PAPERHOUSE
Royaume-Uni - 1988
Image plateforme « Blu-Ray »
Image de « Paperhouse »
Réalisateur : Bernard Rose
Image : 2.35 16/9
Son : Anglais et français DTS HD Master Audio 2.0
Sous-titre : Français
Durée : 92 minutes
Distributeur : Metropolitan
Date de sortie : 2 mai 2013
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « Paperhouse »
portoflio
LE PITCH
Petite fille solitaire et rêveuse, Anna découvre qu’elle peut entrer dans un monde parallèle, plus précisément dans une maison qu’elle a dessinée sur une feuille de papier. Les liens entre le monde réel et le monde imaginaire vont se resserrer, et le rêve va petit à petit virer au cauchemar…
Partagez sur :
Réalisme magique

Avant de s'adonner de façon très originale au Slasher, avec le somptueux Candyman, Bernard Rose avait réalisé en 1988 une œuvre plus intimiste mais non moins charnière pour sa carrière, depuis quelque peu tombée dans l'oubli et jusqu'à aujourd'hui inédite en DVD et Blu-ray. Une lacune comblée par le magnifique travail de Metropolitain qui avec cette galette rend hommage à l'œuvre surréaliste et poétique de Bernard Rose.

 

Majestueux film sur le passage de l'enfance à l'adolescence, sur l'imaginaire et son importance au quotidien, Paperhouse est une œuvre magnifique et impérissable sur le pouvoir du rêve qui transpire la poésie à chaque photogramme grâce à une esthétique singulière, sublimée par la somptueuse musique du jeune Hans Zimmer, au service d'une morale des plus astucieuses. Jamais véritablement naïf Bernard Rose prend ici à contre-pied les films sur l'enfance qui font fureur dans les années 1980 (E.T, Les Goonies, Explorers, etc.) et agrémente son histoire de parcours initiatique d'images à la fois très rudes et de moments aussi baroques que complexes. Malgré cela, malgré le sujet de son film, Bernard Rose ne verse jamais dans le film psychanalytique et soporifique. Le spectateur et l'analyste, sur un pied d'égalité sont ainsi aussi perturbés  qu'enchantés devant tant de simplicité, devant une telle histoire et un concept qui ne tient pas toujours la route mais qui produit une telle ambiance et une telle poésie que tout lui est toujours pardonné, comme ses dernières minutes, par exemple, quelques peu poussives. Ce n'est  pas tant la fin en elle-même qui déçoit, mais davantage la façon quelque peu déceptive que choisit le cinéaste. Tellement attaché à ses personnages,  littéralement subjugué par cette étrange petit fille curieusement androgyne qui va apprendre à son niveau à aimer, le cinéaste ne peut en effet se résoudre à finir le film et à la voir partir sans la savoir heureuse, de la même façon que l'héroïne ne peut se résoudre à laisser partir son compagnon de rêve avant d'être intimement persuadé que celui-ci est heureux.

 

Figure imposée

 

Réalisé en 1988, Paperhouse derrière son sujet intimiste est un projet ambitieux,  fait de bric et de broc avec son univers onirique et sa maison de papier mâché totalement surréaliste, mais certainement quelque peu casse gueule. En effet,  le film ne doit le soutien de ses producteurs que grace aux succès des Griffes de la nuit (et de ses deux suites) et les similitudes existantes dans leurs dimensions oniriques et  effrayantes, ainsi qu'une certaine proxomité avec le Slasher. Et pourtant dans Paperhouse c'est avant tout la dimension lyrique et enchanteresse qui prime, une dimension qui va d'ailleurs par la suite structurer ses œuvres les plus personnelles. Dans Candyman, qui reste à ce jour son film le plus abouti, le fantastique émerge d'ailleurs comme ici d'une certaine misère urbaine et se manifeste de façon incroyablement poétique à travers une esthétique emphatique qui charpente également son magnifique et particulièrement inspiré Ludwig Van B. C'est d'ailleurs pour cela que l'on retrouve soudainement dans la deuxième partie du film une dimension slasher très appuyée et très peu naturelle, comme imposée par les studios, montré par exemple dans la représentation du boogeyman, le père, qui entre dans le champ de façon très iconique, tel Michael Myers dans le Halloween de John Carpenter. Pour autant, le cinéaste surmonte avec brio cette figure imposée et l'intègre parfaitement au film en en faisant le point d'orgue de son récit, à travers un long climax terriblement baroque qui vient clore le très long entremêlement du rêve et  de la réalité dans le film.

 

Entre œuvre personnelle et figure imposée, Bernard Rose réalise avec Paperhouse ce qui reste à ce jour l'un des plus beaux films sur la puissance de l'imaginaire. Naïf mais jamais balourd, complexe mais jamais pompeux, le film est un petit bijou du cinéma fantastique, aussi important pour l'imaginaire de nombreux cinéastes qu'indémodable comme en atteste Pascal Laugier dans les bonus de la galette.

Quentin Boutel






Partagez sur :
 

Image :
Inédit en DVD et Blu-ray, le film n'existait jusqu'à ce jour qu'en cassette vidéo. Autant vous dire alors qu'avec cette sortie terriblement attendu des fans, Metropolitan avait intérêt à mettre le paquet sur la restauration de ce film. Heureusement, la galette est un véritable cas d'école dans le genre tant elle fait honneur à la beauté du film de Bernard Rose. La colorimétrie est d'une grande subtilité grâce à une fabuleuse cure de jouvence qui permet tout au long du film d'apprécier l'entremêlement progressif du rêve et de réalité. Mais c'est véritablement lors du climax très typé slasher que l'on peut apprécier toute la beauté de ce master, avec notamment le travail sur les noirs qui accentue la chute dans l'horreur de la jeune fille, mais aussi le piqué très raffiné, qui révèle la volonté de l'éditeur de pratiquer une épuration de l'image pour ce nouveau master tout en conservant  ce grain d'image pour les nostalgiques et qui participe à la dimension surréaliste du film.

 


Son :
Niveau son, Paperhouse bénéficie également de l'attention des plus grands transferts de film classique américain avec une mise en avant de la piste stéréo nettoyée pour l'occasion et rehaussée et au niveau d'un Dolby Surround particulièrement immersif, notamment lors des séquences de rêve où le score de Zimmer, à l'époque très loin des sonorités écrasantes produites ces dernières années au sein de sa société, Venture. La version originale s'impose une fois encore comme la plus épanouie dans ce master audio 2.0, affichant une très grande clarté dans la répartition des canaux entre les paroles, la musique et les ambiances, tandis que la v.f, elle, parait beaucoup plus brouillonne..

 


Interactivité :
Comme c'est souvent la mode aujourd'hui avec ces films cultes boudés et oubliés du grand public, on retrouve en guise de bonus sur cette galette tout d'abord un très long et intéressant module d'entretien de plus d'une vingtaine de minutes avec Pascal Laugier dans l'arrière-boutique de l'antre Movie 2000. Le cinéaste de The Secret et Saint Ange, revient avec passion sur le film en le replaçant de façon très pertinente dans son époque de production, tout en évoquant bien évidemment la dimension charnière de l'œuvre dans la carrière de Bernard Rose et dans la réalisation de son style. Mais le plat de résistance des bonus est bel et bien le long entretien avec Bernard Rose qui se décompose en plusieurs petits modules. De la musique, à la direction artistique des séquences de rêves, le cinéaste parle avec beaucoup d'enthousiasme de son oeuvre. Il revient ainsi sur la pré-production du film, sur le tournage et notamment la difficulté de tourner avec des enfants, ou encore sur la sortie du film assez désastreuse.

Liste des bonus : Interview de Bernard Rose (25'), Rencontre avec Pascal Laugier à propos de "Paperhouse" (27'n), Artworks du film, Bandes-annonces. 

 
Crédits & mentions légales - Publicité - Nous contacter
Copyright Regard Critique 2009-2020