LES BêTES DU SUD SAUVAGE
Beasts of the Southern Wild - Etats-Unis - 2012
Image plateforme « Blu-Ray »
Image de « Les Bêtes du sud sauvage »
Genre : Fantastique
Réalisateur : Benh Zeitlin
Image : 1.85 16/9
Son : Anglais et français DTS-HD Master Audio 5.1
Sous-titre : Français
Durée : 93 minutes
Distributeur : ARP sélection
Date de sortie : 2 mai 2013
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « Les Bêtes du sud sauvage »
portoflio
site officiel
LE PITCH
Hushpuppy, 6 ans, vit dans le bayou avec son père. Brusquement, la nature s'emballe, la température monte, les glaciers fondent, libérant une armée d'aurochs. Avec la montée des eaux, l'irruption des aurochs et la santé de son père qui décline, Hushpuppy décide de partir à la recherche de sa mère disparue.
Partagez sur :
Raz de marée

Véritable succès critique lors de sa projection au festival de Sundance ainsi qu'au festival de Cannes 2012 où il concourt dans la sélection « Un certain regard », Les Bêtes du sud sauvage s'est construit une véritable notoriété, appuyée par tous ses prix ainsi que par sa somptueuse bande annonce qui circule depuis maintenant plusieurs mois sur internet. Œuvre étrange où se choquent ultra-réalisme et fantastique naïf, articulés autour d'une histoire de passage à l'âge adulte sur fond d'apocalypse, le premier long métrage de Benh Zeitlin confirme par sa poésie salvatrice et sa majestueuse liberté artistique que décembre 2012 était sous le signe de la virtuosité et du lyrisme (The Hobbit, L'odyssée de Pi).

A l'image du raz de marée, causé par la brusque fonte des calottes glaciaires, emportant le village des héros des Bêtes du sud sauvage, le premier film de Benh Zeitlin, véritable bête de festival, a tout raflé sur son passage, depuis sa présentation au festival de Sundance. Grand prix du jury et prix de la meilleure photographie à Sundance, Caméra d'or, prix Regard Jeune, du FIPRESCI et celui du Jury œcuménique à Cannes 2012, Les Bêtes du sud sauvage, a acquis une notoriété suffisante pour ne pas craindre d'être écrasé par le colossal film de Peter Jackson et pour nous faire frémir d'impatience. Pour autant, tout cet engouement a fini par quelque peu discréditer ce film étrange et impossible à vendre qui, comme la plupart des fables, ne fait pas dans la dentelle, séduisant son public ou au contraire le laissant totalement sur le bas-côté. Jamais révolutionnaire et jonché de défauts parfois dérangeants, comme le bayou dans le film est jonché des carcasses de la civilisation, Les Bêtes du sud sauvage n'en reste pas moins un film enchanteur qui vaut surtout pour l'ambiance féérique de son récit en forme de conte picareste, ainsi que pour son actrice principale, la petite Quvenzhané Wallis, absolument renversante en spectatrice de cette Louisiane imaginaire et narratrice du film.

 

La fin de l'innocence


En effet, très proche dans sa forme comme dans son fond du Tideland de Terry Gilliam, Les Bêtes du sud sauvage met en scène le destin d'une jeune fille confronté à un monde magistral qu'elle ne connait pas et ne comprend pas. Abandonné par sa mère et délaissé par un père colérique et alcoolique, la jeune fille doit se frayer un chemin dans ce monde étrange, à la frontière du fantastique, à mi-chemin entre un paysage de Bayou étasunien et un monde post-apocalyptique séparé en deux zones, celle des riches sur la terre ferme et celle des plus pauvres au cœur d'un marais. Alors que le film s'ouvre sur une enchanteresse vision panthéiste du monde où vit la jeune héroïne, bientôt, un évènement cataclysmique va perturber son quotidien. De cet évènement qui n'est peut-être qu'une vulgaire tempête comme il y en a eu temps aux Etats Unis, mais que la petite fille, protégée de la civilisation par cette réserve où son père et elle vivent, voit comme une catastrophe, celle de la fonte soudaine du pôle sud et de la libération des monstres préhistoriques prisonniers des glaces, le cinéaste en fait le point de départ d'une esthétique étrange à mi-chemin entre le réalisme sauvage des corps et des environnements et la fabuleuse ingénuité de la quête de l'héroïne.

 

Les débuts du chaos


Affichant un sens du découpage quelque peu anarchique, dépourvu de structure narrative réelle, si ce n'est le périple de la jeune fille, le film construit, séquence après séquence, une atmosphère surréaliste accentuée à chaque plan par le regard émerveillé et la voix-off naïve et interrogative et de la jeune fille, mais aussi et surtout par la mise en scène de Benh Zeitlin, à cheval entre le filmage documentaire (beaucoup de caméra portée, d'improvisation dans les mouvements et dans la direction des acteurs, etc.), captant çà et là la progression de l'aventure, et quelques plans particulièrement virtuoses (illustration de l'imaginaire de l'héroïne), qui se synthétisent finalement dans le dernier quart du film et notamment lors d'une séquence dans un bordel entre le rêve et le cauchemar. Toutefois, la plus grande force du film, sa structure et son ambiance magique articulés autour de cette liberté artistique salvatrice, est également son plus grand défaut. En effet, soucieux de propulser le spectateur dans le périple de la jeune fille, dans ce conte existentialiste sur fond de passage à l'âge adulte, le réalisateur oublie finalement de faire valoir son point de vue, ne se démarquant pas vraiment des fables préexistante sur le passage à l'âge adulte et empêchant ainsi quelque peu le spectateur de totalement s'investir dans cette histoire somptueuse.

Quentin Boutel

« Fable pleine de poésie enfantine mais aussi de colère légitime et adulte, le premier long de Benh Zeitlin est une œuvre magnifique, touchante, déchirante, où la force de l'image (du montage surtout) vient donner un regard étonnant sur les rescapés de Katrina dans les paysages moites et humides du bayou ».

5/6

Nathanaël Bouton-Drouard












Partagez sur :
 

Image :
Particularisme rare du film, il a été tournée en 16mm, format presque anachronique aujourd'hui pour les fervents adorateurs du numérique et de la perfection rutilante. Alors en effet le master n'est pas aussi lisse et précis que beaucoup de Blurays, mais cela ne veut absolument pas dire que le résultat n'est pas ravissant. La pellicule imprègne ainsi le visionnage d'un grain extrêmement présent, mais naturel, vibrant et organique, qui vient souligner des couleurs enchanteresses, des lumières aveuglantes et des contrastes imposants. La photographie est splendide, le Bluray s'en tire avec majesté.

 


Son :
Il existe plusieurs méthodes pour dissimuler la modestie d'un projet cinématographique. Le mixage sonore est sans doute l'un des plus importants et des plus discrets... Et manifestement Benh Zeitlin maîtrise parfaitement cet aspect en dotant son film d'une ambiance sonore pleine de vie, de détails, toujours emprunte d'une certaine folie.  Les deux mixages DTS HD Master Audio 5.1 sont un véritable régal pour les oreilles, usant avec dynamisme et forte présente de la spatialisation de l'installation, se montrant tour à tour délicats (la nature) et puissants (la tempête) faisant  affleurer une bande son entrainante et joyeuse où vient éclore la petite voix irrésistible de la jeune actrice.  

 


Interactivité :
Quelques jolis suppléments viennent auréoler cette édition Blu-ray signée ARP, à commencer par un documentaire très touchant retraçant tel un conte la production du film, de la recherche des deux acteurs principaux au montage final, soulignant constamment la mesure humaine d'un tel projet et l'investissement de chacun. Presque un film choral à l'arrivée tant la population locale s'y est investie comme l'atteste en partie les scènes coupées s'attardant plus sur la petite vie de la communauté. On y découvre aussi un humour abrupt plus présent et quelques détails scénaristiques effectivement inutiles, mais qui marquent toujours la compréhension qu'a le réalisateur de cette culture très particulière. D'ailleurs son court métrage Glory at Sea (présent ici), en était déjà très proche, avec cette histoire de survivants tentant de retrouver et « sauver » leurs morts noyés. Presque une ébauche du long métrage. Dommage cependant que l'éditeur français n'ait pas préservé les segments consacrés aux auditions, à la musique et la fabrication des aurochs, produits pour l'édition américaine.   

Nathanaël Bouton-Drouard

Liste des bonus : Making of (30'), Scènes coupées commentées par Benh Zeitlin (14'), Court métrage Glory at Sea de Benh Zeitlin (25'), Bandes-annonces. 

 
Crédits & mentions légales - Publicité - Nous contacter
Copyright Regard Critique 2009-2020