LA BANDE à BONNOT
France / Italie - 1968
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Image de « La Bande à Bonnot »
Réalisateur : Philippe Fourastié
Image : 1.85 16/9
Son : Français stéréo
Sous-titre : Aucun
Durée : 84 minutes
Distributeur : M6 Vidéo
Date de sortie : 10 juillet 2013
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « La Bande à Bonnot »
portoflio
LE PITCH
France, années 1910. Sous l’influence de Jules Bonnot, quatre anarchistes convaincus, Raymond-la-science, Garnier, Carouy et Soudy, optent pour la violence afin de se lever contre la société bourgeoise et faire triompher leurs idées révolutionnaires. Lancé à leurs trousses, Jouin, sous-chef de la sûreté, les traquera sans relâche…
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esprit Anar

Entièrement remasterisée en haute-définition, La Bande à Bonnot, œuvre digne et méconnue, bénéficie d'une seconde jeunesse au format numérique. Glorifiant les élans libertaires, le sens de la justice sociale et l'engagement politique impliquant parfois le choix des armes, ce très beau film, quasi-confidentiel et très rarement diffusé à la télévision, vaut pourtant le détour. Retour.

Consacré au mouvement anarchiste qui ébranla l'hexagone au début du siècle passé, La Bande à Bonnot suit les péripéties hors-la-loi d'une folle équipée de révolutionnaires prêts à tout pour défendre leurs idéaux. Mené de front par l'opiniâtre Jules Bonnot (intense Bruno Cremer), le clan délinquant s'en prend directement au pouvoir en place, multiplie les braquages et les crimes politiques. Traquée par la police, la bande délinquante se retrouve vite prise au piège. Acculée et pressurisée, elle se battra courageusement jusqu'au tragique dénouement final. Directement inspirée de faits historiques, l'intrigue volontairement linéaire s'articule sous forme de crescendo fatal. Elle met en scène une inévitable escalade de la violence. Progressivement dépassés par leurs idéaux explosifs, Bonnot et ses sbires deviennent les ennemis publics numéros uns. Certains seront envoyés en prison ou, pire encore, au bagne. D'autres périront violemment sous les balles des forces de l'ordre lors d'un dévastateur assaut final. Mais sans que jamais ne s'éteigne ce petit supplément d'âme : leur flamme révolutionnaire.

 

LA belle équipe


La Bande à Bonnot
bénéficie d'une distribution sur mesure. Le massif Bruno Cremer, colosse volontaire à l'intimidant regard d'acier, incarne avec force un Jules Bonnot sans peur et sans reproches. Dans son giron gravitent des combattants idéalistes et forts-en-gueule. En premier lieu Jacques Brel, alias «Raymond la science», Annie Girardot, alias « Marie la Belge » ou encore Jean-Pierre Kalfon dans la peau d'Octave Garnier. Ce quatuor de comédien constitue la principale qualité du film. Leurs interprétations inspirées distillent beaucoup de caractère à un script somme toute assez basique. Brel, grand échalas dressé contre toutes les injustices, est parfait sous les traits de «Raymond la Science», éminence grise à la fois hâbleuse et poétique. La regrettée Annie Girardot incarne une «Marie la Belge» canaille et intransigeante, tandis que le rare Jean-Pierre Kalfon, comédien habitué aux personnages troubles, compose un puissant Octave Garnier dit «Le Terrassier», petite frappe doublée d'un fin lettré. Derrière la caméra, le bilan est le même. Plutôt inspirant. Le film est signé Philippe Fourastié. Un artiste de l'ombre qui s'était surtout illustré en tant qu'assistant-réalisateur sur La 317ème Section de Pierre Schoendoerffer ou Pierrot le fou de Jean-Luc Godard. Sur le plateau de La Bande à Bonnot, il fut lui-même épaulé par un assistant-réalisateur qui, plus tard, deviendra grand : un certain Claude Miller (cinéaste, faut-il le rappeler, de La meilleure façon de marcher, Garde à vue ou encore L'effrontée). Aux dialogues enfin, nous trouvons l'illustre Marcel Jullian (scénariste souvent affilié à Gérard Oury, puisqu'on lui doit les scripts du Corniaud, de La Grande Vadrouille, du Cerveau et de La Folie des Grandeurs). Excusez du peu.

 

La ligne dure


Cette remarquable association de talents confère à La Bande à Bonnot un charme certain et une alchimie assez singulière. Souvent dure, âpre et sans concessions, l'intrigue fait s'alterner morceaux de bravoure et séquences plus intimistes, durant lesquelles les protagonistes établissent leurs plans d'attaque ou prennent le maquis au volant de rutilantes automobiles d'époque. Jules Bonnot et sa bande d'antihéros criminels n'étaient pas là pour rigoler. Et nous retrouvons embringués de force dans leur croisade meurtrière. Certaines séquences dégagent une puissante intensité (le hold-up de la Société Générale, l'assaut final dans une vaste propriété de Nogent-sur-Marne..) mais on est surtout frappés par la multiplicité des décors et des environnements : estaminets bondés, bordels, bistrots et troquets enfumés... Le Paris gouailleur des années 1910, sa faune bigarrée, ses recoins exotiques et ses faubourgs sont minutieusement retranscrits. Il s'agit d'un cinéma à la fois intelligent et populaire, rigoureux, parfois un peu trop rigide et rentre-dedans, mais humble dans sa forme et ambitieux dans ses propos. Une leçon d'histoire filmique qui célèbre le courage politique et l'engagement du corps et de l'esprit. Une sorte de brûlot dont la thématique idéaliste colle parfaitement à l'esprit de Mai 68. Ca tombe bien, La Bande à Bonnot date de 1968.

Gabriel Repettati












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Image :
Cette édition DVD bénéficie d'un transfert numérique de très belle facture. Remastérisée en HD, la copie d'origine y gagne au change. Les couleurs sont parfaitement définies. Jolie profondeur, étalonnage équilibré, textures claires et nettes dans les extérieurs comme dans les intérieurs. La nouvelle compression rend hommage au travail des décorateurs et du chef opérateur qui ont pris un malin plaisir à nous immiscer dans un microcosme urbain extrêmement riche et varié. A tel point que La Bande à Bonnot évoque bien souvent une visite guidée du Paris de 1910 et de sa banlieue.

 


Son :

De ce côté-là, rien à redire non plus. La piste sonore en mono demeure parfaitement audible et sans fausse note. La bande-originale s'inspire d'une foultitude de chansons populaires du début du 20ème siècle et accueille parfois quelques ritournelles composées par Jacques Brel en personne.

 

Interactivité :
Des diaporamas, des bandes-annonces mais surtout un entretien éclairant avec le journaliste Jacques Lévy. L'homme s'attarde sur le lien ténu qu'a entretenu Brel avec le cinéma. Ses choix ne furent jamais pris au hasard. Ils s'inscrivent dans une optique d'aventurier. Brel se définissait lui-même comme un touche-à-tout et sa carrière cinématographique, semblable à sa carrière musicale, distille sa vision de l'art et de la vie. Une vision engagée et suprêmement incarnée.

Liste des bonus : « Jacques Brel et le cinéma » par Jacques Lévy, diaporamas, bandes-annonces.

 
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