LA RIVIèRE ROUGE
Red River - Etats-Unis - 1948
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Image de « La Rivière rouge »
Genre : Western
Réalisateur : Howard Hawks
Musique : Dimitri Tiomkin
Image : 1.33 4/3
Son : Anglais et français DTS Master Audio 5.1
Sous-titre : Français
Durée : 127 minutes
Distributeur : Wild Side Vidéo
Date de sortie : 6 mars 2013
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « La Rivière rouge »
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LE PITCH
Un riche propriétaire terrien et son fils adoptif traversent l’Ouest américain avec leur troupeau de bétail. De nombreuses tensions apparaissent durant ce voyage épique. A tel point que les deux hommes finissent par se livrer une guerre féroce et sans merci.
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Oedipe en Arizona

Premier western de Hawks, La Rivière Rouge est une œuvre culte célébrée par la critique et adulée par bon nombre de cinéphiles. Grand périple épique à travers les territoires sauvages de l'Ouest américain, le film, adapté d'un roman de Borden Chase, se réfère à l'aventure véridique de la « Chisholm Trail », soit cinq mille têtes de bétail poussées par trente hommes sur près de mille cinq cent kilomètres en plein territoire indien.
 

Puisant dans ce solide contexte historique, Howard Hawks tire un film magistral dont l'ampleur formelle n'a d'égale que la sophistication des personnages et des situations. Sorte de relecture du mythe d'Œdipe, La Rivière Rouge déploie une multitude d'enjeux. Riche propriétaire terrien, Tom Dunson (John Wayne) évoque un pionnier dont les idéaux ont été avilis par l'argent. Matthew Garth (Montgomery Clift), dont la famille a été massacrée par les indiens, est un orphelin tourmenté. Adopté et élevé par Dunson, il va progressivement se rebeller contre les méthodes cruelles et sanguinaires de ce père de substitution. Au risque de devenir son pire ennemi et de vouloir prendre sa place. Fou de rage, Dunson-Wayne n'aura plus qu'une seule idée en tête : assouvir sa soif de vengeance le temps d'une quête riche en rebondissements. A la fois la conquête de l'Ouest et tragédie antique  tournée dans les vastes étendues de l'Arizona, le long-métrage est traversé de fulgurances formelles, dont le franchissement de la fameuse rivière qui donne son titre au film. Authentique mise à l'épreuve à ciel ouvert, La Rivière Rouge nous immisce auprès d'une meute de cow-boys qui devront à la fois essuyer les foudres d'une nature menaçante et les attaques répétées de tribus indiennes. Dans ce domaine, le cahier des charges est parfaitement respecté, magnifié par les cadrages grand-angle et un somptueux noir & blanc. Mais c'est en s'aventurant vers des contrées plus intimistes et inexplorées que le film acquiert réellement son statut de chef d'œuvre.   

 

Epopée psychanalytique

 

En fin limier et observateur inspiré, Hawks a l'idée géniale d'opposer le vétéran John Wayne, héros buriné de l'ancienne école, à Montgomery Clift, jeune premier qui, grâce à son interprétation complexe et ambiguë du personnage de Matthew, va profondément révolutionner le jeu d'acteur à Hollywood. Ce rapport conflictuel entre le père et son fils hisse l'intrigue vers des sommets de dramaturgie. Déchirant règlement de compte familial, La Rivière Rouge délivre un message d'une réelle modernité. Pour la première fois au cinéma, le western traite enfin de thèmes adultes, allant bien au-delà des poncifs habituels du genre. Le vieillissement, le conflit de générations, la soif de pouvoir, la notion de justice et le racisme sont ici mis à l'honneur, scrutés dans leurs moindres détails. Loin de l'exaltation humaniste d'un John Ford, Howard Hawks orchestre un film rêche, aussi aride et sec que les déserts du Far West. Son humanisme à lui est plus proche du réel, bien plus rocailleux. De cette matière brute, Hawks, en très grand directeur d'acteurs, dessine un fil narratif d'une rare puissance. Perturbant drame freudien grimé sous les traits ultra-codifiés du western, La Rivière Rouge constitue une œuvre charnière, annonçant de grands chambardements stylistiques. Raffiné, mystérieux et sophistiqué, Montgomery Clift va influencer bon nombre de comédiens américains. Sans lui, point de James Dean, nul Marlon Brando ou Paul Newman. Premier véritable acteur hollywoodien à transformer ses fragilités en forces, Clift livre une prestation inoubliable. Il expose sa féminité, laisse apparaître ses failles et ses doutes face un John Wayne semblable à une statue du Commandeur, progressivement ébranlée dans ses croyances et ses convictions. 

Gabriel Repettati








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Image :
Chose incroyable, La Rivière Rouge n'avait jamais été édité en vidéo, ni au format blu-ray, ni au format dvd. C'est désormais chose faite et c'est tant mieux. Le transfert HD est juste incroyable : les contrastes s'avèrent impeccables, le noir&blanc se révèle absolument impérial. Plusieurs séquences d'origine, fortement détériorées par le poids des années, ont été entièrement restaurées, étalonnées et « upgradées » avant d'être réinsérées sur un nouveau format en haute définition. Mieux encore, certains plans tronqués ont été réintégrés pour une meilleure fluidité. Le résultat est impressionnant : La Rivière Rouge renait véritablement de ses cendres et permet de contempler l'art cinématographique de Howard Hawks. Merci qui ? Merci Wild Side. 

 


Son :
Ici aussi, l'éditeur Wild Side livre un excellent travail. Les pistes originales bénéficient d'un transfert exclusif en DTS Master Audio 5.1. On appréciera le souffle épique dégagé par le troupeau de bétail en pleine progression. On applaudira les hurlements guerriers des tribus indiennes lancées dans l'offensive. Et on savourera pleinement les affrontements psychologiques, plus intimes et rapprochés, entre le patriarche Wayne et le rebelle Clift, son rejeton maudit.

 


Interactivité :
En plus du blu-ray comprenant une version longue inédite, ce coffret cartonné renferme l'édition DVD du film (dans sa version cinéma) et un module consacré à la phase de montage, particulièrement longue et délicate, de La Rivière Rouge. Comme souvent chez Wild Side, le coffret bénéficie, en plus, d'un livret exclusif. C'est ici Philippe Garnier qui s'y colle avec panache. Journaliste et critique émérite, Garnier revient en détails sur la conception et la réalisation de La Rivière Rouge. Riche de documents rares et pour la plupart inédits (photos, notes de tournage), le livret de 112 pages rappelle à quel point le film de Hawks a modifié la donne en matière de western. L'auteur replace le film dans un contexte historique et insiste sur l'impact déterminant de cette œuvre pivot, tant au niveau des thèmes abordés (plus proches de la littérature et de la psychanalyse que du pur « storytelling ») que de la qualité d'interprétation des comédiens (Montgomery Clift en tête). Une façon de jouer, neuve et singulière, qui ouvrira une brèche et permettra à de nombreux autres acteurs de laisser éclater leurs tourments intérieurs sur grand écran.    

Liste des Bonus : blu-ray de la version longue inédite (133'), dvd de la version cinéma (122'), « La conquête du Western par Howard Hawks », livret exclusif rédigé par Philippe Garnier (112 p), « autopsie d'un montage » (16'). 

 
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