LA PORTE DU PARADIS
Heaven’s Gate - Etats-Unis - 1980
Image plateforme « Blu-Ray »
Image de « La Porte du paradis »
Réalisateur : Michael Cimino
Musique : David Mansfield
Image : 2.35 16/9
Son : Anglais DTS-HD Master Audio 5.1
Sous-titre : Français
Durée : 217 minutes
Distributeur : Carlotta
Date de sortie : 20 novembre 2013
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « La Porte du paradis »
portoflio
LE PITCH
En 1870, une nouvelle promotion de Harvard célèbre avec faste et panache la promesse d’un avenir radieux. Vingt ans plus tard dans le Wyoming, les chemins de deux de ses meneurs se croisent à nouveau. Désormais shérif du comté de Johnson, James Averill voit son autorité contestée par l’association des éleveurs de bétail, dont fait partie son ancien ami Billy, devenu un homme cynique et lâche. L’association stigmatise les immigrants européens venus en nombre s’installer sur ce...
Partagez sur :
La fin d'une ère

Considéré pendant longtemps comme l'un des pires films de l'histoire du cinéma hollywoodien, La Porte du paradis, cette fresque historique devenue aujourd'hui indispensable à la compréhension même de l'histoire du cinéma américain ressort dans une version intégrale jusqu'à présent inédite en France et restaurée en copie numérique. Au programme plus d'une heure inédite et un montage quelque peu différent qui nous lance sur la piste démystificatrice du massacre de fort country à travers ce qui est aujourd'hui et à raison considéré comme l'un des plus grands films et western de l'histoire du cinéma.

Après Le Canardeur, un road movie à mi-chemin entre le film de gangster ultraviolent et le western élégiaque et après Voyage au bout de l'enfer son film de guerre en forme de fresque dramatique sur l'état d'esprit de la nation américaine durant la guerre du Vietnam, vu à travers un petit groupe d'ouvrier issu de la communauté russe, Michael Cimino s'attèle, à la fin des années 1970, à une autre fresque qui revient elle sur le massacre de Fort Country, La Porte du paradis. Œuvre magistrale sur la fin d'une époque, le film de Cimino est un morceau de bravoure furieusement épique où l'intime côtoie le sublime, où l'amour se choque contre la haine, où l'espoir se dissipe dans la fumée d'un canon de révolver, tandis que le monde continue de tourner et l'Amérique, elle, de se construire sur les cadavres de plus en plus nombreux de tous ses gêneurs considérés comme un frein à l'expansion des riches et de la civilisation. Présenté en 1980 dans un montage de 219 minutes, le film qui disposait pour l'époque de moyens considérables (environ 46millions de dollars) et de ce fait d'une forme hallucinante, a donné le tournis au public puis à la presse. S'en suivit alors un désastre commercial qui entraina la faillite d'United Artist, bientôt racheté par la MGM, mais aussi la fin d'une ère, celle du Nouvel Hollywood, fébrile depuis quelques années déjà. Le film, comme L'Hérétique de Boorman à la même époque, fût donc remonté et présenté dans une copie de 149 minutes en 1981, copie qui malgré sa taille réduite, ses enjeux beaucoup moins radicaux et sa forme beaucoup moins mélancolique, plus directe, ne suffit pas au succès publique et critique du film de Cimino, résolument trop noir, poussant ainsi le cinéaste à se retirer du milieu avant de revenir quelques années plus tard avec le brutal L'Année du dragon.

 

territoire et identité


Après de multiples éditions DVD de la version courte partout dans le monde, les éditions Criterion entreprennent alors la restauration de la copie de la version longue et travaille avec Cimino lui-même sur une version Director's cut de 216min, enfin présentée au public. Très loin de la forme contestataire des années 1960-1970, Michael Cimino est un cinéaste à part, un cinéaste de réconciliation intimement préoccupé par la question de l'identité que ce soit celle de son pays mais aussi et surtout de sa propre cinématographie. Résolument moderne, dans le sens où sans les révolutions thématiques et esthétiques des années 60-70 et des films comme La Horde Sauvage de Sam Peckinpah, ou Little Big Man d'Arthur Penn, un film comme La Porte du paradis ne pourrait exister, le cinéaste incarne également un retour du cinéma américain à une certaine forme de classicisme visible à travers l'ampleur de son dessin, la beauté de sa photographie (en intérieur surtout), mais aussi dans son appréhension de l'espace. On ressent ainsi dans ses films tout autant l'influence du souffle mythique fordien, que celle du cinéma européen et surtout des fresques magnifiquement mélancoliques de Visconti comme Le Guépard. Comme Burt Lancaster dans ce dernier, étranger parmi les siens dans une société en pleine mutation, le personnage de Robert De Niro dans Voyage au bout de l'enfer retourne après un séjour au Vietnam dans un pays qu'il ne reconnait plus et ère parmi les vivants, ses anciens amis, dans un monde où il n'a plus sa place. Mais tel est surtout le sujet de La Porte du paradis et plus que jamais dans cette version longue, celui d'un homme stupéfait devant les temps qui changent, réalisant qu'il n'y a plus sa place.

 

version longue


C'est en effet le regard déchiré de Kris Kristofferson à la fin du film, en larme dans son bateau à Newport, mort en se battant pour ses idéaux et ressuscité dans un monde qu'il ne peut plus supporter. Car c'est à travers le regard désabusé de ce riche qui se prend pour un pauvre, que Cimino construit son récit, où comme dans Voyage au bout de l'enfer, il s'attache à montrer comment une minorité, avec son identité singulière, peut devenir américaine, questionnant plus que jamais en quoi consiste exactement cette identité américaine. Ici, comme dans tous ses films, Cimino s'attache ainsi à décrire un endroit très connu avant de s'en écarter, comme pour souligner sa volonté notable de montrer que la véritable Amérique ne vit pas dans les grandes villes côtières, mais qu'elle s'étale bien au contraire dans le grand espace qui les sépare, tentant alors de revenir à la source, à l'espace où le rêve d'Amérique, qui est celui d'un peuple soudé autour d'une même idée, a commencé à dysfonctionner. Et, dans cette version longue, à la forme vertigineuse et hypnotique, articulée de façon enfin cohérente autour de nombreuses rimes visuelles, le cinéaste emporte le spectateur, plus que jamais envouté par le lyrisme de l'œuvre, en imprégnant avec maestria les incroyables décors naturels de son style mélancolique, en donnant vie aux villes qu'il reconstruit (la surconstruction de chaque plan et l'engouffrement des personnages dans le brouhaha ambiant) et en dépeignant avec amour la vie du village d'immigrés et de ses gens, en opposition aux riches éleveurs et à leurs mercenaires, toujours présentés à travers des scènes de violence excessive (l'arrivée de Christopher Walken, le viol d'Isabelle Huppert, etc.). Porté par la performance incroyable de ses acteurs, l'ampleur de sa mise en scène et la gravité de son score, la version définitive de La Porte du paradis déploie donc enfin pleinement son souffle ravageur et démystificateur en montrant avec superbe un des moments les plus sombres de l'Histoire des Etats-Unis.

Quentin Boutel
















Partagez sur :
 

Image :
Distribué depuis des années (et encore quand c'était le cas) dans sa version tronquée de plus d'une heure, La Porte du Paradis aura occupé quelques passionnés et techniciens pendant de longues années afin de retrouver pièce par pièce des masters suffisamment solides pour reconstituer une version intégrale de qualité. Supervisé pendant neufs mois par Cimino en personne, la restauration de Criterion, reprise ici par Carlotta, est à des années lumières de la vision fatiguée, délavée et scarifiée connue jusqu'ici. Les séquences les plus abimées laissent encore trainer des restes d'une bande verticale ou d'un arrière plan se perdant subversivement dans un amas de pixel, mais le film n'en reste pas moins un miraculé. Surtout qu'en dehors de ces petits moments d'égarements, la tenue de cette pellicule délicieusement argentique scannée en 2k, épouse avec majesté la puissance du film : couleurs vives et fermes, panoramas riches et racés, fins détails sur les premiers plans... Le film renait, jouant d'ailleurs assez bien d'un grain très présent, mais imprégné, et d'effets de flou qui ont l'habitude de disperser la compression.

 


Son :
Pas de version française possible sur La Porte du paradis puisque seule le montage "cinéma" fut doublé à l'époque de sa sortie. Pas grave, cela reste une sortie de cinéphile... Mais ceux-ci seront sans doute surpris de retrouver ici uniquement un DTS HD Master Audio 5.1 anglais et non la stéréo originale. Toujours confectionné sous la houlette du réalisateur, ce dernier ne dénature heureusement jamais le spectacle, préférant imposer une large ouverture frontale, une netteté parfaitement équilibrée plus qu'un jeu poussif avec les enceintes arrières, et ce même dans la bataille finale. Ici c'est sans aucun doute la sublime bande originale produite par David Mansfield qui y gagne le plus, laissant transparaitre des accords de guitare plus présents, plus mélancoliques encore.

 


Interactivité :
Si le master et sa piste sonore sont issus directement de l'édition Criterion sortie voici un an, l'édition Carlotta n'en reprend pas l'intégralité des suppléments. Dommage en particulier pour l'interview croisée entre Cimino et Joann Carelli sa productrice, qui avait l'air particulièrement intéressante. Heureusement, elle est remplacée en exclu par une rencontre avec le réalisateur signée Michael Henry Wilson, auteur de Eastwood par Eastwood, qui l'amène a parler de sa vision du cinéma, de la politique des « auteurs », du nouvel Hollywood, du western et de la réception du film. Un exercice difficile puisque Cimino n'est pas un client des plus docile, mais qui permet avec beaucoup de justesse de remettre en place quelques idées sur le sens du film et sa construction. Autres exclusivités l'interview d'Isabelle Huppert est un très jolie moment de modestie, avec quelques petites anecdotes sur l'ambiance de tournage par exemple, ou l'actrice se montre particulièrement touchante lorsqu'elle évoque la calamiteuse première du film pendant laquelle la salle se vidait peu à peu, en rejet total. Une confiance et une admiration évidente pour le film transparait tout autant dans les segments consacrés à Kris Kristofferson, Jeff Bridges et David Mansfield, qui soulignent encore et toujours l'importance d'un tel projet et son impétuosité artistique. Reste en entrée et en dessert une très courte introduction de Cimino pour lancer le film et l'habituelle featurette sur la restauration (façon avant / après). Last but not least, l'éditeur a eu la bonne idée de glisser un joli livret dans le boitier, comprenant quelques photos, mais aussi et surtout un essai analytique brillant (comme souvent) signé Jean-Baptiste Thoret.
Dommage qu'aucune images de tournage n'aient pu être placées ici, un troisième bluray (allez pourquoi pas) consacré au film Final Cut : The Making and Unmaking of Heaven's Gate aurait achevé de faire de cette édition un objet "définitif".

Nathanaël Bouton-Drouard

Liste des bonus : Introduction de Michael Cimino (2'), Retour au paradis (50'), 4 Entretiens Exclusifs (60'), La Restauration (3'), Bandes-annonces.

 
Crédits & mentions légales - Publicité - Nous contacter
Copyright Regard Critique 2009-2020