ROSEMARY’S BABY
Etats-Unis - 1968
Image plateforme « Blu-Ray »
Image de « Rosemary’s Baby »
Réalisateur : Roman Polanski
Musique : Christopher Komeda
Image : 1.85 16/9
Son : Dolby True HD 1.0 Anglais, Dolby Digital 1.0 français, allemand, italien…
Sous-titre : Français, anglais, allemand…
Durée : 137 minutes
Distributeur : Paramount Home Entertainment
Date de sortie : 6 février 2013
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « Rosemary’s Baby »
portoflio
LE PITCH
Malgré les conseils de leur vieil ami Hutch, Guy Woodhouse et sa jeune femme, enceinte, s’installent dans un vieil immeuble new-yorkais considéré par leur ami comme une demeure maléfique. Aussitôt, leurs voisins, Minnie et Roman Castevet, vieux couple d’Europe centrale, imposent leur amitié et leurs services. Si Guy accepte facilement ce voisinage, Rosemary s’en inquiète…
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Le Bon dieu sans confession

Premier film américain du très européen Roman Polanski, Rosemary's Baby est l'occasion pour le cinéaste de se refaire après l'échec de l'amusant Le Bal des vampires. Finalement l'idée est d'ailleurs ici presque la même : réanimer de façon toute personnelle un genre, le fantastique ésotérique, d'une manière on ne peut plus européenne, en y insufflant non pas une esthétique éprouvée, mais bien la personnalité de l'auteur.

 

En adaptant le roman d'Ira Levein, Polanski donne un autre versant au précédent Pulsion, filmant la lente et terrifiante destruction du champ de l'intime, la pernicieuse invasion d'une horreur larvée. Celle-ci prend de nombreuses apparences : l'enfant qui grossit le ventre de la pauvre Rosemary, les voisins trop présents, trop « haut en couleur » et surtout une omniprésence d'un hors-champs inquiétant (sons, regards, cadrages) qui s'avance inexorablement vers la mère en devenir. Presque à l'instar d'un certain La Nuit des morts-vivants sorti la même année, Polanski transforme l'habituel cinéma d'horreur en film résolument moderne où le genre se débarrasse des derniers restes de gothisme classique, délaissant les musiques opératiques et les effets chocs, au profit d'une mise en scène plus discrète, d'une langueur plus insidieuse. La jolie petite ritournelle de  Christopher Komeda, l'élégance de l'immense bâtisse que va habiter le charmant jeune couple, ne fait que partiellement masquer les ténèbres qui  y sont tapis, laissant entrevoir rapidement quelques fausses notes, des trous mal rebouchés dans le sol ou un placard inexplicablement dissimulé derrière une armoire ancienne.

 

premier excorcisme

 

Ce qui va détruire la jolie image virginale du couple moderne est à chercher dans la construction labyrinthique du décor, dans la fausse normalité de l'image, mais aussi et surtout au sein de ces deux personnages que tout va finalement opposer. Douce et frêle Rosemary face à Hutch, comédien en mal de reconnaissance que l'ambition maladive va dévorer et amener à accepter l'inacceptable. Peu importe sans doute qu'en toile de fond il y soit question de satanisme, de sabbat (superbe séquence de déconstruction quasi-giallesque), de possession par le malin, pour Polanski le mal est larvé au cœur de l'humain, au cœur de l'hypocrisie sociétale. Un rien décompose la réalité, une porte cachée prend l'apparence d'une déchirure vers l'indicible, Rosemary's Baby est un film d'horreur des plus subtiles où chaque pas, chaque dégradation se fait avec une malignité tétanisante. La plus douloureuse est clairement la déchéance physique de Mia Farrow, d'une beauté renversante et lumineuse au début, finissant dans un état de fébrilité paranoïaque et la mine cadavérique. Une innocence livrée au bûcher dont le dernier sursaut se révèle aussi désarmant que fataliste, alors qu'autour d'elle le monde se transforme en tableau macabre (la chorégraphie du cercle), en farce grotesque (le japonais qui prend ses photos). Là encore pourtant, c'est l'invisible qui traumatise l'écran.

Nathanaël Bouton-Drouard




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Image :
Si le disque sort en France sous la bannière de Paramount, il n'en reprend pas moins (ô joie) la copie entièrement remasterisée de Criterion. Supervisé par Polanski en personne, cette restauration 4K a réussi à nettoyer entièrement l'image de la moindre tache, trace ou griffure (excepté les images du générique), pour lui insuffler une vitalité incroyable. Propre, net, le master HD fait surtout renaître sur chaque photogramme les couleurs originales avec une vigueur surprenante, jouant sur les roses, les verts et les blancs crèmes avec une superbe précision et un sens du contraste indéniable. Tout aussi remarquable est le fossé qui sépare désormais les anciens DVD avec le présent Blu-ray tant les détails qui s'affichent à l'écran lui offrent une vraie seconde jeunesse, reposant avec force sur un piqué pointilleux (les détails des textures, des costumes, des visages...) et une restitution délicieusement organique laissant apparaitre un grain de pellicule des plus charmant. Seules quelques séquences en basse lumière (la scène de sabbat) montrent des faiblesses, les noirs glissant vers le roux, mais ce Blu-ray reste une gageure.

 


Son :
Là où l'éditeur américain propose un mixage LPCM, l'éditeur français préfère un Dolby True HD pour la version originale. Dans les faits cela ne change pas grand-chose puisque les deux sont en mono, et travaillent la même clarté, évacuant toute sensation de souffle et d'instabilité, au profit d'une écoute confortable et propre. Surprise, ce simple canal réussit à créer par moments une légère sensation de profondeur. La version française en mono d'époque, s'en sort beaucoup moins bien avec une piste fatiguée et platement pausée. Le doublage, lui, témoigne à nouveau de cette époque où l'exercice était fait avec sérieux.

 


Interactivité :
Aux USA, les cinéphiles peuvent se jeter sur un tout nouveau documentaire rétrospectif avec des interviews du réalisateur, de Mia Farrow et du producteur Robert Evans, mais aussi d'une interview radiophonique du romancier Ira Levine, ainsi que d'une longue émission entièrement consacré au compositeur Komeda.... Sans compter sur un booklet proposant un essai comparatif sur le film et le livre.
En France ?
Rien.

Liste des bonus : Aucun. 

 
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