FURIE
The Fury - Etats-Unis - 1978
Image plateforme « Blu-Ray »
Image de « Furie »
Genre : Fantastique
Réalisateur : Brian de Palma
Musique : John Williams
Image : 1.85 16/9
Son : Anglais DTS HD Master Audio 4.0 & 1.0, Français DTS HD Master Audio 1.0
Sous-titre : Français
Durée : 113 minutes
Distributeur : Carlotta
Date de sortie : 23 octobre 2013
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « Furie »
portoflio
LE PITCH
Une organisation secrète commandite le meurtre de Peter Sandza pour s’emparer de son fils, Robin, doté de pouvoirs psychiques exceptionnels. Mais Peter échappe à cette mise en scène et se met à la recherche de son fils disparu. Un an plus tard, la jeune Gillian Bellaver se découvre des capacités de médium. Elle rejoint alors un programme de recherche à l’Institut Paragon, où elle développe une connexion mentale avec Robin. Gillian devient dès lors l’objet de toutes les convoit...
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Mindtrap

Ce sont parfois les films maudits des grands réalisateurs qui se révèlent les plus intéressants, car les plus symptomatiques de leur vision, de leurs obsessions et de leurs pulsions stylistique. Totalement boudé à sa sortie autant par les spectateurs que par une critique circonspecte, The Fury est pourtant très loin de l'œuvre impersonnelle que l'on a bien voulu (trop rapidement) y voir.

Un rejet presque généralisé, peut-être dû au fait que cette production 20th Century Fox cumulait les « tares » : première grosse production pour ce chantre de l'indépendance qu'est Brian de Palma, un très gros budget pour l'époque (avec un casting en or) et surtout un film fantastique poursuivant l'illustration de la télékinésie et ses petites variantes, initiée dans le tétanisant Carrie. Pourtant, si la fragile Amy Irving revient à l'écran après l'effrayant épilogue du « bal du diable » et qu'il est une fois encore question de pouvoirs de l'esprit incontrôlables, les enjeux sont désormais déplacés. Et ce n'est pas innocent. Dans Carrie l'oppression naissait au cœur d'une cellule familiale mortifère, celle de Furie est provoquée par les agissements troubles et meurtriers d'une agence gouvernementale non identifiée, personnalisée par un John Cassavetes aussi inquiétant que dans Rosemary's Baby.

 

Les anges de la colère


Et comme toujours (ou presque) chez De Palma le film entier nait et prend forme dès la première séquence, contenant non pas l'essentiel, mais l'étincelle même qui va souffler la mèche jusqu'à un final littéralement explosif. Ici ce sont des adieux entre un père (agent secret) et son fils (adolescent sculptural), précipités par l'attaque de terroriste aux contours du moyen orient. Efficace, tendue, mais bien entendu trompeuse, tout ici est une mise en scène vouée à faire disparaitre le grand Kirk Douglas du tableau et transformer son fils en arme patriotique et dévouée. Un attentat monté de toute pièce, mais filmé, et cette bande va revenir à plusieurs occasion comme pour souligner inévitablement son rapprochement avec le film de Zapruder, vision monomaniaque et paranoïaque du réalisateur de Snake Eyes et surtout du futur Blow Out, oeuvre parfaite partageant une même fatalité face à la théorie du complot. Furie n'est donc pas simplement un divertissement extrêmement bien troussé, démontrant une fois encore les talents de mise en scène d'un artiste autant rompu aux poursuites en voiture (avec un final extraordinaire en plein brouillard), qu'aux visions surnaturelles chocs (tous les jaillissements de pouvoirs sont incroyablement cinématographiques), ou aux contre-points comiques, mais bien un film de genre transformé en œuvre intime et personnelle. Un travail opéré avec forcément bien plus de discrétion que sur un flamboyant Phantom of the Paradise, mais qui même par la minutie de ses constructions de plan, de son jeux constants avec les objectifs et la dichotomie entre rigueur et virtuosité du style annonce quelques futurs commandes magistrales comme Les Incorruptibles ou Mission Impossible. De Palma était un maitre du cinéma, et Furie est l'une des nombreuses preuves à charge.

Nathanaël Bouton-Drouard








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Image :
Produit conjointement par Carlotta Films (pour la France), Arrow Video (pour l'Angleterre) et Shock (pour l'Australie), le nouveau master restauré de Furie devrait définitivement faire oublier l'horrible DVD balancé par MGM il y a une dizaine d'années. Entièrement ré-étalonné, nettoyé de ses aspérités les plus visibles et scanné dans un glorieux 2K, le film nous parvient dans des conditions royales, les techniciens ayant fait le choix lumineux de préserver autant la nature argentique du métrage, que son authentique grain organique. Toute la beauté d'un film des années 70 en version HD, le bluray montre des plans lumineux rivalisant de piqué et de précision, une profondeur de champs idéale et des contrastes d'une rare subtilité. Seuls certains plans nocturnes viennent rappeler que les matériaux d'origines n'étaient pas tous de première jeunesse, laissant apparaitre un fourmillement légèrement brillant et peu harmonieux. Mais au vu de l'ensemble, ce n'est qu'un détail.

 


Son :
Les pistes sonores ne s'en sortent pas mal du tout non plus avec un DTS HD Master Audio 4.0 anglais particulièrement bien dosé, avec une importance de la frontalité originale respectée, mais agrémentée de quelques effets d'ambiance (la fusillade en ouverture, la fête foraine) qui offre une ampleur agréable. Reste que pour le 4.0 et le mono (en MA aussi), on peut noter que parfois les dialogues sont un chouia étouffés.
Comme beaucoup ont découvert le film il y a bien longtemps dans sa version française d'époque, ils seront ravis de la retrouver ici dans une forme pas toujours olympique, mais offrant tout de même un confort d'écoute appréciable. Le mixage semble parfois un peu écrasé, mais les voix françaises sont clairement de qualité.

 


Interactivité :
Rien ne remplacera jamais des images de tournage d'époque, une interview fleuve ou un commentaire audio d'un réalisateur comme Brian de Palma, voir des scènes coupées totalement inédites... Certes, mais cela n'empêche pas un éditeur comme Carlotta d'essayer en récupérant une belle pelletée de documents et interviews le plus souvent très intéressantes. A commencer forcément par l'introduction pointilleuse de Samuel Blumenfied (co-auteur de l'indispensable ouvrage des Cahiers du cinéma) qui replace le film dans son contexte et surtout éclaire une part du film par le biais d'éléments autobiographiques. Belle mise en bouche, et le programme se poursuit par une longue interview du grand directeur de photo Richard H. Kline (Star Trek le film, Soleil Vert, L'Etrangleur de boston...), qui ne tarie pas d'éloge sur le film et son réalisateur, et qui raconte sa collaboration avec celui-ci, son apport de quelques méthodes ou idées visuelles et surtout la mise en place de quelques effets visuels. C'est une vraie discussion de cinéma, entre tonalité technique et artistique, et du coup un décryptage assez réussi du formalisme à la De Palma. Plus légère, la rencontre avec Fiona Lewis laisse couler quelques souvenirs de tournages (le charme de Cassavetes, la fameuse séquence de la « toupie ») après avoir bifurquée sur ses débuts dans Le Bal des vampires.

Par contre si d'un point de vue d'archiviste la présence de quatre interviews d'époque (De Palma, Amy Irving, Frank Yablans et Carrie Snodgress) enregistrées pour une chaine locale du Texas, peut être validée, ces dernières ne montrent cependant absolument aucun intérêt, la « journaliste » à fanfreluche se contentant de parler d'effets spéciaux, de télékinésie, du beau temps et de son expérience personnelle.

Heureusement, cela est largement rattrapé par l'entretien avec Sam Irvin, réalisateur anecdotique ayant signé Guilty as Charged ou Elvira et le château hanté (on peut découvrir ici l'un de ses court métrage, Double Negative, parodie de film noir aux références De Palmiennes et Hitchcockiennes), qui fut invité une semaine par le cinéaste sur le tournage et quelques jours supplémentaires lors du montage. Un témoignage direct donc, et dont il reste une trace puisque ce jeune étudiant en cinéma, en profita alors pour écrire un Journal du tournage dans la mythique revue américaine Cinefantastique. Fan invétéré de De Palma, futur coproducteur sur l'invisible Home Movie et assistant réalisateur sur Pulsion, il raconte ses rencontres avec les acteurs, la mise ee place de quelques astuces techniques ou le tournage d'une scène aujourd'hui disparue. Pas sur que Brian en personne aurait été aussi loquace.

Liste des bonus : Préface de Samuel Blumenfeld (8'), Du Sang sur l'objectif (26'), Histoire de pivotage (13'), Journal de tournage (48'), 4 entretiens d'époque (23'), Double Negative (court métrage, 16'), Bande annonce.

 
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