Orson Welles
Image : 1.33 4/3
Son : Anglais DTS HD Master Audio 2.0 et 1.0
Sous-titre : Français
Durée : 212 minutes
Distributeur : Carlotta
Date de sortie : 5 novembre 2014
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « Macbeth & Othello »
portoflio
LE PITCH
Macbeth : 11è siècle. Une contrée plongée dans la brume, pelée et macabre. Un noble écossais, influencé par une sombre prophétie et par sa belle mais redoutable jeune épouse, est conduit à commettre un acte de trahison qui va le rendre Roi. Mais il n’apprécie guère sa couronne si chèrement acquise… Othello : Nègre mercenaire, le « Maure de Venise », Othello, est devenu général de la flotte vénitienne. Il a enlevé puis épousé Desdemone, fille d’un sénateur, qui p...
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Monstres sacrés

Lorsque deux légendes comme William Shakespeare et Orson Welles se rencontrent, cela crée forcément une tempête créative, mais aussi des réactions épidermiques chez certains. Conspuées, adulées, boudées, admirées, les adaptations de Macbeth et Othello par le créateur de Citizen Kane, restent des œuvres colossales.

Artiste total, Orson Welles aura œuvré aussi bien à la radio (sa fameuse lecture de La Guerre des mondes, entres autres), au cinéma, mais aussi et surtout au théatre, exercice qu'il maitrisa très jeune autant en tant qu'acteur que metteur en scène. C'est dire si sa relation avec William Shakespeare date de ces premiers pas d'artiste, Welles le considérant même comme l'homme le plus important de l'histoire de l'humanité. Il le revisitera tout au long de sa carrière, mais toujours avec un respect qui n'exclut absolument pas les relectures, les adaptations, voir les compilations de textes, toujours pour offrir une modernisation du texte et un regard contemporain. Sa mise en scène de Macbeth Vaudou que Welles avait transposé à Haïti avec des acteurs noirs dès 1936, est devenue particulièrement célèbre pour le magnifique symbole qu'elle représente, tout autant que sa transposition de César dans le contexte fasciste en 1939. Mais l'arrivé de sa vision de Shakespeare au cinéma est largement moins bien accueillie, autant à cause d'un protectionnisme culturel mal placé (on ne touche pas aux classiques !) que par un cinéma totalement anachronique autant par ses liens avec un expressionnisme très proche du cinéma muet (on pense beaucoup à Dreyer) et un avant-gardisme (montage, travail du son) considérable. A l'heure où la belle industrie se gargarisait devant le Hamlet académique de Laurence Oliver, Orson Welles fait tache.

 

"pour tromper le monde, ressemblez au monde"


Même si son Macbeth et son Othello, respectivement ses cinquième et sixième longs métrages, ne résultent pas du même dispositif de mise en scène, ils approchent les tragédies originales avec la même audace. Le réalisateur y retravaille intégralement les vers pour les déplacer, les recombiner, opérant de considérables coupes dans ce que certains considère intouchable, à la fois pour les faire correspondre à son point de vue, mais aussi pour leur donner une authentique sensibilité cinématographique. Le comble, Welles choisit même par moment d'éluder le verbe au profit de l'image, comblant le sens par la photographie, voir de rendre certaines phrases presque inaudibles pour que le spectateur se concentre sur le jeu des acteurs qu'il dirige en tête d'affiche. Le résultat est souvent décontenançant, mais passionnant et brillant, le génie derrière La Soif du mal opposant le faux immobilisme d'un phrasé séculaire avec un montage percutant, fiévreux, des décadrages sublimes où s'imposent peu à peu une sensation d'enfermement en totale adéquation avec les thématiques de l'ambition dévorantes (Macbeth) et de la jalousie maladive (Othello) qui nourrissent les pièces. Le réalisateur bouscule le dramaturge, mais toujours avec un amour et une fascination évidente, en démontrant une compréhension profonde.

 

"en le suivant, je ne suis que moi-même"


C'est pour cela d'ailleurs que pour son éblouissant Macbeth (dans son montage de 48), il retourne à une scénographie presque primitive, encastrée dans un décor irréaliste et symbolique, ourdit ses acteurs d'un accent écossais pesant, pour donner corps à un conte horrifique païen, comme le récit d'un crime primordial véhiculé par sorcellerie. Tourné en seulement 21 jours pour la petite société Republic Picture (spécialisé dans le serial et le western de seconde zone) c'est une performance puissante et fiévreuse. Plus inégale, Othello aura eu une production bien plus complexe, s'étalant sur quatre longues années, Welles devant accepter des contrats d'acteurs afin de faire progresser laborieusement les prises de vue. Enregistré entre Venise (les plus beaux cadrages), Rome, la Toscane, le Maroque, avec parfois une même séquence combinant astucieusement des images prises à des milliers de kilomètres de distance, il montre un acteur moins habité, plus en retenu dans son interprétation du générale maure. Mais cette inabituelle discretion est largement compensée par la performance magnétique de Micheál MacLiammóir (grand acteur shakespearien et collaborateur de longue date de Welles) en Iago, symbole même de la trahison comme outil naturel. Le premier avait été entièrement tourné en lieu clos, le second presque intégralement en extérieur (sauf le final qui souligne le cloisonnement définitif du personnage titre), mais les deux semblent constamment habités par la folie autodestructrice de ses personnages, servis par le génie combiné de William Shakespeare et Orson Welles.

Nathanaël Bouton-Drouard










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Image :
Les deux films ayant connu plusieurs versions, remontages, retouches de sons et voir même pour Othello, un tournage disparate, il n'a pas du être si évident de retrouver des copies de bonnes tenues et de leur redonner une uniformité totale dans la remasterisation. Pourtant les deux métrages sont ici présentés dans des conditions extrêmement confortables, avec une compression 1080p et un encodage solide AVC, et une facture globale assez impressionnante. L'image a bel et bien été nettoyée des principales traces des années, les noirs et blancs ré-étalonnées, le tout combiné avec un mélange de réduction de grain et un maintien naturel de ce dernier qui offre de très belles choses. Après c'est clairement Macbeth qui s'en sort le mieux avec des noirs somptueux et surtout une matière argentique magnifique, tandis qu'Othello se révèle moins constant, certaines séquences semblant plus effacées que d'autre. En tout cas cela reste de la restauration de grande qualité.

 


Son :
Même problème ici puisque le son des deux métrages a plusieurs fois été resynchronisé, remanié et déplacé. Proposé en DTS HD Master Audio 1.0 pour Macbeth et 2.0 pour Othello, le résultat est parfaitement équivalent avec une frontalité logique pour des productions des années 50, avec forcément un travail remarquable sur la netteté, même si les superpositions sonores de Welles et les trifouillages donnent parfois quelques sections encore un peu grésillantes ou étouffées.

 


Interactivité :
Disponibles en coffret ou à l'unité, les éditions de Macbeth et Othello n'en restent pas moins un véritable évènement cinéphilique, rendant enfin toute leur gloire à d'authentiques classiques d'Orson Welles, mais aussi deux adaptations indispensables de Shakespeare. Logique donc qu'ils soient réunis côte à côte (le boitier est en plus très classieux). Logique aussi que Carlotta ait mis les bouchés doubles pour confectionner une édition imposante et quasi-définitive. L'édition de Macbeth reprend d'ailleurs directement tout le matériel qui avait été produit en 2005 pour le DVD collector de Wild Side Vidéo avec le second montage (restauré lui aussi) sur un second disque HD, auquel répond une analyse précise et documentée des deux versions par François Thomas. Les visages de Macbeth sont multiples comme le confirment les quelques minutes capturées de la représentation théâtrale Macbeth Vaudou, et l'enregistrement discographique d'une seconde version sur scène de 1940 produite avec la troupe du Mercury Theatre. Répondent aussi toujours présents les entretiens analytiques avec Jean-Pierre Berthomé (spécialiste de Welles ) et Stuart Seide (metteur en scène de théâtre). A cela s'ajoute un inédit entretien avec l'acteur Denis Lavant, qui porte un regard passionné sur le jeu des acteurs et le dispositif visuel.

Peut-être un peu plus légère (quoi que) l'édition d'Othello se montre tout aussi pertinente même lorsque par la force des choses Carlotta a été obligé d'opter pour le seul et unique montage recomposé de 1992, que Joseph McBride n'hésite pas à critiquer par certain choix trop modernistes (musique, bruitages) dans la longue interview qu'il prodigue dans « Perspectives sur Othello ». Un document vidéo très complet dans son approche, évoquant autant le tournage compliqué du film, la vision de Welles sur l'art de Shakespeare et un travelling sur l'ensemble de la carrière du cinéaste, d'autant plus rigoureux que le journaliste avait finit par sympathiser avec Welles. Dommage par contre que le monsieur ait un phrasé aussi laconique et monocorde... Disposé aussi sur le disque Bluray, le court métrage Return to Glennascaul est le témoignage de l'une des activité de Welles pendant la longue gestation de son film « maudit », celui-ci participant amicalement au court métrage réalisé par l'acteur Hilton Edwards, incarnant Brabantio dans Othello. Un petit conte fantastique assez sympathique qui d'ailleurs fait deux-trois allusions à la production en cour de Welles. L'édition s'achève assez brillamment par un DVD supplémentaire comprenant le documentaire / entretien Shakespeare et Orson Welles (53') dirigé par Richard Marienstras (spécialiste de la littérature élisabéthaine). Un échange de haute volée avec Orson Welles autour de son regard sur le dramaturge anglais. Enfin un témoignage directe du cinéaste, qui certes ne revient pas forcément sur toutes les questions posées (les montages de ses deux films), mais s'avère extrêmement passionnant grâce à l'humour de ce dernier et les mini-débats développés entre les deux.

Impossible d'évoquer le dît coffret sans parler au passage de la sortie parallèle d'un superbe livre par Carlotta, Macbeth / Othello - William Shakespeare / Orson Welles contenant l'intégralité des pièces dans une nouvelle traduction accompagnée de superbes photogrammes des films, permettant un dialogue esthétique entre les œuvres. Ce très beau livre contient en outre en amorce un essai rédigé par Antoine de Baecque (collaborateur régulier des Cahiers du cinéma), ainsi qu'une étonnante réflexion sur la relecture nécessaire des œuvres de Shakespeare et une traduction plus libre, développée par Patrick Reumaux, justement traducteur du volume. On aurait bien imaginé un coffret luxueux comprenant à la fois les blurays et le livre.

Liste des bonus : Version cinéma de 1950 du « MacBeth » d'Orson Welles (85'), « MacBeth maudit » : lecture du film par Denis Lavant (25'), « Les deux MacBeth d'Orson Welles » : analyse de François Thomas, spécialiste d'Orson Welles (27'), « Welles et Shakespeare » : analyse de Jean-Pierre Berthomé, spécialiste d'Orson Welles (14'), « Le château et la lande... » : analyse du décor du film par Jean-Pierre Berthomé, avec croquis et illustrations d'Orson Welles (14'), Séquences thématiques commentées (7'), « Le bruit et la fureur » : entretien avec Stuart Seide, metteur en scène de théâtre (14'), « MacBeth Vaudou » : précédées d'une introduction de François Thomas, les seules 4 minutes filmées du « Macbeth Vaudou » (9'), « MacBeth », enregistrement discographique réalisé par Orson Welles en 1940, avec ses acteurs du Mercury Theatre (78')
« Perspectives sur Othello » : entretien avec Joseph McBride, historien du cinéma, sur le film et sa restauration (45'), Court métrage : « Return to Glennascaul » de Hilton Edwards (1951 - 27'), Bande-annonce 2014, « Shakespeare et Orson Welles » : entretien avec Orson Welles sur Shakespeare, dirigé par Richard Marienstras et réalisé par Isidro Romero (1975 - 53')

 
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