LISA ET LE DIABLE
Lisa e il diavolo - Italie / Allemagne / Espagne - 1973
Image plateforme « Blu-Ray »
Image de « Lisa et le Diable »
Genre : Horreur
Réalisateur : Mario Bava
Musique : Carlo Savina
Image : 1.77 16/9 Compatible 4/3
Son : Italien, anglais et français DTS HD Master Audio 2.0 mono
Sous-titre : Français
Durée : 96 minutes
Distributeur : ESC Distributions
Date de sortie : 26 mai 2020
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « Lisa et le Diable »
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LE PITCH
Alors qu’elle visite la ville de Tolède, en Espagne, l’américaine Lisa Reiner éprouve une sensation de déjà vu en passant devant une peinture murale représentant le Diable. Attirée par le son d’une musique familière, elle s’aventure dans les rues de la ville. Elle est alpaguée par de nombreux habitants, qui croient reconnaître en elle une femme du passé. A la tombée de la nuit, elle est recueillie par une diligence qui l’emmène à une vaste demeure habitée par une étrang...
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Le cauchemar de Lisa

C'est un revenant de taille, qu'ESC nous propose enfin dans sa collection Mario Bava. L'un de ses films les plus méconnus, mais pourtant l'un des plus beaux et personnels, comme le chant du cygne d'un cinéma gothique en passe de disparaître des écrans...

Lorsqu'en 1972, fort du succès de l'inégal Baron Vampire, le producteur Alfredo Leone lui donne carte blanche pour réaliser le projet de son choix, les années fastes du gothique all'italiana sont loin derrière Mario Bava, le cinéaste venant tout juste de propulser violemment le genre dans la modernité avec son sublime jeu de massacre qu'est La Baie sanglante. Mais la proposition de Leone ne peut que le satisfaire, et Mario Bava de profiter de l'occasion pour mêler les deux facettes de son cinéma, entre classicisme et modernité. Dès le générique, le ton est donné : un rictus aux lèvres, Terry Savalas (futur Kojak de la série éponyme) déroule un jeu de tarot représentant les acteurs du drame fantasmagorique à venir. Toutes les obsessions de Bava sont présentes : exploration graphiques de tourments psychanalytiques, fascination morbide pour la mort, utilisation de couleurs extrêmes... Quelque par entre les écrits d'Edgar Allan Poe et le Rosemary's Baby de Roman Polanski, Mario Bava livre ce poème cauchemardesque à la fois envoûtant, terrifiant et grinçant, porté par une direction d'acteurs plus appliquée qu'à son habitude, et quelques séquences aussi déstabilisantes que sublimes (le déshabillage et la scène amoureuse qui s'en suit). Véritable plongée dans l'esprit terrifié d'une jeune femme perdue dans l'espace et le temps d'une maison sans âge, Lisa et le diable déroule son incessant ballet d'amour et de mort, d'où émerge la figure omnipotente d'un « diable » à visage humain, marionnettiste suprême qu'on imagine volontiers être l'alter ego du cinéaste lui-même. Labyrinthique, érotique, macabre et volontiers baroque, ce sublime long-métrage peut se voir comme l'œuvre testamentaire d'un artiste hors-norme, Bava replongeant dès son film suivant (le tétanisant huis-clos Cani arrabbiati) dans un réalisme étouffant et anxiogène, loin de toute poésie.

 

La Maison de l'excorcisme


Il est aisé de comprendre l'incompréhension des potentiels distributeurs de cette œuvre commercialement invendable, et le film restera presque totalement inédit durant de nombreuses années. Ce n'est qu'en 1973, pour surfer sur le succès planétaire de L'Exorciste de William Friedkin, que le film finira par sortir. Mais dans une version revue et corrigée par Alfredo Leone. Le producteur se réapproprie le métrage, tourne lui-même une poignée de scènes supplémentaires essentiellement consacrées à l'exorcisme de la pauvre Lisa, et transforme un authentique chef-d'œuvre en OFNI embarrassant et, disons-le carrément, frustrant. Si la virtuosité formelle de Bava est intacte lors des scènes oniriques rescapées de Lisa et le diable (principalement dans la maison de la comtesse), les insupportables passages dialogués ajoutés par le producteur affaiblissent considérablement l'impact d'une œuvre bâtarde, où le sublime côtoie le grotesque. En bref, une version alternative, pas inintéressante, mais tellement éloignée du projet initiale de Bava que celui-ci finira par se désolidariser complètement du film. On peut donc s'estimer heureux de pouvoir aujourd'hui avoir le choix, le film initial du Maestro Bava étant désormais disponible tel qu'il l'a toujours désiré.

Frédéric Wullschleger








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Image :
Présenté chez nos voisins anglo-saxons il y a quelques années déjà, le Master HD de Lisa et le Diable, et son frangin La Maison de l'exorcisme, commence à dater un peu. Surtout qu'il était directement hérité des anciens masters vidéo. Du coup les petites retouches numériques vouées à redorer le tableau ne séduit plus autant à l'heure des scans 2K et 4K. Griffures, taches, noirs légèrement instables, les défauts de pellicules sont toujours visibles avec en sus quelques petits soucis de maniement numériques, son grain neigeux et ses noirs qui paquettent dans l'arrière-plan. Pas magnifique mais heureusement les couleurs sont largement plus pimpantes qu'elles ne l'ont jamais été et la matière pellicule (jamais trop lissée) a été préservée.

 


Son :
Elles sont plutôt agréables ces pistes DTS HD Master Audio 2.0, même si elles sont par nature un peu inégales. Au doublage français un peu éteint et à la version italienne qui doit laisser place à quelques scènes directement en anglais, on préfèrera alors la version américaine profitant de la véritable voix de Telly Savalas et d'une interprétation collégiale plutôt équilibrée.

 

Interactivité :
Malheureusement bien plus courte que celle de son homologue british de chez Arrow Video, l'interactivité du bluray concoctée par ESC manque cruellement de son documentaire rétrospectif « The Exorcism of Lisa » ou du commentaire audio du producteur Alfredo Leone. L'objet en lui-même est toujours aussi réussi cependant, avec un petit livret traditionnel signé par Marc Toullec, tandis que le sympathique Bruno Terrier tant vaille que vaille de délivrer le maximum d'informations possible (importance du film pour Bava, la sucette de Telly, réception catastrophique, montage du film mutant...). Heureusement le bonus essentiel est là. Soit le fameux La Maison de l'exorcisme, remontage totalement abusif et bancal censé sauver les meubles avec un peu de bave verte et du nu totalement gratuit. Une curiosité qui fut pourtant pendant des années la seule façon d'apprécier les séquences de Lisa et le Diable.

Liste des bonus : Un livret de 16 pages par Marc Toullec, Version alternative : « La Maison de l'exorcisme », signé Mickey Lion (aka Mario Bava, 1971, 81'), Entretien autour du film avec Bruno Terrier, Bandes-annonces.

 
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