LA GUERRE DES GANGS
Luca il contrabbandiere - Italie - 1980
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Réalisateur : Lucio Fulci
Musique : Fabio Frizzi
Image : 1.85 16/9
Son : Anglais et français 2.0
Sous-titre : Français
Durée : 93 minutes
Distributeur : The Ecstasy of Films
Date de sortie : 12 juin 2013
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « La Guerre des gangs »
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site officiel
LE PITCH
Luca est contrebandier de cigarettes à Naples avec son frère Micky. Malgré les risques encourus, cette activité lui assure une vie confortable avec sa femme et son fils, loin de la misère milanaise qu’ils ont fuie quelques années auparavant. Mais un jour, lors d’une opération, Luca et ses camarades sont pris en chasse par la Garde des finances. À la suite d’une course poursuite en bateau, les contrebandiers parviennent à s’échapper après avoir sacrifié leur cargaison. Micky p...
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La citée perdue

Considéré à raison comme l'un des grands maitres du macabre cinématographique, Lucio Fulci a pourtant œuvré dans bien d'autres genres au cours de sa carrière (comédie, Giallo, drame historique...), mais n'aura signé qu'un seul et unique polar : La Guerre des gangs, alias Contraband aux USA. Une simple commande certes, mais que Fulci va prendre un malin plaisir à déboulonner de l'intérieur.

Il faut dire qu'en 1980 lorsqu'il se voit proposer la mise en boite d'Il Contrabbandiere, il vient tout juste d'achever L'Enfer des zombies mais ne sait pas encore l'impact qu'aura son démarquage du chef d'oeuvre de Romero sur sa carrière et le cinéma d'horreur en général. Besoin d'argent, besoin de travailler, il accepte donc le contrat, mais presque à contrecœur signifiant ouvertement son mépris pour un genre, le poliziottesci, largement en fin de vague et dont il ne supporte pas une certaine standardisation et surtout les débordements fascisants. A la justice solitaire, à l'exécution sommaire du moindre délinquant, le futur réalisateur de L'au-delà répond par un accord financier et douteux avec la mafia napolitaine et pousse ainsi ses personnages vers une célébration d'une certaine truanderie "romantique", encore teintée de morale et de respect, confrontée à une violence aveugle, extérieure, personnifiée par le « Marseillais » incarné par un Marcel Bozzuffi directement échappé de French Connexion. Le refus de la drogue (jugé comme un fléau par les mafieux d'antan), la collaboration avec la population locale voir la police, le cinéaste l'installe sans faux-semblant, offrant même le premier rôle à Luca, contrebandier de cigarettes à l'entreprise quasiment familiale. Un personnage de père de famille et de mari aimant, incarné par Fabio Testi (Mais qu'avez-vous fait à Solange ?, Le Fou de guerre) à la mâchoire carrée, sre et rassurante, mais qui laisse déjà filtrer par un regard tour à tour froid et fiévreux, la pente abrupte que va prendre ce polar.

coup fumant


A l'instar des superbes Beatrice Cenci (un récit historique) et Les Quatre de l'apocalypse (un western), son thriller est totalement perverti, contaminé par la folie barbare du trafiquant de drogue et de ses hommes de mains. La Guerre des gangs a tôt fait de s'évader vers un délire absolu, déluge de violence exacerbée, incontrôlable, où rejaillit forcément la fascination morbide du réalisateur. Les exécutions ne se font pas d'une simple balle dans la tête, mais bien en se faisant exploser la carotide, expulser les tripes hors du bide, bruler le visage lentement au chalumeau ou gicler la cervelle sur un parterre d'amateur de PMU. Des élucubrations outrancièrement gore qui auraient pu frôler le ridicule si les détails n'étaient aussi peu ragoutants et si surtout certaines séquences n'étaient tout simplement pas aussi déstabilisantes voir choquantes. En particulier l'odieuse séquence de viol de l'épouse de Luca dont l'acte proprement dit sera laissée hors champs à la faveur d'un hurlement déchirant, mais dont l'inexorable perversion est soulignée par un découpage terriblement habile et perturbant. Un film profondément malade, que Fulci dirige en faisant fi des limites du budget et du sujet, en y imposant une véritable maestria dans les accélérations et les délitements de l'image, syncopés autour des musiques électro-funk de Fabio Frizzi. Mais dans cette Naples où il ne fait curieusement jamais soleil (superbe photographie étouffante du collaborateur de toujours, Sergio Salvati), où un vieux parrain passant sa vie à zapper devant de vieux western mais finit par s'offrir le happy-end, le sentiment de mort omniprésent porté par un Fabio Testi s'achève sur un non-sens, sur une absurde inutilité, annoncée par un délirant gunfight où les tireurs apparaissent et disparaissent à l'écran comme dans un stand de fête foraine. Insaisissable, tour à tour austère et psychédélique (superbe séquence stroboscopique dans la boite de nuit) La Guerre des gangs expose la viande d'un monde malade, corrompu, délirant, souillé... Un pur film de Lucio Fulci, génie du chaos cinématographique.

Nathanaël Bouton-Drouard












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Image :
Inédit depuis de longues années en France, La Guerre des gangs a connu quelques sorties DVD dans le reste du monde (Etats-Unis, Italie) avec des résultats plus ou moins mémorables. Clairement, la copie présentée ici se hisse dans les meilleures configurations avec un master relativement propre dans son ensemble (taches et griffures rares), mais parfois rattrapé par de violents et remarquables décrochages : image qui saute, photogrammes manquants, bande jaunâtre... Pas de première jeunesse la péloche, mais ces cas sont aussi flagrants que rares, et n'entament en rien le plaisir de découvrir une vision enfin respectueuse de la photographie (et non pas baigné dans un filtré bleu comme on a pu l'apercevoir ailleurs), démêlant même assez adroitement l'effet de brouillard humide propre à tant de productions des 80's.

 


Son :
Exit malheureusement la version italienne, faisant tout logiquement un peu plus couleur locale. Reste les versions anglaises et françaises toutes deux dans leur stéréo extrêmement frontale d'origine. Choix cornélien ici puisque d'un coté le doublage US profite d'une bien meilleure restitution avec une sonorité propre et maitrisé, alors que le phrasé hexagonal doit supporter des grésillements, effets d'éloignements et autres perditions peu harmonieuses. D'autant plus dommage que l'acting français est remarquablement convaincant, ajoutant une vraie dose de caractère et même insistant sur quelques échanges à l'humour décalé.
A noter un soucis dans les sous-titrages du dernier tiers avec retard sur certaines répliques, voir une absence de traduction. Un problème à imputer à une erreur de labo et que déplore malheureusement l'éditeur. Raison de plus pour se tourner vers la VF et puis c'est tout.

 


Interactivité :
Après un travail déjà très impressionnant sur le DVD de La Lame Infernale, The Exctasy of Films pousse l'expérience plus loin encore avec La Guerre des gangs. On retrouve bien entendu l'offre de trois éditions distinctes (limité à 1000 exemplaires, avec ou sans poster, simple), la superbe jaquette réversible (sobre d'un coté, façon vieille VHS de l'autre) emballée dans un superbe fourreau dessiné par Nathan Thomas Milliner contenant en sus un livret analytique bien foutu qui s'achève sur une interview du compositeur Fabio Frizzi. Déjà pas mal. Mais les festivités ne s'arrêtent pas là puisque proposé en double DVD, le film est accompagné d'une introduction par Fausto Fasulo (rédacteur en chef de Mad Movies), ainsi qu'une petite featurette de passionnés évoquant l'importance du cinéaste et la place particulière que tient ce film dans sa filmographie.
Mais là où l'éditeur frappe un grand coup c'est en proposant ce que l'on pourrait associer à un véritable programme à l'ancienne, permettant aux cinéphiles et amateurs de curiosités en goguette, de se mâter en première partie deux excellents courts métrages : Die Die My Darling du fétichiste et maniériste François Gaillard (Blackaria) et A Tout Prix, thriller malin, méchamment teinté d'humour noir, signé Yann Danh. Entre l'excellent choix des productions proposées et le fait de juxtaposer chacun avec ses propres interviews de l'équipe de tournage, on atteint quasiment le sans faute et un contenu plus que conséquent. Un vrai travail de passionné qui force le respect.

Liste des bonus : Livret 16 pages « La Guerre des gangs » par Lionel Grenier et interview exclusive du compositeur Fabio Frizzi, Présentation du film par Fausto Fasulo (1'), JT Antenne 2 : Contrebande de cigarettes à Naples (6'), Lucio Fulci - Un cinéaste en guerre (12'), Galerie de photos, Court métrage « Die Die my Darling » de François Gaillard (19'), Entretien avec François Gaillard et Pascal Garcin (30'), Entretien avec l'équipe du film (26'), Entretien avec Rurik Sallé (16'), Court métrage « A Tout Prix » de Yann Danh (15'), « A Tout Prix - Démasqué » (23'), « A Tout Prix - The Fulci Connexion » (3'), « A Tout Prix - Rencontre avec David Scherer » (3'), Émission radio « Culture Prohibée » avec une interview du réalisateur Yann Danh au festival « Genre III » (21'), Bandes-annonces.

 
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