JESUS FRANCO : 4 FILMS
Venus in Furs / La Comtesse perverse / Plaisirs à trois / Célestine Bonne à tout faire - Royaume-Unis / Italie / France - 1969/1974
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Réalisateur : Jesus Franco
Image : 1.33 4/3
Son : Anglais Mono pour Venus in Fur, français mono pour les 3 autres.
Sous-titre : Français sur Venus in Fur
Durée : 331 minutes
Distributeur : Artus Films
Date de sortie : 4 décembre 2012
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
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portoflio
LE PITCH
Jimmy Logan, un trompettiste de jazz, noie son manque d’inspiration dans l’alcool et la drogue. Un soir, il rencontre la belle Wanda et tombe instantanément amoureux d’elle. Il n’intervient pourtant pas lorsqu’elle se fait violer par deux hommes. Le lendemain, sur la plage, à peine sorti de ses vapeurs oniriques, Jimmy tombe sur le cadavre d’une femme noyée : Wanda. Le musicien part alors à Rio où il rencontre Rita, une chanteuse noire. Un soir, Wanda apparaît, toute vêtue de ...
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Jesus et ses femmes

Mercenaire indécrottable du cinéma bis, esthète polisson et scabreux du fantastique, Jesus (ou Jess) Franco n'a plus depuis l'arrivée du DVD la place qui lui est due dans les linéaires vidéo. Dépoussiérées de cette période faste des « Flying jaquettes » quatre de ses réalisations toutes personnelles refont surface chez Artus Films.

 

Mais il faut prévenir que le cinéma de Jesus Franco ne se déflore pas comme la première venue, et ce malgré un casting qui a souvent tendance à se mettre généreusement à nu. Traficotée la plupart du temps avec des budgets ridicules, bricolée autour de commandes vaguement fantastiques ou horrifiques de producteurs peu scrupuleux, articulée autour de films à qualité variable et tonalité en dent de scie, et de jeu d'acteurs distancié, sa carrière se charpente, comme le Takashi Miike contemporain, autour d'une filmographie extrêmement touffue (presque 200 films !) et pour le moins curieuse. Presque un âge d'or, le cœur des années 70 sera marqué par sa collaboration avec le producteur Robert de Nesle, président de La société du Comptoir français, société opportuniste s'il en est. Un bonhomme qui lui commandera ainsi un défilé de péloches d'exploitation, mais lui laissera (presque) une paix royale pour peu qu'un érotisme marqué soit présent. Aucun souci pour Jesus Franco, amateur de fesses plein cadre, de toisons bien fournies et de corps féminins et masculins exposés sans détours. Des acteurs et actrices loin de la perfection des canons du cinéma érotique, d'ailleurs, mais qui célèbrent une sexualité libérée, égalitaire et généreuse à l'image du film Célestine Bonne à tout faire, vaudeville franchouillard montrant une Lina Romay (dulcinée du réalisateur) éduquant la sensualité d'un domaine bourgeois. Pas forcément l'œuvre la plus passionnante de l'espagnol, mais en se confortant avec humour dans une mise en scène extrêmement théâtrale, un jeu hystérique et de la bonne chair gaillarde, le film prend presque les atours d'une parodie du genre, une comédie surprenante parfois pour sa liberté (la séquence dans l'église avec des acteurs à la limite du fou-rire à cause d'un gag franchement irrésistible) et s'achevant sur un gros plan d'une Romay presque béatifié.

 

les malheurs de la vertu

 

C'est d'ailleurs ce qui séduit le plus dans le cinéma de Franco en général, cette capacité à enluminer n'importe quel nanar avec de purs instants de cinéma. Plus classiques et sans aucun doute plus personnels, Plaisirs à trois et La Comtesse perverse furent tournés coup sur coup avec une équipe quasi-identique, et surtout une même inspiration des œuvres du Marquis de Sade. On reconnaît d'ailleurs aisément dans le premier La Philosophie dans le boudoir, dans cette volonté du couple principale de pervertir une jeune fille innocente. Presque évanescent sur ses détails les plus horrifiques, jouant surtout allègrement sur une demeure décorée de corps de femmes assassinées, un jardinier à l'allure difforme et quelques coups de fouet bien placés, comme une tentative frontalement naïve de moderniser le cinéma gothique, Franco fait mouche. Au milieu d'une certaine cruauté se dissimule un twist assez prévisible mais qui joue justement sur l'idée d'un sadisme généralisé, d'une perversité maîtrisée par tous et pratiquée autant par un papouillage fréquent que par un voyeurisme joliment mis en image. Plus extrême encore, La Comtesse perverse permet à la même Alice Arno de jouer encore la duchesse saphique et meurtrière, n'hésitant pas ici à se livrer au cannibalisme dans un remake très féminisé des Chasses du comte Zaroff. Un film particulièrement planant, usant moins des dialogues que de jeux de regards profonds (voire langoureux) et surtout d'une caméra qui scrute l'espace, l'horizon avec une lenteur évanescente, donnant aux paysages naturels une présence peu commune tandis que la demeure à l'architecture presque cubique et une tueuse déambulant en tenue d'Eve, arc à la main, achèvent un tableau poétique et décadent.  Une œuvre d'autant remarquable qu'elle est proposée ici dans un montage inédit, se rapprochant au plus près des volontés initiales du metteur en scène. Jugée trop prude par ce pirate de Robert de Nesle, elle fut en effet remontée avec des séquences additionnelles (et tristement terre-à-terre), ajoutant à la trame quelques dialogues languissants et deux-trois scènes de sexe un plus poussées (voir les bonus de l'édition).

 

les crimes de l'amour

 

Ces recherches visuelles et rythmiques étaient déjà au centre de l'ambition esthétique de Venus in Furs, film inédit officiellement en France et qualifié, à juste titre, comme l'une des plus belles réussites de Franco. Tourné quelques années plus tôt (en 1969 pour être précis), il se montre nettement moins généreux sur les détails culottés, faisant face à une censure et des limites encore bien présentes. Et ce n'est pas là un défaut puisque contrarié dans ses pulsions érotomanes, le cinéaste fait déborder chaque bout de chair, chaque sein ou silhouette découverte d'une sensualité folle. Le sexe dans Venus in Furs se voit comme un acte caressant, profondément érotique, presque salvateur après qu'un groupe de quelques pervers aient poussé leur expérience jusqu'à son paroxysme (d'où l'autre titre du film, Paroxysmus) : la mort d'une pauvre et innocente jeune femme. Une très belle Maria Rohm (99 femmes) qui se déplace dans le long-métrage comme un fantôme impalpable, ou en tout cas insaisissable, séduisant ses anciens tortionnaires pour les mener à la folie. Entre un Klaus Kinski aux yeux fous et aux allures de vampires, et surtout une réalisation qui se vautre allègrement dans les effets psychédéliques, Venus in Furs est un objet dans lequel le spectateur se perd, entre rêverie, fantasme et torpeur, porté par les musiques du jazz-man Mike Hugg. Un film fantastique maîtrisé et fascinant, constamment teinté d'une mélancolie poignante... et d'un véritable amour du corps des femmes.  

Nathanaël Bouton-Drouard








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Image :
Excellente surprise, les quatre films (relativement égaux) profitent manifestement de toutes nouvelles copies. En tout cas, elles font immédiatement oublier celles qui heurtaient la rétine dans les antiques VHS toute gerbeuses. Les couleurs retrouvent une certaines pèche, les contrastes sont bien dessinés, les noirs creusent parfaitement le cadre et la compression soude le tout. Le plus savoureux reste clairement la propreté très agréable des masters qui permet de redonner toute sa superbe à un travail moins terne qu'on voudrait bien le croire. Les fans du réalisateur vont être aux anges. A noter que tous sont présentés dans leur format d'origine, seul Venus in Furs s'installe sur un cinématographique 1.78 alors que les autres se bornent a de moins sexy 4/3.

 

Son :
La Comtesse perverse, Plaisirs à trois et Célestine furent produit par une société française et se présentent donc tout logiquement en version française mono, et ce même si certaines séquences ont manifestement été postsynchronisées. Les pistes sont propres et agréables et, sans surprise, très frontales. Même constat du côté de la version anglaise de Venus in Furs, fonctionnelle mais solide.

 

Interactivité :
En termes de bonus, Artus utilise souvent le même procédé, comblant le manque de making of ou de suppléments trop rares ou coûteux en proposant des interviews de spécialistes du genre... et d'Alain Petit en particulier. C'est d'autant plus logique ici, puisque l'historien du cinéma a été un collaborateur et un ami de Jesus Franco, œuvrant d'ailleurs comme coscénariste sur Plaisir à trois. L'occasion pour ce dernier de revenir sur sa rencontre avec le cinéaste, leurs échanges et leur collaboration. Toujours aussi loquace, il se lance en même temps dans un petit historique des inspirations ou adaptations du Marquis de Sade. Plus classique, sur Venus in Furs il présente son habituelle succession d'anecdotes et de thématiques, complétées par les filmographies commentées de certains acteurs. Plus rare, Jean-Pierre Bouyxou (critique dans Métal Hurlant ou plus récemment Siné Hebdo) profite de Célestine (façon de parler) pour évoquer la collaboration et la passion (avec un soupçon d'exhibitionnisme) qui liera Franco et son actrice fétiche Lina Romay jusqu'au décès de celle-ci en février 2012. La discussion glisse ensuite tout logiquement vers l'ambiance des tournages du bonhomme et l'esprit de famille qu'il a réussi à créer avec sa troupe d'acteurs. Des suppléments intéressants, mais notre préférence ira inévitablement à l'interview de Jean-François Rauger, « rock-star » de La Cinémathèque française, qui réussit avec sa verve habituelle, son talent d'orateur et sa cinéphilie éclairée à révéler, via les bonus de La Comtesse perverse, à n'importe quel néophyte toute la poésie du cinéma de Franco. Une édition d'autant plus savoureuse qu'elle est accompagnée de la demi-heure de séquences additionnelles produites pour le montage dit des « Croqueuses ». De quoi visionner, l'air de rien, quelques scènes dénudées et un peu cochonnes supplémentaires.

Liste des bonus Venus in Furs : La Vénus en fourrure par Alain Petit (25'), Diaporama, Bandes-annonces.
Liste des bonus La Comtesse perverse : Jess et la comtesse par Jean-François Rauger (25'), Inserts du montage « Les Croqueuses » (24'), Diaporama, Bandes-annonces.
Liste des bonus Plaisir  trois : La genèse de Plaisir à trois (21'), Sade et Jess Franco par Alain Petit (34'), Diaporama, Bandes-annonces.
Liste des bonus Celestine : Jess et Lina par Jean-Pierre Bouyxou (25'), Diaporama, Bandes-annonces. 

 
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