LA CHAIR ET LE SANG
Flesh & Blood - Espagne / Etats-Unis / Pays-Bas - 1985
Image plateforme « Blu-Ray »
Image de « La Chair et le Sang »
Réalisateur : Paul Verhoeven
Musique : Basil Poledouris
Image : 2.35 16/9
Son : Anglais et français stéréo
Sous-titre : Français
Durée : 127 minutes
Distributeur : Filmedia
Date de sortie : 24 juillet 2013
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « La Chair et le Sang »
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LE PITCH
En plein Moyen Age, l’Europe est ravagée par la guerre, la peste, l’anarchie. Les bandes de mercenaires vendent leurs services aux plus offrants. Guerriers sans pitié, Martin et ses hommes sont engagés par le seigneur : ils vont l’aider à reprendre le château qui lui avait été volé. Mais, une fois cette mission accomplie, leur employeur refuse de les payer. Le groupe de mercenaires se retourne contre lui, semant la terreur et la violence.
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Vanités

Grand flop entre les succès commerciaux que furent Le Quatrième homme (en Hollande) et Robocop (dans le monde entier), La Chair et le sang est souvent vu comme la première marche vers une carrière internationale et une intégration (perfide soit) du système hollywoodien. Mais plus que tout cela, ce brûlot subversif et dérangeant, cette aventure historique scabreuse est sans doute l'une des œuvres les plus riches de Paul Verhoeven.

Il est souvent coutume de scinder la filmographie de Paul Verhoeven en deux grandes périodes, hollandaise (ou européenne) et américaine, les films se répondant les uns aux autres en s'inscrivant brillamment dans leurs contextes respectifs à l'instar de Katie Tippel et Showgirls ou Le Quatrième homme et Basic Instinct pour les plus évidents. Il est aussi coutume de dire que La chair et le sang est le film de la transition, projet développé pour la première fois avec un financement en partie américain, une distribution signée par Orion (avec qui il enchainera sur Robocop), un tournage en anglais et une vision spectaculaire encore inédite dans sa carrière largement dynamisée par le score puissant et ténébreux de Basil Poledouris, qu'il retrouvera sur son opus suivant et sur Starship Troopers. Le film explore ainsi une mise en scène plus grandiose que jamais, usant avec force de décors splendides entre panoramas naturels, voir naturalistes, châteaux forts imposant sentant la vieille pierre, d'une ouverture guerrière menée par nombres de figurants en plein étripages collectif, sans compter sur un rythme soutenu, haletant, qui ne retombera que sur le plan final. Une œuvre épique, mais qui justement semble prendre un malin plaisir à se détourner du divertissement outre-Atlantique pour se plonger jusqu'à la-lie dans la réalité crue et barbare d'une époque entre crépuscule et renaissance. On y retrouve ainsi avec bonheur toute la liberté de ton qui a fait la richesse du début de carrière de Verhoeven, mais avec un aspect pot-pourri, compression, constamment déroutant, mais absolument fascinant.

 

entre terre et ciel


Tout y est question d'oppositions de contrastes, dès lors qu'il y décrit un monde entre deux âges (l'obscurantisme et la raison) où l'humanité semble hésiter encore et toujours entre élévation et animalité. Chacun des personnages, et plus encore le trio de héros, troublent toutes les notions de bien et de mal, exorcisant une vision manichéenne du cinéma, au profit d'une hésitation plus crédible entre plaisirs terrestres, morale, sentiments, individualité et partage. Le film fonctionne ainsi comme un creuset, ou plutôt une arène au coeur de laquelle seuls les plus forts peuvent espérer s'en sortir entre l'éviscération braillarde, les tortures, la dégénérescence symbolisée par l'épidémie de peste bubonique, et une sexualité paillarde qui peut servir d'arme destruction, en particulier lors d'une séquence de viol horriblement, mais nécessairement, frontale. La chair, la pitance, la bouffe, le cul, le corps dans toute sa franchise et ses excès, sont des thèmes qui passionnent Verhoeven, et qui lui permettent de livrer une fois encore un portrait féminin d'une grande complexité et d'une douceur ambivalente avec Agnès, petite princesse tiraillée entre l'amour courtois qui vient de naitre avec le jeune Steven et son avidité sensuelle éclose entre les bras du viril Rutger Hauer (Blade Runner, The Hitcher). Incarnée par une toute jeune, mais incroyable, Jennifer Jason Leigh le personnage est la clef de voute du métrage, hypnotisant par ses yeux de braise et son corps constamment offert à la caméra, mais apprenant à contrôler son destin en usant de ses charmes, mais aussi et surtout de son intelligence de survie. Une question récurrente chez le Hollandais, tout comme son hyperbole politique renvoyant dos à dos l'utopie communiste (les costumes rouges, la solidarisation des biens chez les mercenaires) et le libéralisme totalitaire (la société découpée en caste, la prise du pouvoir de Martin), tout en écrasant sous son ironie vacharde l'opportunisme et la foi aveugle qui ont nourri 2000 ans de christianisme. Plus qu'un film de transition donc, La Chair et le sang est un film somme, central, célébrant le chaos sous une réalisation élégante et romantique s'inspirant des peintures de Brueghel ou de Bosh, retrouvant toute la dichotomie du moyen âge. Un contraste résumé en une séquence inoubliable où Agnes et Steven, tel Tristan et Iseult pervertis par le point de vue du cinéaste, se jurent un amour immortel aux pieds des cadavres en putréfaction de pauvres pendus. Un film qui sent la chair, le sang... et la mort.

Nathanaël Bouton-Drouard









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Image :
Toujours rien à l'horizon aux USA et la France, aux cotés de l'Allemagne, distribue fièrement La Chair et le sang en HD. Une petite fierté locale, surtout que le master reste une jolie surprise. On avait déjà noté une restauration sur le DVD collector américain sorti il y a dix ans, le Bluray de Filmedia améliore encore les sensations avec des couleurs bien plus chaudes et définies et une ribambelles de séquences (en particulier celle sous la pluie dans la première partie) carrément réjouissantes dans la richesses des détails exposés, la profondeur et le piqué. Un bel écrin, mais jamais tout à fait stable cependant avec des plans composites extrêmement neigeux et certains passages en basse lumière qui souffrent de pertes de piqué flagrantes, entrainant d'ailleurs quelques légers décrochages de la compression. Pas parfait, mais tout de même très respectueux de la photographie initiale et de la « matière » cinéma de l'objet... Ce qui permet d'arriver à la question des fameux plans « distordus ». De petits bouts de films qui apparaissent ici étrangement de biais, comme si l'éditeur avec joué numériquement avec le film. Il n'en est absolument rien, après vérifications des anciens masters (en l'occurrence le DVD collector MGM Z1), ces particularités ont toujours été présentes, mais tout logiquement moins voyantes en SD. On ne va quand même pas reprocher à Filmedia d'avoir respecté le film, non ?

 


Son :
Les versions françaises et anglaises sont toutes deux présentées ici dans leur stéréo d'origine. Si le doublage français, fonctionnel, décroche bizarrement pendant quelques minutes, la VO s'en sort beaucoup mieux avec une frontalité imposante, soulignant la puissance de l'inoubliable score de Poledouris, même si les oreilles avisées pourront noter quelques petits chuintements.

 


Interactivité :

Les cinéphiles ne peuvent que regretter immédiatement l'absence des deux suppléments présents sur l'ancienne galette américaine qu'étaient un passionnant commentaire audio du réalisateur et une courte interview du compositeur. Un peu dommage certes, mais l'éditeur français a tout de même produit trois segments qui les rattrapent efficacement. A commencer par le regard pertinent d'un historien sur le mélange entre reconstitution et anachronismes volontaires, débouchant sur une analyse de la vision crue du réalisateur de la guerre à travers les âges.
L'auteur de Au Jardin des délices (livre consacré à Verhoeven), Nathan Réra et le directeur de la cinémathèque Jean-François Raugé, se consacrent eux dans « Un Brûlot entre deux mondes » à replacer le film dans la filmographie de l'auteur tout en évoquant les forces et les faiblesses de l'essai.
Tout deux très intéressants, ils sont forcément moins aguichants que l'interview inédite du bonhomme, manifestement très heureux de revenir sur l'expérience, et qui raconte le statut très particulier de ce film de « transition », les influences qui lui ont servies pendant la préparation (livre, peintures...), mais aussi les nombreux soucis rencontrés pendant le tournage entre des producteurs qu'il juge peu professionnels et une dernière collaboration très difficile avec Rutger Hauer. Ce sera d'ailleurs leur dernière collaboration, l'acteur n'ayant que peu goûté la cruauté du film après sa figure de héros éclatant dans le lumineux et pop Ladyhawke. Franc, le réalisateur ne cache pas qu'il trouve dans son Flesh + Blood quelques défauts agaçants, comme son manque de maitrise de la langue anglaise entrainant une direction d'acteurs en force.

Liste des bonus : Un brûlot entre deux mondes (13'), Les apocalypses du Moyen-âge chez Paul Verhoeven (8'), Rencontre avec Paul Verhoeven (22'), Bande-annonce.

 
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